Nouvelle taxe aérienne : « l’Etat est dans le rouge, et il est en train de nous y conduire »

La FNAM (Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers) et l’UAF (Union des aéroports français) se mobilisent contre la nouvelle taxe envisagée par l'Etat.
Le secteur aérien français se mobilise pour éviter une nouvelle augmentation des taxes, ou du moins une meilleure répartition
Le secteur aérien français se mobilise pour éviter une nouvelle augmentation des taxes, ou du moins une meilleure répartition (DR)

L’heure est à l’inquiétude, à l’incompréhension et à la mobilisation dans le ciel français. En cause, bien sûr, la nouvelle taxe envisagée par l’Etat pour renflouer ses caisses dans le cadre du Projet de Loi Finances. Par l’intermédiaire de la FNAM (Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers) et de l’UAF (Union des aéroports français), le secteur a tenu à s’exprimer lundi matin. Deux heures durant, leurs présidents respectifs Pascal de Izaguirre et Thomas Juin ont tenté de « remettre l’église au centre du village », comme le résume le patron de la FNAM…

Source : FNAM-UAF

L’intervention visait notamment à remettre en cause certaines idées reçues sous-jacentes à ce nouveau projet de taxation. Pour Pascal de Izaguirre, il s’agit notamment de « Démentir la légende selon laquelle le secteur aérien n’est pas taxé, ou insuffisamment taxé ». Et ce notamment en comparaison de nos voisins européens, les intervenants soulignant que 20 pays européens n’appliquent aucune fiscalité spécifique au secteur aérien, y compris la Suède, qui vient d’y renoncer. Autre idée reçue rejetée par les responsables du ciel français : « Le transport aérien est réservé à des riches ». Une « caricature insupportable » pour Pascal de Izaguirre, qui estime que la sociologie des passagers aériens est comparable à celle du TGV.

La logique qui présiderait à l’instauration de cette nouvelle taxe, en plus d’être infondée pour les responsables du secteur aérien français, s’avèrerait également dangereuse et même contre-productive. Le président de la FNAM prévient : « Nous n’aurons d’autres moyens que de répercuter l’augmentation sur le prix des billets, mais nous risquons de subir un impact négatif car l’intensité concurrentielle fait que l’on devra peut-être faire un effort supplémentaire pour absorber cette taxe ». Et Pascal de Izaguirre de pointer l’exemple d’Air France : « La TSBA (taxe de solidarité sur les billets d’avion) portera à 37% sur les compagnies aériennes françaises, et 30% concerneront la seule compagnie Air France. (…) « 63% seront supportés par les autres compagnies, mais elles sont environ 300… ».

Pour la FNAM et l’UAF, difficile dès lors de ne pas craindre un report vers des hubs étrangers, des fermetures de bases – comme l’illustre déjà l’exemple d’easyJet à Toulouse – et des suppressions pures et simples pour certaines lignes. Pour Thomas Juin, le Projet de Loi Finances menace directement les territoires. « Si l’on s’attaque aux vols domestiques ou court-courriers, il faut s’attendre à une suppression de lignes aériennes, et donc des pertes d’emplois dans les régions françaises ».

Le Président de l’UAF invite également à se pencher sur les conséquences des baisses de passagers sur… les recettes fiscales. « Ce qui est paradoxal, quand on fait face à une volonté de fiscaliser davantage notre secteur ! La moindre des choses serait de calculer l’impact de la perte d’activité, car elle aura lieu. 1% de passagers en moins en France, c’est 100 millions d’euros de recettes fiscales en moins pour l’Etat ».
Quant au volet environnemental, les responsables de la filière sont pour le moins dubitatifs sur l’efficacité des mesures envisagées. Pour Thomas Juin, il s’agit même d’une « mesure anti-écologique puisque l’on rallonge le temps de parcours » vers d’autres hubs étrangers. Et Pascal de Izaguirre d’enfoncer le clou : « Je ne vois pas en quoi taxer le secteur aérien fait avancer la cause de sa décarbonation : cela ne va faire qu’amputer les ressources que l’on mobilise pour cette décarbonation ».

En clair, pour se mettre au vert, le ciel français doit a minima éviter de se mettre dans le rouge. Or comme l’assène Thomas Juin : « L’Etat est dans le rouge, et il va nous y conduire. On peut comprendre que l’Etat a besoin de se renflouer, mais prendre une telle mesure sans en mesurer les conséquences montre que l’Etat manque cruellement de vision sur le secteur aérien, et depuis plusieurs années déjà. C’est grave ».

Malgré tout, les responsables du secteur aérien n’ont pas abdiqué. « On garde l’espoir de convaincre le gouvernement que faire peser un poids aussi lourd et de façon aussi exclusive sur le secteur aérien est une aberration » résume Pascal de Izaguirre. Ce dernier, et l’ensemble du « front uni » rassemblé contre cette mesure, sollicitent désormais une véritable concertation, sur la base d’une étude d’impact sérieuse, et une répartition plus équitable, plus solidaire de la charge.