Montagne : rencontres au sommet

Est-ce le spectacle d’une nature à l’état brut ou la douceur des alpages couverts de neige ? Est-ce la chaleur d’échanges au coin du feu ou l’atmosphère intimiste des hôtels de montagne ? Sans doute un peu de tout cela se conjugue-t-il pour faire des séminaires en grand blanc un moment unique.

Cocteau fut un de ses habitués, Roger Vadim y tourna des scènes des Liaisons dangereuses. L’hôtel Mont Blanc de Megève, du groupe Sibuet, fait partie de ces stars hivernales au savoir-vivre étudié, mêlant styles savoyard, autrichien et anglais.© G. de Laubier
Cocteau fut un de ses habitués, Roger Vadim y tourna des scènes des Liaisons dangereuses. L’hôtel Mont Blanc de Megève, du groupe Sibuet, fait partie de ces stars hivernales au savoir-vivre étudié, mêlant styles savoyard, autrichien et anglais.© G. de Laubier

Ils partagent des expériences, des souvenirs inoubliables. Pas de pollution, ni de voiture ; le calme, le froid et le soleil de l’hiver… Tout cela fait que les participants sont vraiment détendus”, assure Fanny Dunand, responsable commerciale MICE des Hôtels d’en haut, groupe à la tête de quatre établissements d’altitude : l’Alpaga à Megève, le Val Thorens et le Fitz Roy à Val Thorens et l’Hôtel des 3 Vallées à Courchevel.

À rebours des réunions “à moins d’une heure de…” – à compléter au choix par : le siège social de l’entreprise, un grand hub international, une gare TGV très bien desservie –, les séminaires à la montagne ne parent pas au plus pressé. Train ou avion, puis transfert pour grimper tout là haut : il faut souvent plusieurs heures de trajet depuis Paris pour rejoindre l’une ou l’autre des stations alpines. Un investissement en temps qui trouve sa récompense une fois au sommet, dans l’un ou l’autre des hôtels chics qui parsèment les stations montagnardes.

Megève, Chamonix ou Courchevel en France, Gstaad, Saint-Moritz ou Zermatt en Suisse, Garmisch-Partenkirschen en Allemagne, Kitzbühel en Autriche, Cortina ou Sestriere en Italie : les Alpes ne manquent pas de stations devenues des légendes hivernales, attirant stars, boutiques de luxe et galeries d’art. Mais tant d’autres sont non moins charmantes et donnent aux événements professionnels un petit côté “magie de Noël” version corporate. “Quand vous arrivez dans un village centenaire comme Champéry, cela a un côté Heidi, totalement féérique”, décrit Alexandra Pruvost, responsable de Châteauform’ pour la Suisse, où ce spécialiste des réunions au grand vert compte trois Maisons des Séminaires ; deux à Champéry donc, ainsi qu’une nouvelle offre business et déconnexion à Commeire.

Ce grand bol d’air pur, ça se mérite. Ca s’organise bien en amont, surtout en hiver quand le tourisme d’affaires doit éviter tout chevauchement avec l’agenda des vacanciers. En début ou fin de saison cependant, voire les premiers jours de la semaine, les établissements ouvrent grand leurs portes aux groupes corporate, le tout pouvant aller jusqu’à la privatisation totale de l’hôtel. “Nous proposons à nos clients de devenir “maître des lieux” le temps de leur séminaire, à partir de 30 chambres à l’hôtel Mont Blanc ou de 50 chambres aux Fermes de Marie, explique Isabelle Barthelémy, responsable commerciale des Maisons & Hôtels Sibuet. Pour un comité élargi ou pour réunir des équipes plus nombreuses, notre parc hôtelier à Megève répond aux besoins de nos clients jusqu’à 162 chambres.

Mais pourquoi au juste aller si haut, si loin quand tant de beaux hôtels s’offrent à proximité des quartiers d’affaires ? Pour des raisons absolument professionnelles tout d’abord, afin de retrouver une sérénité nécessaire aux idées claires. Perché à 2 112 m d’altitude au-dessus de la station suisse de Crans Montana, le Chetzeron a transformé une ancienne gare de téléphérique en Design Hotel. Un lieu uniquement accessible par navettes équipées de chenillettes en hiver ou en 4×4 en été, ce qui donne aux groupes le sentiment d’être seul au monde, le silence alentour étant seulement troublé par le langage rocailleux des cimes voisines. “Les groupes viennent ici pour travailler au calme loin des distractions, pour trouver une ambiance familiale où ils peuvent se laisser aller et se concentrer sur leurs objectifs”, constate Sami J. Lamaa, directeur de l’hôtel.

