Rachat d’Air Europa : symbole de la fin des transporteurs secondaires ?

L’annonce du rachat par IAG de la compagnie espagnole Air Europa donne non seulement une position de force sur l’axe Europe-Amérique Latine à la maison mère de British Airways et Iberia, mais confirme aussi le déclin inexorable des transporteurs secondaires sur le continent.

Air-Europa-Madrid
Avec le rachat d'Air Europa, le groupe IAG renforce la position du hub de Madrid Barajas sur l'axe Europe-Amérique latine.

Cela devrait être entériné au cours de l’année 2020. La compagnie privée espagnole Air Europa va rejoindre le groupe IAG, abandonnant ainsi son statut indépendantL’accord va faire passer dans le giron de la maison mère de British Airways et Iberia un transporteur dont le poids était relativement important. Filiale du groupe espagnol Globalia, qui comporte également une chaine d’hôtels, des agences de voyages et de tour operating, Air Europa a transporté l’an dernier 11,8 millions de passagers pour un chiffre d’affaires en hausse de 9,3 %, à 2,11 milliards d’euros, et un bénéfice de 100 millions d’Euros. Mais surtout, Air Europa possède un réseau de 70 destinations, dont un nombre important de vols vers l’Amérique latine ainsi que sur l’Amérique du Nord et les Caraïbes.

Bataille autour de l’axe latino-américain

En Amérique latine, Air Europa se classe parmi les compagnies européennes les plus importantes aux cotés d’Iberia, de TAP Portugal et d’Air France. La part de marche d’Air Europa en nombre de sièges sur l’axe Europe-Amérique latine s’élève à 9,14 %, selon les chiffres d’OAG, pour le mois de novembre. La compagnie fait ainsi mieux que KLM, Alitalia ou Lufthansa.

Air Europa dessert cette saison d’hiver 22 destinations, en plus de Varadero en vol saisonnier. Après Quito en 2018, Panama, Medellín et Iguaçu en 2019, Air Europa inaugure en décembre prochain deux liaisons hebdomadaires entre Madrid et Fortaleza au Brésil, une ouverture due aux synergies avec les autres compagnies du l’alliance Skyteam (Air France-KLM et GOL) qui ont depuis un an hissé Fortaleza au rang de mini-hub transatlantique.

On comprend mieux donc l’intérêt que la compagnie a suscité auprès d’IAG. L’intégration d’Air Europa va donner au groupe aérien la plus importante part de marché sur l’axe Europe-Amérique latine, notamment après le départ annoncé du groupe LATAM de l’alliance oneworld.

Toujours selon les chiffres d’OAG calcules par rapport au nombre de sièges en vente en novembre 2019, le trio Iberia, British Airways et Air Europa aura une part de marché de 27,2%, loin désormais devant Air France-KLM avec 19,4% et TAP Air Portugal avec 10,3%. Le groupe desservirait alors 24 destinations en Amérique latine. Sur le marché domestique espagnol, IAG aura à l’avenir un monopole absolu. Le groupe possèdera 84% de toutes les capacités en sièges à travers les compagnies Iberia, Vueling et Air Europa.

En revanche, le rachat de LATAM par Delta Air Lines, membre de Skyteam, devrait probablement se traduire par de nouvelles synergies avec les compagnies de l’alliance. A terme, il est possible qu’un joint-venture sur l’axe transatlantique sud donne à Air France-KLM avec LATAM une part de marché proche de 30% en sièges.

Rachat d’Air Europa : l’hallali pour les compagnies secondaires ?

Le rachat d’Air Europa marque en fait la faiblesse structurelle évidente des transporteurs secondaires en Europe et démontre qu’une taille critique est devenue un critère de survie de la plupart des transporteurs européens, notamment des indépendants.

Depuis la retentissante faillite d’AirBerlin, second transporteur allemand, à la fin 2017, les disparitions de compagnies aériennes en Europe se sont accélérées. Cette année ont ainsi disparu Germania en Allemagne, Flybmi et Thomas Cook au Royaume-Uni, WOW en Islande ainsi que la compagnie nationale de Slovénie, Adria Airways. On ne reviendra pas sur les douloureux épisodes en France liés aux disparitions d’Aigle Azur et de XL Airways. Beaucoup pensent également que l’une des prochaines grandes victimes en Europe pourrait être le transporteur low-cost Norwegian, tandis qu’il existe de fortes présomptions sur l’intégration d’Alitalia dans le giron d’un méga-groupe aérien.

Même le PDG de Globalia, la compagnie mère d’Air Europa, semble douter de l’avenir des compagnies aériennes secondaires européennes, Dans le communiqué officiel, Javier Hidalgo, indiquait que l’intégration d’Air Europa à IAG signifiait « un renforcement du présent et de l’avenir de l’entreprise. Nous sommes convaincus que l’intégration d’Air Europa à un groupe comme IAG sera un succès. IAG a démontré au fil des années son engagement pour le développement de ses compagnies membres et pour le hub de Madrid », déclarait-il.