Interview : Samir Idris, co-fondateur et directeur des opérations de FairJungle

Fairjungle a remporté le 25 septembre le Start-up Contest organisé par l’Iftm Top Resa. Samir Idris, co-fondateur de la plateforme, fait le point sur cette start-up qui récompense les voyageurs d’affaires réalisant des économies.

Fairjungle
Samir Idris et Saad Berrada, co-fondateurs de Fairjungle

Comment présenteriez-vous Fairjungle ?

Samir Idris – La start-up a été créée il y a un peu plus d’un an et notre service est disponible depuis janvier. Fairjungle est une plateforme B2B qui permet à ses clients de réaliser des économies sur leurs voyages d’affaires et qui récompense les employés économes. Pour cela, nous définissons pour chacun des déplacements un budget évolutif se basant sur plusieurs critères : le tarif en temps réel, la politique voyages de l’entreprise, les tarifs négociés, ainsi que le comportement d’achat moyen de l’employé. Notre algorithme propriétaire nous permet d’évaluer ce comportement sur une période de 10 jours. Après cette phase de calibrage, notre service est disponible pour le client. Nous ne remplaçons pas l’agence de voyage de notre client, nous venons en complément.

Concrètement, comment cela fonctionne-t-il pour l’employé ?

S. I. – Il se connecte à notre plateforme et simule son voyage en remplissant différentes modalités : sa ville de départ, sa destination, les dates de son déplacement, et ses horaires privilégiés. Nos algorithmes vont calculer un budget de voyage incluant le transport – train ou vol – et l’hébergement. Ajouter la location de voitures est aussi dans nos projets. Ensuite, notre plateforme indique au voyageur d’affaires un « budget à battre ». Nous lui proposons alors plusieurs options de transport et d’hôtel en le mettant au défi d’en choisir une moins onéreuse. S’il y parvient, une partie des économies réalisées lui est reversée. Cela peut prendre la forme de bons d’achat utilisables dans plus de 500 enseignes en France ou de dons à des associations caritatives. Pour rendre l’expérience de l’utilisateur la plus fluide et rapide possible nous lui recommandons trois options de voyage : « pro », « éco » ou « smart ». L’offre « pro » est composée du transport qu’aurait sûrement choisi le voyageur s’il n’utilisait pas Fairjungle. Il ne réalise pas d’économie en la choisissant. Ensuite, l’offre « éco », représente l’autre côté du spectre : un vol généralement low cost avec des horaires flexibles. Pour finir, il y a l’offre « smart » établissant un juste milieu entre le confort, la proximité des horaires souhaités par le voyageur et la réalisation d’économies. Près de 85 % des utilisateurs choisissent l’une des trois options recommandées. L’employé trouve son bonheur beaucoup plus rapidement que sur une interface sans fin. Cependant, s’il souhaite avoir accès à tous les vols et hôtels disponibles, c’est aussi possible.

Et pour l’employeur ?

S. I. – Il offre à ses employés une interface agréable, sur laquelle nous avons beaucoup travaillé, notamment en termes de simplicité. Nous voulions que la durée moyenne d’une session soit inférieure à une minute et trente secondes. Lorsque l’employé valide son déplacement, l’agence de voyages ou le SBT travaillant avec l’entreprise prend le relais pour effecteur la réservation. Ainsi, l’employeur y gagne puisque l’employé a changé son comportement d’achat de manière économique. L’employeur doit aussi déterminer la part des économies qui sera reversée aux employés économes. Sur ce point, nous recommandons généralement une part de 30 %.

Le voyageur d’affaires peut-il choisir sa récompense ?

S. I. – Lorsque le voyageur fait des économies, nous lui créditons des points Fairjungle dont la validité n’expire pas. 1 point équivaut à 1 euro de « pouvoir d’achat ». Il peut ensuite échanger ses points contre des bons d’achat dématérialisés et les utiliser comme il le souhaite, en e-commerce sous forme de codes promos, ou en magasin, avec un Flashcode.

L’accueil réservé à Fairjungle est-il le même pour toutes les catégories d’employés ?

