Sur les traces de la révolution
Car c’est en 1492 que Christophe Colomb débarque à Cuba. Dans la foulée et plus exactement en 1519, les Espagnols fondent San Cristóbal de La Havane et restent les maîtres de l’île jusqu’en 1762, date à laquelle les Britanniques l’occupent pendant neuf mois avant de la leur rendre en échange de la Floride. Le temps en tout cas d’y déporter dans les conditions que l’on sait, près de 10000 esclaves… Aujourd’hui, les rues et les boulevards sont bordés d’architectures à colonnades, plus ou moins dévastées, dont les façades pastel respectent la volonté de la couronne espagnole. Car sous ces latitudes tropicales, le blanc aurait ébloui les yeux des belles…
La visite d’un groupe incentive débute toujours par la découverte de la vieille ville, de ses ruelles, places et placettes disséminées autour de la cathédrale baroque, où se nichent palais ou demeures seigneuriales devenus musées, comme celui d’art colonial ou celui de la ville, ancien palais des Capitaines généraux, dont le patio peut être privatisé. On photographie les vieilles pierres, mais plus encore les vieilles dames, grimées comme des tenancières de maison close, un gros cigare au bec. D’autres, beaucoup plus jeunes et plus pimpantes, déposent sur les joues des visiteurs l’empreinte de leur rouge baiser… En fait, des petits métiers nés de la débrouille chère aux Cubains et engendrés par un tourisme toujours croissant. “Dans la Habana Vieja, en général, les participants découvrent la Bodeguita del Medio, l’un des bars les plus célèbres de la ville, en buvant un mojito, cocktail préféré d’Hemingway, avant de déjeuner à El Patio, raconte Julio Santos Pérez, directeur des ventes de la chaîne Occidental Hoteles. Contigu à la place de la cathédrale, El Patio est le restaurant idéal pour une soirée. Devant, on peut rassembler 300 personnes pour un dîner-concert, c’est presque un théâtre en plein air. Autre alternative dans la vieille ville : organiser un dîner sur la place Saint-François d’Assise après un concert dans l’église.”
Hors de ces quartiers coloniaux, La Havane affiche fièrement les traces de la Révolution entamée dès 1952 par Fidel Castro à l’encontre du général Battista, alors au pouvoir. La capitale est à l’époque le bordel affiché des États-Unis, sans compter le trafic de drogue et le blanchiment d’argent. En 1953, Castro attaque la caserne de Moncada, près de Santiago de Cuba. Il échoue, est emprisonné, puis amnistié en 1955. Lui et son frère Raul s’exilent à Mexico où ils rencontrent un jeune médecin argentin, Ernesto Guevara, adepte lui aussi du marxisme-léninisme. En décembre 1956, Castro embarque sur le bateau Granma à la tête d’un commando de 80 barbudos, et accoste à l’est de Cuba. S’ensuit une guérilla de deux ans au bout de laquelle les révolutionnaires prennent la capitale, le 1er janvier 1959. Dès le 1er mai, Castro proclame Cuba “première République socialiste d’Amérique”.
Pour comprendre ce morceau d’Histoire, les groupes visitent le musée de la Révolution, devant lequel trône un tank. Autre fameux site, la place de la Révolution avec son mémorial dédié à José Martí, héros national, et qui peut accueillir plus d’un million de personnes. C’est là qu’à la grande époque, Fidel déclamait ses discours fleuves devant une foule quasi hypnotisée.
Mais la ville est aussi synonyme de plaisirs originaux, comme celui de pénétrer dans la fabrique de cigares Partagas, l’une des plus anciennes du genre, fondée en 1845. On y découvre l’art et la manière de choisir les feuilles de tabac, la façon de les rouler, de les baguer puis de les mettre en boîte. La tombée de la nuit impose une inévitable escale au Tropicana, invraisemblable cabaret monté en plein air, avec danseuses, strass, plumes et sosies de Carmen Miranda ou de Joséphine Baker, comme aux plus beaux jours des grandes scènes parisiennes. Ce théâtre en plein air, non privatisable entièrement, fait vibrer sur des rythmes salsa, une foule majoritairement latino-américaine…
Dans les pas d’Ernest Hemingway
Mais il ne saurait être question de quitter La Havane sans un détour par la finca Vigía, à San Francisco de Paula, la maison où vécut Ernest Hemingway. On ne pourra pas fouler le sol de la maison, c’est interdit et sévèrement gardé. Mais ce n’est pas si important puisqu’on peut en faire le tour, et devant les fenêtres et les portes ouvertes, s’attarder sur un décor somme toute assez “déco”.Tout est là, les meubles, les livres, les objets, la machine à écrire… Et dans le jardin que fréquentèrent, entre autres, Marlène Dietrich, on s’arrêtera devant les innombrables tombes de ses non moins innombrables chiens et chats, son fameux bateau El Pilar ou la piscine, hélas à sec, où se baignait Ava Gardner. Des cocktails privés sont spécialement organisés pour les groupes. Et un cocktail privé dans ce jardin là, fibre littéraire ou pas, ne saurait tout à fait laisser indifférent.
