Hong Kong : les turbulences politiques perturbent l’hôtellerie, pas l’aérien

Les violences et l’instabilité politique à Hong Kong commencent à peser sur l’activité économique et touristique, notamment dans le commerce et l’hôtellerie, mais pas encore dans le secteur aérien. "Business as usual", ou presque, pour les hommes d’affaires…

Cathay Pacific
Le trafic de Cathay Pacific et Cathay Dragon ne semble pas affecté par les événements à Hong Kong

Hong Kong avait jusqu’à présent la réputation d’un îlot de stabilité, en raison de son économie totalement ouverte sur le reste de la planète et de son statut de porte d’accès vers la Chine. Le retour de Hong Kong dans le giron de la « Mère Patrie » – comme les fervents patriotes aiment à décrire la Chine – n’avait eu que très peu de conséquences négatives sur l’économie de la métropole, premier pôle financier du monde chinois. Mais l’économie est désormais rattrapée par le politique. Les manifestations marquées par la violence et l’hostilité non cachée envers le gouvernement central de Pékin sont en train d’ébranler la confiance des investisseurs et des visiteurs.

Selon les statistiques de l’office de tourisme de Hong Kong, si juin a encore connu une progression du nombre de ses touristes, la décélération est remarquable. Les arrivées de touristes ont cru de 1,2% en juin ; en mai, la croissance était encore de 10,2%. Et encore reste-t-elle fortement influencée par les arrivées des touristes chinois dans l’ancienne colonie britannique.

En laissant de côté les arrivées en provenance de Chine continentale, le nombre de touristes en juin était négatif, les marchés long courrier affichant un recul de 1,1%. Ce dernier progressait encore de 0,6% en mai 2019. L’Europe est plutôt en baisse : les plus forts reculs sont enregistrés pour la Russie (-21,6%), la France (-8,4%) et le Royaume-Uni (-5,4%). Seuls l’Allemagne et les Pays-Bas progressent.

Pour l’instant, une poignée de pays seulement ont émis une alerte pour des voyages à destination de Hong Kong. On trouve notamment les Emirats Arabes Unis et Singapour tandis que des pays comme la Grande-Bretagne, le Canada ou la Nouvelle-Zélande appellent leurs citoyens à la prudence. En France, le site du Ministère des Affaires Etrangères recommande de « respecter les consignes de sécurité des autorités locales, de se tenir à l’écart des rassemblements et de s’informer de l’évolution de la situation ». Si les violences venaient à se poursuivre, d’autres avis pourraient cependant rapidement suivre.

Taux d’occupation en baisse pour les hôtels

L’hôtellerie commence cependant à ressentir les effets de cette crise. Les établissements du territoire ont enregistré en juin un taux d’occupation en recul de trois points à 87% et la baisse semble s’accentuer. Les hôteliers font état d’une nouvelle chute de leur taux d’occupation de trois à quatre points supplémentaires en juillet. Les plus pessimistes estiment désormais que cette baisse pourrait aller jusqu’à 20% si la situation ne se débloque pas. En 2018, le taux d’occupation moyen dans l’hôtellerie atteignait 91%. Les commerces rapportent pour leur part une chute de leurs ventes de 20% en moyenne.

Quant au transport aérien, il ne semble pas trop concerné pour l’instant par la tournure des événements. Le nombre total de passagers en juin a progressé de 2,1%, une légère baisse par rapport à la croissance de mai, qui s’établissait à 3,2%. Cependant ce taux de croissance par rapport à 2018 a été divisé par deux.

Les chiffres publiés par Cathay Pacific et sa filiale Cathay Dragon confirment la résilience de l’activité aérienne dans l’ancienne colonie britannique. Les deux compagnies ont transporté en juin un total de 3,1 millions de passagers, en hausse de 6% par rapport à juin 2018 tandis que le taux de remplissage affichait une hausse de 1,4 point à 86,7%. Sur les six premiers mois de 2019, le nombre de passagers du groupe Cathay affichait une hausse de 4,4%.

L’aérien affecté par une croissance économique atone ?

La baisse pourrait devenir plus significative dans les prochains mois, notamment avec un recul des réservations de 5,4% depuis l’Asie, comme le souligne une analyse du cabinet de consultants ForwardKeys. Les voyageurs asiatiques restent en effet plus sensibles que les occidentaux aux questions de sécurité sur une destination. De fait, ce sera surtout l’évolution du PIB et de l’économie qui pourraient le plus affecter les courants d’affaires et, par ricochet, le transport aérien.

Le taux de croissance du PIB de Hong Kong était estimé en début d’année ne progresser que de 1,5% en 2019. Ce taux pourrait être encore révisé à la baisse suite aux manifestations. Les importations et exportations sont déjà en chute libre, en raison de la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis et du ralentissement de la croissance chinoise. Les exportations ont baissé de 3,6% au premiers semestre et les importations de 4,5%. En juin, le recul a été de 9% pour les exportations et 7,5% pour les importations, la plus importante baisse enregistre depuis février 2016…