
Des chambres à plus de 1000 euros le soir de la cérémonie d’ouverture, voire bien plus pour certains hôteliers mis à l’index UFC-Que Choisir ; des conditions drastiques pour le nombre de nuitées obligatoires ou les annulations : fin décembre dernier, l’association de consommateurs alertait sur la flambée des tarifs hôteliers pendant la période des JO. De la même manière, et à peu près à la même époque, Paris Je T’aime, l’office du tourisme et des congrès de Paris, s’inquiétait de voir les tarifs en hausse de 314% pour la quinzaine olympique, et même de 475 % pour les trois étoiles. Dans une lettre d’information à ses adhérents, Paris Je T’aime invitait de ce fait les hébergeurs touristiques à ne pas être trop gourmands, ni à contraindre l’offre pour faire grimper les prix en rendant leurs chambres disponibles à la réservation.
Mais, c’est bien connu, c’est à la fin du marché qu’on connaît le vrai prix des tomates. Si Paris Je T’Aime avait relevé en septembre 2023 un prix moyen de 669 euros pour les hôtels parisiens, la réalité est bien en deçà de cette ruée vers l’or sonnant et trébuchant que certains professionnels avaient convoitée. Ainsi Best Western France annonce-t-il un prix moyen de 322€ pour ses hôtels dans Paris et de 281€ dans le Grand Paris. « On trouve même des chambres en dessous de 200 euros pour les dernières disponibles, précise Olivier Cohn, directeur général de Best Western France. Soit un prix moyen correct et satisfaisant, même s’il est orienté à la baisse depuis quelques semaines« .
Dès février, alors que le groupe hôtelier avait senti que la montée en charge était timide, Best Western avait d’ailleurs réajusté sa politique tarifaire en rendant les réservations plus flexibles, et non des tarifs non annulables, non modifiables. « A partir de là, en donnant plus de liberté aux clients, les réservations ont décollé, souligne Olivier Cohn. Au final, le taux d’occupation devrait flirter avec les 80% pendant les trois semaines des Jeux« .
De son côté, comme chaque mois depuis le printemps, le spécialiste de la réservation hôtelière corporate CDS Groupe observe l’évolution des réservations avec le cabinet d’études MKG. Au dernier pointage de ce baromètre, effectué le 16 juillet dernier, sur 267 établissements étudiés, la fréquentation attendue est de 82,1% entre le 26 juillet et le 11 août pour les hôtels parisiens et de 71,2% pour le reste de l’Ile-de-France. Mais si les JO offrent un coup d’accélérateur à l’activité, l’événement se traduit aussi par un autre effet attendu : le désintérêt d’une partie de la clientèle pour la ville hôte. A Londres déjà, en 2012, les hôtels d’entrée et milieu de gamme avaient vu leur taux d’occupation baisser de 12 %, contre une hausse de 23 % dans le luxe. Il devrait en être de même à Paris alors que, pour tous les jours non concernés par les compétitions, l’observatoire de CDS et MKG constate une fréquentation en baisse de près de 5 points par rapport à l’été 2023 en l’état actuel des réservations.
« Nous avions dit il y a un an, et même il y a neuf mois, que nous nous attendions à un été olympique très fort avec une probable croissance du RevPAR de +2% en France, se traduisant par un apport de 0,5 point aux résultats du groupe. Ce n’est plus le cas aujourd’hui« , a expliqué Sébastien Bazin, PDG du groupe Accor, lors du jeu de questions-réponses suivant la présentation des résultats semestriels de l’hôtelier français. « La quinzaine olympique est en ligne avec ce à quoi nous nous attendions, peut-être même meilleure que nos prévisions, autant en matière tarifaire que pour la fréquentation de nos hôtels avec un taux d’occupation de 80%, a-t-il souligné. Par contre, les périodes pré et post JO sont plus inquiétantes. Ce n’est pas une déception, mais ce n’est pas aussi fort que ce à quoi nous nous attendions« .
L’impact négatif des JO sur l’activité s’est d’ailleurs fait ressentir dès juin, aussi maussade que la météo pour la plupart des hôteliers parisiens. « Après un début d’année stable par rapport à l’an dernier, le mois de juin n’a pas atteint les performances attendues, constate Sébastien de Courtivron, directeur général adjoint de Covivio Hotels, propriétaire de plus de 50 hôtels en Ile-de-France, opérés par des enseignes entre autres du groupe Accor, Meininger, Motel One ou encore Zoku. Pour une ville comme Paris dont l’activité hôtelière est aussi animée par des conventions et du corporate, nous enregistrons une baisse du RevPAR de -20% vs 2023 pour le mois de juin« . Par peur de tarifs élevés sans doute, ou encore des restrictions de circulation dans la capitale, les entreprises et organisations ont été nombreuses à reporter à plus tard l’organisation de leurs événements. Avec, pour effet multiplicateur, la comparaison avec un mois de juin 2023 dopé par le salon Airshow au Bourget.
« La période pré JO est compliquée, reconnaît également Olivier Cohn. Juin a été difficile et juillet n’est pas simple non plus. Les entreprises internationales ont clairement choisi de limiter les déplacements de leurs collaborateurs en amont et pendant les JO« . D’autant qu’un autre élément, imprévisible, est venu s’ajouter à cela : la dissolution de l’Assemblée nationale. « Depuis les élections européennes, nous avions déjà ressenti un coup de frein qui s’est encore accru avec les législatives« , constate le DG France de Best Western, pour qui les années électorales sont « toujours en demi teinte, les entreprises attendaient d’y voir plus clair sur le choix des dirigeants et leurs programmes électoraux« . Un attentisme qui pourrait encore durer, puisque après la France et le Royaume-Uni, une autre élection se profile en cette année 2024 particulièrement chargée en la matière : celle en novembre du prochain président des Etats-Unis. Ou de la prochaine… Un choix qui peut avoir des répercussions majeures sur l’économie mondiale.
Par delà cet attentisme, qu’attendre pour la rentrée de septembre, un mois traditionnellement très fort lui aussi, notamment grâce à la clientèle corporate ? Y aura-t-il un effet embouteillage après le vide du mois de juin ? « On ne le voit pas dans les chiffres pour l’instant, constate Olivier Cohn. Septembre ne s’annonce pas particulièrement dynamique alors qu’il est habituellement très chargé. On a entendu parler de reports en deuxième partie d’année sur le segment MICE et séminaires, mais ce n’est pas encore très évident« . Pour Sébastien de Courtivron, « la clientèle ne devrait pas être tout de suite de retour avec la poursuite des restrictions de déplacement liés aux Jeux paralympiques jusqu’au 11 septembre. Mais nous sommes optimistes sur une reprise plus dynamique à partir du mois d’octobre« .




