Samir Idris – Notre taux d’utilisation dépasse 80 %, ce qui est très satisfaisant pour un outil optionnel. Généralement, ce sont les employés les mieux payés qui sont les moins intéressés par le défi que nous proposons. Obtenir des bons d’achat ne les intéresse pas particulièrement. De plus, si la plateforme est très intuitive, ces employés sont généralement plus résistants au changement et continuent d’effectuer leurs réservations directement via leur agence ou SBT. Pour les autres voyageurs d’affaires, le taux d’adoption est quasiment de 100 %. Les gens sont habitués à réserver des voyages pour eux-mêmes, c’est pourquoi les SBT prennent de d’ampleur. Nous avons donc repris les codes des sites comme Booking.com pour concevoir notre plateforme. D’après certains voyageurs, ils utiliseraient notre outil même sans le système de récompense, en raison de la qualité des recommandations de notre algorithme et de la rapidité de la réservation.

Quel est votre business model ?

S. I. – Nous fonctionnons à la performance puisque nous prélevons une commission sur les économies réalisées. Il y a donc un retour sur investissement immédiat pour l’entreprise : si elle ne fait pas d’économies, elle ne paye pas notre service. Nous facturons également les gains qui seront reversés à l’employé sous forme de points. Nous nous engageons à reverser la totalité de ces économies à la demande des salariés lorsqu’ils veulent convertir leurs points en bons d’achat.

Combien de personnes travaillent chez Fairjungle ?

S. I. – Aujourd’hui, nous sommes six. Avec la levée de fonds, l’idée serait de doubler nos effectifs d’ici huit mois et d’arriver à une quinzaine de personnes d’ici fin 2019. Nous sommes basés à la Station F, l’incubateur de start-ups créé par Xavier Niel.

Avec combien d’entreprises travaillez-vous aujourd’hui ?

S. I. – Nous avons d’abord fait une « preuve de concept » avec une entreprise de 1200 personnes, puis notre activité a graduellement accéléré. Nous signons un nouveau contrat toutes les 4 semaines environ, mais la levée de fonds que nous venons de lancer doit nous permettre d’accélérer notre rythme de développement.

Qui sont vos concurrents ?

S. I. – Rocketrip et TripActions sont deux start-ups américaines ayant des activités très similaires à celles de Fairjungle. Elles ont rencontré un vrai succès au cours des 8 derniers mois : 80 millions de dollars ont été levés. En France, Fairjungle a eu une certaine visibilité, mais nous avons vu naître deux start-ups dans le même domaine que nous avec 6 à 9 mois de décalage. Ces deux start-ups fonctionnent aussi sur la récompense de l’employé mais sur des spectres légèrement différents puisqu’elles reversent une partie des économies des employés à des ONG ou à des initiatives de protection de l’environnement. Le gâteau est grand, l’existence de plusieurs start-up similaires n’est pas un problème. Nous nous sommes développés assez vite grâce à une précédente levée de fonds, et nous avons une certaine avance sur elles : par exemple, nous proposons les voyages en train, et leurs produits sont sortis il y a un mois, alors que le nôtre a vu le jour en décembre. L’idée, c’est de garder cette avance et pourquoi pas d’avancer avec elles.

Quelles sont vos ambitions de développement à plus ou moins long terme ?

Samir Idris – Nous aimerions d’abord améliorer l’expérience au sein de notre plateforme. Cela va passer par le lancement – d’ici la fin de l’année – de notre système de recommandations d’hôtels, ainsi que l’amélioration de notre plateforme mobile. En effet, nous avions fait le choix de privilégier notre plateforme web car la plupart des voyageurs d’affaires, aujourd’hui encore, utilisent leur ordinateur portable pour réserver.
Ensuite, nous souhaiterions proposer une expérience performante de bout-en-bout à nos utilisateurs. Pour cela, nous avons besoin d’aller jusqu’à la réservation effective du voyage. Cela peut notamment se faire à travers des partenariats avec des TMC ainsi que des intégrations avec des SBT. Nous sommes déjà en discussion, dont certaines très avancées, avec certains acteurs du marché.
Enfin, nous allons accélérer notre développement commercial. D’une part à travers l’internationalisation prochaine de notre activité, notamment au Royaume-Uni, mais aussi à travers l’activation d’autres canaux que la vente directe. Par exemple, nous sommes actuellement en discussion avancée avec certaines agences de voyages. Elles pourraient utiliser Fairjungle avec des clients pour lesquels elles ont des difficultés à trouver des solutions de voyage, notamment des entreprises de 100 à 500 employés.