Hambourg responsable : la conquête de l’espace vert

Nouveaux quartiers écologiques, nouveaux parcs, nouveaux réseaux de bus hybrides… la détentrice du titre de Capitale verte européenne 2011 n’a pas fini de montrer l’exemple.

Voilà déjà six ans qu’Hambourg consomme une électricité 100 % propre. Un miracle accompli sous la baguette de Hamburg Energie, organisme dont les profits sont systématiquement réinvestis dans de nouvelles unités de production éolienne, photovoltaïque ou encore hydraulique. Un vrai cercle vertueux que la “plus méridionale des villes scandinaves” entend élargir en devenant “the place to be” de l’énergie éolienne, en provenance du Danemark voisin. “La plupart des grandes compagnies spécialisées comme Nordex, Vestas, Repower ou Siemens ont désormais leur siège à Hambourg”, explique Martha Liegl, consultante en énergie propre. Ainsi, en 2012, tandis que l’Allemagne comptait 23 000 installations, le grand Hambourg montrait l’exemple en employant pour sa part 25 000 personnes dans le domaine.

Il faut dire que les rives de l’Elbe et les côtes de la mer du Nord représentent un formidable terrain de jeu pour ces gros bras rotatifs. À cela, Hambourg ajoute un autre atout dont aucune grande ville du monde ne peut se targuer : être entouré par un parc national d’une centaine de km2 donnant sur la mer et incluant de nombreuses îles. Un espace à 90 % sauvage. “Ce parc, situé hors des limites de la ville, est un héritage des prérogatives remontant au Moyen-Âge et qui permettaient à Hambourg de contrôler les côtes, l’embouchure de l’Elbe et d’ainsi se prémunir des bateaux pirates”, explique Volker Dumann, porte-parole de la section environnement de la mairie de Hambourg.

Passé industriel matiné de vert

  Bâtir presque ex nihilo un quartier éco-responsable : partant d'une feuille blanche, en l'occurrence ses anciens docks laissés à l'abandon, Hambourg a dessiné son avenir, un futur fait de logements design à basse consommation et d'espaces verts le long des quais. Les entreprises adorent et sont nombreuses à s'implanter à Hafen City, à quelques minutes du centre-ville à vélo ou en transports en commun.Pourtant, cet avantage insolite ne joue presque aucun rôle dans la position de Hambourg en tant que première ville verte d’Allemagne. En effet, ce sont plutôt ses 64 km de canaux, ses espaces verts et ses parcs – soit plus de 20 % de sa superficie – qui lui ont valu ce titre.

D’ici 2025, la surface chlorophyllée devrait même atteindre les 35 %. La raison ? Une expansion urbaine qui s’étend vers les quartiers sud, ses friches industrielles et ses anciens entrepôts portuaires. D’abord, il y a eu Hafen City, un projet de “recyclage” de l’ancien port, sur 157 hectares, qui a permis un agrandissement de 40 % de la surface de la ville, totalisant 37 % d’espaces ouverts et publics, 10 km de promenade le long de l’eau, 26 hectares d’espaces verts plantés de 2 700 arbres.

“Nous voulions, à travers un projet moderne, atteindre un retour à un mode de vie qui l’est moins, en réduisant la présence des voitures grâce à une bonne accessibilité, des pistes cyclables, un système de bus hybride desservant toute la zone et une nouvelle ligne de métro”, explique Susanne Bühler, porte-parole de Hafen City. Cette “zone prioritaire”, pour laquelle tous les plans de construction sont approuvés par une commission d’aménagement urbain spécialement instituée, devrait connaître une réduction de 40 % de ses émissions de CO2 d’ici 2020 par rapport à 1990, notamment grâce à une forte réduction du trafic automobile et un approvisionnement énergétique et thermique innovant.