À l’automne, les entreprises planchent sur leurs budgets, leurs orientations stratégiques, remarque pour sa part Alexandra Pruvost. A cette époque de l’année, nous recevons beaucoup de petits comités venant se mettre à l’écart pour réfléchir. En hiver, en revanche, les sociétés organisent surtout des incentives afin de remercier leurs collaborateurs ou leurs meilleurs clients.

Lecture contemporaine des codes montagnards au Fitz Roy à Val Thorens
Lecture contemporaine des codes montagnards au Fitz Roy à Val Thorens

Car, par delà un cadre propice à la prise de hauteur professionnelle, et malgré tout le sérieux des réunions qui peuvent s’y tenir, la montagne est d’abord un formidable terrain de jeu ; un lieu privilégié où les participants peuvent sans honte retrouver leur âme d’enfant le temps d’une course de luge ou de quelques virages dans la poudreuse. “Le ski ou le snowboard sont incontournables dans tous les programmes. Même les groupes les plus concentrés sur leurs discussions de travail y consacrent une demie-journée, voire plus, précise Fanny Dunand. Les balades en raquettes font également partie des activités phares, notamment parce qu’elles conviennent à tout le monde. Et ce qui plaît beaucoup aussi, ce sont les sorties en fat bikes, des vélos électriques qui ne nécessitent pas un grand niveau sportif.

Le très chic hôtel Les Airelles, à Courchevel, bichonne d’ailleurs ces skieurs d’un jour. “Au Ski Room Bernard Orcel, nos équipes s’occupent chaque matin de préparer le matériel auparavant réservé sous leurs conseils avisés. Au retour des pistes, boissons chaudes et autres gourmandises les attendent dans la cuisine authentique du ski room. Le lieu a d’ailleurs été complètement repensé l’année dernière, allant désormais jusqu’à 200m²”, explique Jean-Pierre Lerallu, directeur du palace.

En outre, les équipes en mal de cohésion trouveront au sein des stations une multitude d’activités team buildings comme la construction d’igloos ou des challenges multi-glisse, le tout pouvant aller jusqu’à des expériences uniques. “Nous organisons tous types d’activités, des plus classiques aux plus originales, explique Isabelle Barthelémy. Par exemple, à Megève, une initiation à la conduite d’un traîneau à chiens ou le survol du Mont Blanc en avion ou en hélicoptère ; à Chamonix, l’incontournable randonnée à l’assaut de la Mer de Glace ; de la conduite sur glace ou une balade en motoneige pour un dîner en altitude façon aventurier à Flaine ; de la conduite sur glace également à Val Thorens, mais aussi du VTT sur neige ou de la luge sur la plus longue piste de France.

À Courchevel, l’hôtel Barrière Les Neiges déploie lui aussi toute la panoplie des divertissements hivernaux avec des programmes personnalisés pouvant intégrer des balades en chiens de traîneaux, de la randonnée en motoneige, un vol en montgolfière ou une descente aux flambeaux ; programmes qui peuvent être agrémentés de déjeuners sur les pistes ou de dîners dans une yourte. “Les clients y accèdent après une balade en motoneige, puis nous pouvons imaginer une formule apéritive, un dîner sur-mesure ou des choses plus conviviales avec des fondues savoyardes”, précise Julie Antonioli, responsable marketing de l’établissement.

La façon typiquement montagnarde d’aborder sans chichi les plaisirs de la table, de s’adonner sans culpabilité au joyeusement roboratif, participe à la réussite des événements quand, la chaleur aidant – le vin chaud aussi –, confidences et rires sont de la partie. “L’approche de la restauration est complètement différente de celle proposée en ville. Les participants s’attendent à retrouver le meilleur du terroir, les fondues, les raclettes, la viande séchée”, souligne Alexandra Pruvost. Pour sa part, Fanny Dunand constate que ce désir de goûter aux spécialités locales peut aussi se marier avec des choses plus subtiles : “Nous avons la chance d’avoir un restaurant étoilé au Michelin à l’hôtel Alpaga. Dans 80 % des cas, les groupes demandent à passer une soirée gastronomique et une soirée montagnarde. Ce mélange plaît énormément.

Tradition et modernité, terroir et lifestyle : c’est sur cette même combinaison que jouent à loisir une foule de beaux hôtels régulièrement mis en valeur par les magazines de décoration pour leur art consommé de faire du rustique chic. Chalets réinventés, mobilier scandinave, objets design, tapis moelleux, plaids en laine et peaux de bête : ces établissements composent des intérieurs-extérieurs douillets et raffinés, où le fond se base toujours sur le bois et la pierre, sans que la forme ne néglige le hors-pistes vers le contemporain.

