L’Euroairport Bâle-Mulhouse célèbre ses 80 ans de coopération entre la France et la Suisse

80 ans de coopération sur l'aéroport de Bâle Mulhouse ont été récemment fêtés. Avec de nombreux projets pour les prochaines années, hormis la liaison ferroviaire!
80 ans de coopération exemplaire franco-suisse pour l'Euroairport Bâle-Mulhouse (Photo: LC)

C’est probablement un statut unique dans le transport aérien: celui d’une coopération exemplaire de gestion d’un aéroport binational par deux autorités de tutelle, l’une française, l’autre suisse.

L’aéroport de Bâle-Mulhouse est en effet depuis mai 1946 une entreprise bi-nationale officielle, qui, malgré les différends qui parfois se font jour entre les autorités helvétiques et françaises, a connu un développement remarquable. 

Le statut binational tient en fait à la position géographique excentrée de Bâle, l’aéroport servant d’abord de porte aérienne à la troisième métropole de Suisse. Mais l’exiguïté du territoire cantonal de Bâle Ville, aux frontières de l’Allemagne et de la France, a favorisé cette solution d’un aéroport entièrement situé en terres françaises, à 5km de la frontière. La partie suisse de l’aéroport est ainsi relié par une route hors-douane directe avec Bâle, malgré l’intégration de la Confédération à l’espace Schengen.

Ce qui a en fait changé par rapport à la période de l’avant Schengen est simplement l’effacement de la frontière à l’intérieur de l’aérogare. Le passager déambule du secteur français/allemand au secteur suisse – et vice-et-versa- sans s’en rendre vraiment compte. Sauf à regarder les prix pratiqués dans les magasins!

Les 80 ans de coopération franco-suisse à l’EuroAirport se sont traduits par l’envolée du trafic: 12 865 passagers en 1946, 696 000 en 1970, année de l’inauguration de l’actuelle aérogare par les Présidents Pompidou et Tchugi, plus d’un million en 1985, plus de 4 millions en 2010 et finalement un record de trafic l’an dernier à 9,63 millions de passagers (+8% par rapport à 2024).

Travaux en vue

A 80 ans, l’aéroport est embarqué dans des travaux d’expansion et de rénovation de ses infrastructures. La rénovation de sa piste principale se termine le 21 mai, permettant une reprise totale des mouvements d’avion. L’an passé, l’aéroport a approuvé les plans d’expansion de l’aérogare, avec un premier module Est (côté suisse).

Le nouveau bâtiment de 14.000 m² et la rénovation de 15 000 m2 de l’actuelle aérogare permettra de concentrer les postes d’inspection-filtrage pour passagers dans un nouveau bâtiment et de rendre le parcours passager plus simple et plus intuitif. Parallèlement, les offres de restauration et le secteur Duty Free peuvent être rendus plus attrayants. L’ouverture est prévue à l’horizon 2031. 

La liaison ferroviaire, un cuisant échec dans la coopération

Le plus grand échec reste néanmoins la liaison ferroviaire. Dans un article paru en 2025, le quotidien suisse bâlois Basler Zeitung pointait avec sarcasme que l’idée d’une gare ferroviaire sur l’aéroport est presque aussi vieille que l’aéroport lui-même.

Si l’idée d’une gare sur l’aéroport a finalement bien été reconnue par les autorités suisses et françaises, sa concrétisation ne cesse d’être retardée. A l’origine prévue au milieu des années 2010, puis en 2030, on parle désormais -sans certitude-de 2035.

D’autant plus que la France a renoncé au financement partiel du projet, estimé à 468 millions d’euros, pour une raison simple: il n’y a plus d’argent dans les caisses. Le projet de gare impliquerait de simplement construire 6 km de voies ferrées avec une gare souterraine ou attenante à l’aérogare…

Aussi, alors que l’aéroport flirte avec les 10 millions de passagers et emploie 6 000 personnes, il est le seul dans la grande région rhénane à ne pas bénéficier d’une ligne ferroviaire. L’aéroport de Stuttgart, qui a le même nombre de passagers que l’EuroAirport, a une gare depuis trois décennies, et même Strasbourg avec 1,3 million de passagers bénéficie d’une gare TER.

Un échec à mettre surtout à l’incapacité de la Suisse et de la France à se mettre d’accord sur le financement. Quand la coopération se heurte à des considérations matérielles…