Austrian Airlines, Brussels Airlines et Swiss : perte d’autonomie programmée par Lufthansa ?

Selon le quotidien "Handelsblatt", le groupe Lufthansa s'apprête à recentrer les activités de toutes les filiales à Francfort. Ce qui pourrait acter la fin de l'autonomie pour Austrian, Brussels Airlines et Swiss.
Swiss la plus exposée à une perte d'autonomie si Lufthansa restructure le groupe? (Photo; Swiss à Zurich/Luc Citrinot)

C’est un document interne de Lufthansa qu’a eu entre les mains le quotidien économique « Handelsblatt ». Un papier qui évoque une réorganisation complète de la structure d’entreprise du groupe. Selon le «Handelsblatt», début 2026 devrait marquer une mini-révolution. En effet, le siège central à Francfort devrait à cette date assumer plus de compétences. Tandis que les différentes filiales comme Swiss devraient céder du pouvoir à la direction du groupe.

À l’avenir, selon le rapport, des «Group Function Boards» centraux seraient ainsi responsables des décisions concernant les finances, le personnel, la technologie et les grands hubs. Les marques Austrian, Brussels Airlines et Swiss conserveraient essentiellement la responsabilité du produit à bord, comme le catering par exemple. La planification du réseau, la coordination des vols, la distribution ou les programmes de fidélité passeraient totalement sous la férule Lufthansa.

La compagnie allemande explique que cette transformation doit de fait permettre d’améliorer la structure d’organisation et les processus décisionnels. Et surtout, d’améliorer la rentabilité financière du groupe et, accessoirement, l’efficacité du groupe envers ses passagers. Baptisé « Matrix Next Level », la nouvelle structure donnerait cependant une voix aux différentes filiales aériennes du groupe dans tous les processus décisionnels. Le conseil d’administration sera ainsi représenté à l’avenir dans tous les comités où des décisions globales concernant les compagnies aériennes seront prises.

Le Lufthansa Group ne s’est néanmoins pas encore exprimé sur les détails. Si une décision est prise dans ce sens, les modalités seront connues du public en septembre.

La rationalisation des structures du groupe, totalement compréhensible sur le plan économique, pourrait cependant se heurter aux sensibilités nationales.

Austrian Airlines plutôt positive, les Suisses moins enthousiastes

Austrian Airlines s’est déjà exprimée sur cette transformation. Elle évalue ce changement de manière positive. « Il ne saurait être question d’un affaiblissement des filiales, a tenu à rassurer la porte-parole d’AUA, Barbara Greul. Il ne s’agit pas de la perte d’influence, mais d’une meilleure coordination – toujours avec la participation du conseil d’administration d’Austrian », a-t-elle précisé.

Dans l’ensemble, Austrian s’attend à une prise de décision plus rapide et plus efficace au sein du groupe.

Pour Swiss, la réorientation aurait une signification particulière. La compagnie aérienne est en effet considérée comme un élément central du groupe. Elle contribue de manière significative à ses bénéfices.

Swiss a ainsi souligné dans une déclaration à l’agence de presse financière suisse AWP qu’il « est essentiel que Swiss reste «une compagnie aérienne forte» et puisse continuer à décider de son offre. On sera représenté dans tous les organes pertinents et on s’y impliquera activement », selon la déclaration.

Swiss a de fait mis en relief les avantages que lui apporte déjà son intégration. Notamment en ce qui concerne la planification du réseau ou le développement de la nouvelle cabine long-courrier. Grâce aux synergies, la compagnie aérienne peut investir environ un milliard de francs par an – un volume qui serait difficilement réalisable seule, a-t-on indiqué. «Swiss a besoin du groupe Lufthansa – et le groupe Lufthansa a besoin de Swiss », a expliqué un porte-parole.

Néanmoins, l’opinion publique semble plus réticente à ce changement. Le quotidien populiste suisse Blick a fait sa une sur la « Germanisation » de Swiss. De fait, le souvenir d’une Swissair puissante et indépendante traîne toujours dans la psyché suisse, près de 25 ans après sa disparition…