Roots ou rustique chic

Avec le lancement, il y a presque 30 ans, des Fermes de Marie, constituées de neuf chalets reconstruits à partir de matériaux provenant de fermes d’alpage plusieurs fois centenaires, les Hôtels Sibuet ont été parmi les premiers à développer cet art de vivre tout à fait dans le ton de son environnement ouaté. Un esprit qui s’est décliné de différentes manières à mesure des développements suivants : trendy chic et “grand nord” au Lodge Park de Megève ; design vintage et salle de séminaires façon loft au Terminal Neige – Totem de Flaine ; ambiance roots au Terminal Neige – Montenvers à Chamonix, en harmonie avec ce refuge perché à 1 913 m d’altitude au pied de la Mer de glace ; et enfin luxe élégant et intemporel à l’hôtel Mont-Blanc de Megève.

Depuis, chaque année ou presque, de nouveaux hôtels ultra contemporains apparaissent, souvent conçus par des designers de renom qui n’hésitent pas à transgresser les règles pour mâtiner d’œuvres d’art et de couleurs chatoyantes les intérieurs boisés. Parmi ceux-ci, India Mahdavi notamment, à l’œuvre à l’Apogée à Courchevel, ou encore Sybille de Margerie au Cheval Blanc, le palace du groupe LVMH à Courchevel.

Jusqu’ici cependant, rares sont les chaînes haut de gamme à s’être aventurées sur des pentes peut-être un peu trop glissantes pour des gestionnaires réfractaires aux fluctuations saisonnières. Mais depuis peu, certaines n’hésitent pas à faire quelques incursions vers les sommets enneigés comme Barrière, implanté à Courchevel depuis 2016, ou Four Seasons qui a repris en 2017 la gestion de l’emblématique Mont d’Arbois à Megève. Sur un mode plus jeune et trendy, la nouvelle marque boutique Hyatt Centric s’est installée à La Rosière, à la frontière franco-italienne. Des groupes qui retranscrivent à leur manière ce qui fait le succès de l’hôtellerie de montagne haut de gamme : indépendance d’esprit et fort caractère.

Evian Resort : un avantage de taille

Intimiste, cocooning, l’hôtellerie haut de gamme de montagne a le défaut de ses qualités. à savoir, bien souvent, une faible capacité d’accueil. À l’inverse, l’Evian Resort partage avec les villages du Club Med la possibilité de pouvoir accueillir des événements de grande ampleur. Entre lac et montagne, le complexe constitué de l’Hôtel Hermitage – 80 chambres – et du Royal, palace labellisé de 150 chambres, est installé dans un vaste parc de 19 ha. Séminaires, conventions, voire rencontres au sommet comme le G7 en 2003 : le lieu est taillé pour les réunions de toutes tailles grâce à son espace séminaires de 2 100 m² et son auditorium de la Grange au Lac, aux allures de chalet posé au milieu d’une forêt et qui dispose d’une capacité de 1 150 places. Sans être au pied des pistes, l’Evian Resort n’est qu’à un quart d’heure de la station la plus proche, Bernex, et à 45 minutes des Portes du Soleil. Evian oblige, le complexe est aussi dédié au bien-être. “C’est de plus en plus demandé, explique Maxime Astorgis, directeur des opérations en charge des événements de l’Evian Resort. Les entreprises ont pour volonté de gérer le stress de leurs collaborateurs.

Déconnexion et élévation spirituelle

Des granges à l’abandon ; un tout petit hameau, Commeire, niché à 1 800 m d’altitude dans la région suisse du Saint Bernard : c’est dans cet environnement paisible que Montagne Alternative a développé il y a dix ans un lieu de ressourcement fréquenté par des dirigeants d’entreprises. Labellisé Bcorp, mouvement mondial prônant des valeurs humanistes et responsables dans le monde des affaires, le domaine accueille des professionnels amenés à réfléchir autrement à la stratégie de leur société sous la conduite de personnalités telles le moine bouddhiste Matthieu Ricard.
Entré depuis peu dans le giron de Chateauform’, le lieu se prête aussi à des séminaires d’entreprise en toute déconnexion. Les dix granges, réhabilitées à l’identique selon les techniques d’antan, accueillent 28 chambres tout confort, organisées autour d’espaces communs meublés de fauteuils Chesterfield. “Vous êtes assis autour de la cheminée, vous regardez la montagne et vous discutez, discutez comme ça pendant des heures, décrit Alexandra Pruvost, de Châteauform’. Et c’est ainsi que le monde se refait. Les gens ont besoin de se reconnecter aux valeurs de la nature, de prendre du recul, de la hauteur.” Les activités proposées sont à l’avenant : yoga, observation des étoiles, balades en raquette, quelquefois jusqu’à un petit chalet pour y déguster une bonne fondue. Car, pour être méditatif, on n’en est pas moins homme.