Le projet de ligne grande vitesse Kuala Lumpur-Singapour déraille

Le projet de train à grande vitesse entre Kuala Lumpur en Malaisie et Singapour restera dans les cartons. C'est la fin d'un feuilleton qui aura duré plus d'une décennie. Cet arrêt met à mal les projets de lignes ferroviaires à grande vitesse reliant un jour Singapour à la Chine...
L'une des gares de la LGV entre Kuala Lumpur et Singapour (photo: DR)

La ligne ferroviaire à grande vitesse entre Kuala Lumpur en Malaisie et Singapour restera dans les cartons. Cela aura été non pas le serpent de mer, mais le serpent de terre de la Malaisie et de Singapour. Ce projet ambitieux de train à grande vitesse parcourant en une heure trente les 350 km séparant Kuala Lumpur à Singapour avait été envisagé dès la fin des années 90. Une formidable avancée alors qu’il faut actuellement cinq heures de voyage par la route. Ou encore plus de six heures par un train traditionnel.

Plusieurs lignes devaient dès lors relier Kuala Lumpur à Singapour dont une express n’offrant qu’un seul arrêt à Johor Bahru, la grande ville malaisienne située à la frontière. D’autres faisaient également des arrêts à Putrajaya- la capitale administrative de la Malaisie- et à Seremban.

Atermoiements dès le départ

En 2010, l’ancien premier ministre malaisien Nasjib Razak annonçait le projet, puis le confirmait en 2013. Les deux gouvernements finalement signaient le Protocole d’Accord (Memorandum of Understanding) en 2016 avec l’étude sur les coûts et le tracé.

Mais le retour au pouvoir du Premier Ministre Mahathir Mohamad en 2018 se traduisait par un nouveau coup d’arrêt à la future LGV. Si la réduction de la dette de la Malaisie était le prétexte officiel, on pense en fait que la profonde inimitié de Mahathir pour Singapour a été un facteur majeur.

Après avoir obtenu un accord de réduction des coûts, Malaisie et Singapour finalement lançaient le projet. Avec cependant un changement de taille: une date d’ouverture repoussée de 2026 à 2031.

En 2020, c’est la crise du covid qui a affecté à son tour le projet. La fermeture des frontières a empêché les premiers coups de pioche sur le chantier.

Incapables de s’accorder sur les modalités de démarrage des travaux, le projet est devenu caduque au 1er janvier 2021, selon le MoU signé en 2016 par les deux pays. Aucun des protagonistes n’aura tenté de sauver le projet du naufrage.

Fin d’un réseau LGV à l’échelle du continent asiatique 

Cette suspension aura pourtant des répercussions au-delà des deux pays. La future LGV devait se trouver en correspondance avec une future ligne à grande vitesse reliant la Malaisie à Bangkok et au delà au Laos et à la Chine. Le rêve d’un réseau LGV en Asie du Sud-Est, à l’image de ce qui existe en Europe, est bel et bien brisé pour le moment.

Dans une interview avec la chaîne Channel News Asia, Walter Theseira, professeur associé d’économie à l’Université des sciences sociales de Singapour regrette cette décision.

« L’objectif général de la LGV était d’améliorer la compétitivité économique de Singapour et de la Malaisie. Les deux économies n’étant pas importantes par leur taille, une LGV entre Singapour et Kuala Lumpur aurait apporté plus de croissance économique et de développement, de la même façon que le Japon a bénéficié de la connectivité créée par le Shinkansen pour ses grandes villes« , expliquait-il à la chaîne.

La Malaisie fera finalement cavalier seul sur une ligne à semi-grande vitesse de Kuala Lumpur à Johor Bahru, près de la frontière de Singapour. Les voyageurs vers la capitale financière de l’ASEAN se débrouilleront bien tout seuls, ou prendront l’avion…