Les Français aiment l’histoire, c’est bien connu. C’est d’ailleurs pour cela qu’une découverte de la petite ville coloniale de Trinidad, classée au patrimoine de l’Unesco, est à peu près à chaque fois inscrite à leur programme. De La Havane, on emprunte l’autoroute centrale qui longe des plantations d’orangers, de bananiers et de manguiers. Sur les bas-côtés, toute une vie s’organise, des paysans circulent en charrette tandis que d’autres vendent du nougat artisanal, des chapelets d’ails et d’oignons. De temps à autre, une maxime s’inscrit en lettres énormes sur un panneau non moins démesuré de béton : “La Révolution, c’est construire”, “Les jeunes à l’avant-garde” ou bien encore “Nos athlètes sont et seront toujours un exemple”, une façon d’inviter les passagers des véhicules à la méditation…
Juste avant Trinidad, un détour par Cienfuengos s’impose. Car il reste là quelques perles architecturales comme le palacio Azul, récemment transformé en hôtel, ou l’étonnant restaurant Palacio de Valle, de style néomauresque, où les groupes peuvent déjeuner. La route serpente entre mer et montagne, et monte sur fond de décor tropical vers la petite cité. Ruelles pavées, maisons éclatantes de couleurs, grilles cossues aux fenêtres, sabots des chevaux, église paroissiale de la Sainte-Trinité, anciens palais pour la plupart transformés en musées… C’est que la ville à été riche autrefois, très riche même ; on le voit, on le sent, on le respire tant les choses sont restées dans leur jus… et l’on imagine sans l’ombre d’une difficulté l’ambiance qui régnait au XIXe siècle, lorsque la canne à sucre faisait un tabac en Europe.
Pour mieux revivre l’époque, les participants d’une opération incentive empruntent un petit train à vapeur dont les wagons de bois sillonnent la vallée de Los Ingenios, c’est-à-dire la vallée des Moulins à sucre.
Train à vapeur dans la vallée des moulins à sucre
Quelques haciendas ont survécu au climat et à l’histoire, comme celle d’Iznaga où l’on déjeune au restaurant Manaca avant de grimper tout en haut de la tour. La tour ? Un mirador de 470 mètres pour surveiller le travail des esclaves ! Et voilà pour l’histoire, la belle et la moins belle. Place maintenant au farniente absolu, au sable blanc et au bleu lagon, aux cocotiers et aux soirées festives que l’on trouve à Caibarién, à 2 h 30 environ de route en filant sur le nord.
Il y a une dizaine d’années, le gouvernement, pour créer une station balnéaire sur les cayos de la côte nord, a fait construire une longue digue d’une cinquantaine de kilomètres sur la mer. Les camions déchargèrent des millions de tonnes de pierres pour réaliser ce travail titanesque, parfois ponctué de ponts pour laisser passer les marées, sans altérer, en principe, l’environnement. Maintenant, tout au bout, fleurissent année après année des resorts “tout inclus”, disséminés dans une verdure exubérante ne lésinant pas sur les fleurs, complètement hors du temps – et aussi presque hors géographie – où les hôtes profitent de l’espace, de la mer et des piscines.
Lisardo Gomez, directeur des ventes de l’hôtel Royal Hideaway Ensenachos, explique : “Ici, à leur arrivée, les groupes sont reçus en musique par un cocktail de bienvenue. Ils restent en général trois jours durant lesquels on donne sur la plage un dîner aux flambeaux où sont servis poissons et fruits de mer. Le lendemain, on les embarque en fin d’après-midi, au coucher du soleil donc, pour une croisière en catamaran avant la soirée de gala. Dans tous les cas, ils assistent à un spectacle de danses au théâtre. L’hôtel est très bien situé, puisque d’ici ils peuvent partir en excursion à Trinidad ou à Santa Clara.” Pour qui aurait peur de s’ennuyer par trop d’hédonisme, le lieu est aussi absolument parfait pour organiser des olympiades, pratiquer la plongée en apnée ou encore découvrir la faune.
Dernier hommage au Che
Quand même, avant de reprendre l’avion, un dernier plongeon dans l’histoire s’impose. Une histoire récente, celle d’une icône de toute une génération puisqu’il s’agit, à Santa Clara, d’un monument dédié à Che Gevara, exécuté en octobre 1967 en Bolivie. Sa dépouille et celles de ses compagnons d’armes furent ramenées dans ce mausolée. À côté, on visite le petit musée qui retrace sa vie, avec photographies et objets personnels, en se remémorant l’hommage que Fidel Castro lui rendit, huit jours après sa mort, devant un demi-million de Cubains : “Tu as disparu physiquement, mais ton image et tes idéaux restent et resteront présents en nous, parce que ceux-là, ils ne pourront jamais les tuer avec des balles.”




















