Les compagnies planchent sur une « norme 66% » post-Covid19

Alors que les PDG de compagnies aériennes estiment qu’il faudra au moins un an, voire deux, pour retrouver un niveau d’activité normal, certains transporteurs explorent ce que sera l’immédiat post-COVID-19 dans les avions. L’immobilisation d’une partie des sièges en cabine est fortement envisagée…

IATA
Alexandre de Juniac, à la tête de IATA

L’espace en classe économique sera-t-il revu à la hausse lors de notre retour à bord des appareils ? C’est probablement la conséquence la plus positive qu’aura la pandémie du coronavirus pour les passagers dans ce qui pourrait être la future configuration du transport aérien. Selon Alexandre de Juniac, le Directeur Général de IATA, l’Association internationale du transport aérien, l’immobilisation du fauteuil central dans chaque rangée serait une manière de rendre le transport aérien plus compatible avec des conditions sanitaires strictes propres à favoriser la reprise du secteur. Une telle mesure sera discutée avec les gouvernements lors d’une série de réunions coordonnées dans le monde entier, selon les propos du DG de IATA dans un entretien avec l’agence Reuters.

Beaucoup de compagnies aériennes travaillent sur les conditions de transport des passagers dans un après-COVID-19. Dans un entretien avec Reuters, le PDG de la low-cost Wizz Air, Joszef Varadi, indiquait qu’il allait faire voler ses appareils à seulement deux-tiers de ses capacités existantes. Soit 120 sièges au lieu de 180. Une telle mesure devrait permettre de respecter les distances sociales imposées – un mètre en France, mais deux mètres en Suisse, par exemple. Mais, selon ce même PDG, ce serait aussi un facteur de déséquilibre des finances, en mettant sous pression la profitabilité des compagnies aériennes, et ce bien après la sortie de la quarantaine imposée dans la majorité des pays.
Alexandre de Juniac est également concerné par cette mesure. IATA estime maintenant que les pertes du transport aérien devraient atteindre 314 milliards de dollars, avec pour l’instant des perspectives plutôt sombres d’une reprise rapide du trafic. En effet, même si l’on entrevoit un « déconfinement » progressif, les restrictions sur les voyages internationaux et le verrouillage des frontières par de nombreux pays devraient perdurer. C’est le cas de l’espace Schengen, de la Chine ou encore de la Corée du Sud, des pays qui génèrent un immense volume de passagers. Une grande incertitude demeure donc quant au rythme d’une éventuelle reprise.

L’immobilisation du siège du milieu, condition probable d’une reprise des voyages aériens avec le port obligatoire du masque, l’équipement des avions avec des gels hydro-alcooliques et la désinfection minutieuse des avions, comporte donc un risque financier majeur pour des compagnies fortement affaiblies par la pandémie. Comme l’explique Alexandre de Juniac, la densification de la classe économique a été un « élément clé de la rentabilité des compagnies aériennes« , qui atteignaient généralement un taux d’occupation des sièges supérieur à 75 %. Un taux de remplissage fixe au maximum à 66% devrait donc se traduire par… des hausses tarifaires et ainsi atténuer – au mieux éviter – une possible guerre tarifaire supposée relancer la machine. Selon le directeur général de IATA, les compagnies aériennes vont donc devoir jongler entre deux impératifs : le besoin de retrouver les faveurs des passagers tout en retrouvant un équilibre financier avec cette nouvelle donne.

La probable nouvelle norme de 66% maximum de taux de remplissage devrait avoir un effet dramatique sur le transport aérien à l’intérieur de l’Europe car il mettra à mal le modèle low-cost qui reposait jusqu’à présent sur une densification des cabines en contrepartie de tarifs accessibles.

Les analystes estiment aussi que dans un monde post-COVID-19, le train devait attirer de nouveaux adeptes, et plus seulement sur des liaisons de trois heures maximum. L’avion risque de fait d’être favorisé uniquement dans des cas de nécessité absolue sur les lignes court-courriers. On pourrait assister donc à une diminution importante du nombre de vols entre les villes européennes avec comme conséquence une augmentation probable des tarifs aériens…