Interview : Léon Verhallen, Brussels Airport Company

Directeur en charge du développement aérien à l'aéroport de Bruxelles (Brussels Airport Company), Léon Verhallen fait le bilan d'une année difficile pour le principal hub de Belgique et esquisse quelques perspectives d'avenir.

Léon Verhallen, Directeur Aviation Development Brussels Airport Company (photo Brussels Airport Company)

Comment s’est comporté le trafic à Bruxelles depuis le début de la pandémie?

Léon Verhallen – Personne ne sera surpris de savoir que le trafic s’est littéralement effondré. Nous avons accueilli à fin septembre 5,85 millions de passagers comparé à 20,1 millions pour la même période de 2019. On avait constaté une reprise avec la réouverture des frontières en Europe à la mi-juin. Le nombre de passagers représentait en juin 6% du total de 2019. Nous sommes grimpés à 20% en juillet et août mais le trafic est depuis reparti à la baisse avec de nouvelles restrictions. En septembre, nous avions un trafic qui représentait 16% seulement de celui de 2019. Nous sommes désormais plus pessimistes sur l’évolution du trafic d’ici la fin de l’année en regard de la seconde vague de covid.

Quelles mesures ont été mises en place pour protéger les passagers à Bruxelles?

L. V. – On a adopté de nombreuses mesures. Comme par exemple la prise de température au scanner pour les passagers. Nous appliquons bien entendu les mesures de distances sociales. Nous avons aussi mis dans tout l’aéroport des distributeurs de gel hydroalcoolique et désinfectons continuellement tous les espaces.

On cite souvent la lenteur d’obtention de résultats de tests comme un handicap à une reprise du trafic. Quelles ont été les solutions adoptées à Bruxelles pour contourner ce problème?

L. V. – On a pris l’initiative d’installer une antenne de tests PCR avec un laboratoire sur notre aéroport. Ce qui nous permet de délivrer un résultat au voyageur en 24 heures. Nous sommes l’un des rares en Belgique à offrir une prestation de résultat aussi rapide. On peut proposer jusqu’à 7 000 tests par jour. Ils sont ouverts à tous, y compris aux non-passagers. Il faut néanmoins s’enregistrer à l’avance.

Que change l’arrivée des tests antigéniques?

L. V. – Les tests antigéniques combinés aux tests PCR existants devraient aider à recréer la confiance chez les voyageurs. En fait, ce n’est pas la sécurité sanitaire des vols qui effraient les passagers mais plutôt l’incertitude de pouvoir se rendre vers une destination. Des tests rapides vont permettre de favoriser des corridors ou des bulles de voyage entre les pays. Et de retrouver un peu plus d’activités.

Bruxelles reste-t-il un aéroport important dans la desserte des compagnies aériennes ?

L. V. – Je dois avouer que je suis satisfait de constater que les compagnies aériennes ne nous ont pas abandonnés. Cet été nous avions 45 compagnies aériennes régulières desservant 120 destinations au départ de Bruxelles. L’an dernier, nous en comptions 60 pour 200 destinations. A l’intercontinental, nous accueillons de nouveau les compagnies du Golfe, Air Canada, United Airlines, Hainan Airlines ou encore Rwandair. Delta a annoncé revenir l’été prochain et nous attendons encore les décisions de All Nippon Airways, Cathay Pacific et Thai Airways International. La plupart offre d’entre elles offrent cependant un nombre réduit de fréquences. Nous sommes aussi très heureux de voir que Brussels Airlines a repris la plupart de ses vols sur l’Afrique. le continent est un segment essentiel de notre activité.

Comment voyez-vous l’évolution du voyage d’affaires ?

L. V. – Ce sera probablement le segment le plus complexe à ranimer. Durant l’été, nous avons en effet constaté la reprise rapide des voyages de loisirs, puis des voyages affinitaires. Pour les voyages d’affaires, je prédis un retour de ces catégories de passagers à court terme: les voyageurs essentiels comme ceux du secteur IT; les diplomates ou média; les entrepreneurs avec de gros contrats réclamant une présence. Le MICE est en revanche mort pour le moment.

Quels sont vos pronostics de reprise pour 2021 ?

L. V. – C’est difficile à dire car cela dépend de nombreux éléments externes à l’aéroport. Mais on peut penser que le trafic restera très bas au premier trimestre 2021. Avec un vaccin disponible, on pourrait retrouver une activité équivalente à 60% ou 70% d’une année normale. On pourrait même atteindre un taux de 75% ou 80% à la fin de l’année 2021 ou au début de 2022.