Autre marque de fabrique d’Hafen City : l’habitat durable. En 2007, le quartier a lancé le premier système de certification d’Allemagne avec une remise d’un label Or aux constructions les plus écologiques. “La différence avec d’autres projets de réhabilitation de ce genre est que, généralement, les anciens docks se situent à l’extérieur de la ville, tandis que nous sommes à un saut de puce du centre ; ce qui réduit considérablement la nécessité de posséder une voiture”, poursuit Susanne Bühler. En effet, les deux tiers des pistes cyclables se situent à l’écart de la circulation automobile, et la part du trafic individuel motorisé devrait bientôt y être réduite de 30 %, en partie grâce au service de bus interne fonctionnant à l’hydrogène.

Une université responsable

Du coup, le mode de vie d’Hafen City séduit. Aujourd’hui, 2 000 personnes y résident à plein temps et 450 entreprises et organismes – dont Greenpeace et WWF – y emploient 9 000 personnes. D’ici 2025, 12 000 âmes devraient peupler les bâtiments novateurs du quartier, sans compter les étudiants qui, dès la rentrée prochaine, seront près de 2 000 à se presser sur les bancs d’une faculté pas comme les autres, la Hafen City Universität, où l’on enseignera l’art de la planification urbaine écofriendly.

Cette expansion vers le sud, le fameux “saut sur l’Elbe”, vrai périphérique fluvial qui a longtemps constitué la frontière psychologique au-delà de laquelle Hambourg n’était plus vraiment Hambourg, se poursuit désormais vers l’ancien quartier industriel de Wilhelmsburg. Déjà, à l’occasion de l’Internationale Gartenschau, exposition consacrée aux jardins qui se terminera en octobre, un gigantesque parc a été créé sur un marécage asséché au fil des siècles.

À seulement 15 minutes du centre-ville en S-Bahn – le RER local, lui aussi écologique ! –, le lieu est prometteur. Parmi les diverses modifications entreprises à Wilhemsburg, une ancienne décharge a été entièrement nettoyée et transformée en une colline dédiée à la production d’électricité. Au sommet de ce que l’on appelle la “montagne de l’énergie” ont été plantées des éoliennes qui alimenteront bientôt les 55 000 habitants de ce quartier plutôt défavorisé.

Du bois dont on fait les hôtels

“Afin de montrer la volonté de revitaliser Wilhelmsburg, le gouvernement de Hambourg va installer un grand nombre de ses institutions dans de nouveaux bâtiments écologiques construits à proximité du parc”, reprend Volker Dumann. C’est là que tout bouge avec de nouveaux espaces de loisirs, mais aussi des logements créatifs et écologiques conçus pour un autre événement, l’IBA, un des grands salons de la construction qui se tient chaque année à Hambourg.

Depuis 2007, l’IBA a pour but de présenter les dernières inventions en matière de logements durables. Parmi les dix-sept créations de 2013 qu’on pourra visiter jusqu’en novembre : un hôtel sur le thème de la forêt, le Raphael Wälderhaus, en bois du sol au toit, mais aussi le BIQ, tout premier bâtiment au monde équipé de micro-algues cultivées à l’intérieur de ses façades en verre. Le système produit de la chaleur grâce à la photosynthèse et à l’énergie solaire, tout en absorbant le CO2. “L’objectif est de faire de Wilhelmsburg un quartier qui ne rejettera plus aucun CO2”, conclut Volker Dumann.

Un vrai défi qui pourrait bien être relevé puisque les projets abondent à Hambourg, à Wilhelmsburg comme partout en ville. Dans le quartier d’Altona, l’ancienne gare centrale sera bientôt transformée en résidences écologiquement responsables, tandis qu’une nouvelle flotte de bus hybrides devrait être introduite dans toute l’agglomération en 2014. Par ailleurs, “Car 2 Share”, un nouveau système de location de voitures électriques similaire à celui du parisien Autolib’, vient d’être lancé alors que 300 “Umwelt Taxis” parcourent déjà la ville sans la polluer. “Hambourg attire de plus en plus de touristes, car elle mise énormément sur la qualité de vie d’une grande métropole internationale présentant tous les avantages d’une ville verte”, souligne Beatrix Haun, directrice de l’Office national allemand du tourisme à Paris. Et de conclure : “avec un réseau de 400 km de pistes cyclables, comment ne pas tomber sous le charme d’une ville moderne dont le rythme permet aussi de ralentir et de respirer ?”