Norvège – La mer, jusqu’au soleil de minuit

Presque inévitablement, on arrive à Oslo. Puis on atteint, via un paysage extraordinaire, la ville médiévale de Bergen avant d’emprunter l’Express côtier et remonter la côte norvégienne. Pour l’une des plus belles croisières du monde.

S’agit-il d’une forêt dans la ville ou plutôt d’une ville dans la forêt ? Allez, pour ne pas contrarier Alphonse Allais, disons tout de go qu’Oslo est une ville à la campagne. Avec les trois quarts de sa surface occupés par des lacs, des forêts, des vergers ; et même des prairies puisque Sa Majesté le roi Harald V en personne possède, en plein centre, sa propre ferme. Avec veaux, vaches, cochons, couvées… À vrai dire, et pour royale qu’elle soit, la capitale de la Norvège n’est pas, de prime abord, franchement belle. Sur le coup, on croirait que ses habitants ont paré au plus simple, construisant à l’emporte-pièce un peu ce qu’ils voulaient, là où ils le voulaient. À gauche, à droite, qui sa maison, qui son immeuble de bureau, qui son shopping center.

Et puis… le charme opère. D’abord avec le tout nouvel opéra construit – tout comme la récente et très moderne bibliothèque d’Alexandrie – par le cabinet d’architectes Snohetta ; figuration, maintes fois primée à l’international, d’un iceberg immaculé dont le toit descend en pente douce jusqu’au sol et sur le sommet duquel on peut grimper sans emprunter la moindre marche. Ensuite avec la renaissance des quais historiques comme le Aker Brygge, dont l’alignement d’entrepôts, longtemps délaissés, a été joyeusement reconquis par la jeunesse norvégienne.

Des cafés donc, beaucoup de cafés ; et aussi des terrasses, des restaurants, des boutiques ; puis la fête jusqu’à l’aube les belles nuits d’été – il peut faire plus de 30° à Oslo – avant des journées passées à se remettre sur les plages des îles toutes proches. Pour un peu, on se croirait sur les rives de la Méditerranée… Clairement, avec d’autres quartiers comme Grünerlokka ou Gronland, autrefois investis par les fabriques et les maisons ouvrières, Oslo se met au diapason des grandes villes du monde en transformant sa vieille grammaire industrielle en art de vivre trendy. Bien sûr, du côté du palais royal, qui trône bizarrement en jaune moutarde au centre de la ville, on fait un petit peu plus dans la grande artère néoclassique, forcément un peu collet monté.

Comme toutes les grandes capitales, Oslo regorge de musées, lesquels permettent d’appréhender en peu de temps, à travers quelques oeuvres ou pièces historiques, la culture bien particulière de ce drôle de peuple un rien sur la réserve. Et côté culture, on est servi. À tout seigneur, tout honneur, commençons par Edvard Munch et son chef d’oeuvre universel, Le Cri. Le musée qui le conserve est entièrement dédié au célèbre peintre, précurseur du mouvement expressionniste allemand, et expose plus de 1000 peintures, près de 4 500 aquarelles et 18 000 gravures de l’artiste. Mais c’est, évidemment, ce fameux Cri qui se détache ; une peinture à glacer d’effroi le plus insensible des plus blasés. Pour continuer dans le domaine des beaux-arts, on ne saurait passer à côté de l’oeuvre magistrale du sculpteur Gustav Vigeland, ancien élève de Rodin qui, dans la lignée de son maître, sculpte dans la pierre un corps humain herculéen. Plus de 200 statues – de puissants nus d’hommes, de femmes et d’enfants – se trouvent dans un musée-jardin éponyme qui invite du même coup à une promenade au grand air.

La Norvège

1 — Edvard Munch détestait Oslo. La ville ne lui en veut pas, lui consacrant même un musée pour lui tout seul. Avec, en point d’orgue, le célébrissime Cri.
2 — Quelle allure, quelles lignes, quelle beauté que ces drakkars qui, jadis, glaçaient d’effroi une bonne partie de l’Europe.
3 — Conçu par le cabinet Snohetta, l’opéra d’Oslo, ouvert en 2008, a donné un coup de fouet “bâtisseur” à la ville.

On continuera par un autre parc très arboré, le Norsk Folkemuseum, immense, bourré de charme, incontournable. Il permet une approche de la culture populaire norvégienne – rude culture, en vérité – en proposant pas moins de 140 édifices des XVIIe et XVIIIe siècles provenant de tout le pays, et où l’on peut pour la plupart pénétrer. Au détour de chemins musardant joliment dans la forêt, on tombe sur des fermes en bois brut, des granges aux toits recouverts de fleurs et d’herbes folles, une école… et, le clou, sur une église en bois debout du XIIIe siècle, transférée là en 1885. Une merveille. Un peu à l’écart, on a reproduit une vieille bourgade du début du XXe qui, toute charmante qu’elle soit, traduit des conditions de vie pas forcément très faciles.

Reste le bien avant, le jadis, les environs de l’an 1000, l’époque où des bandes de conquérants blonds et hirsutes ont fait trembler la presque totalité de l’Europe et investi les terres gelées des grandes îles du Grand Nord à bord de drakkars terrorisants. Le Vikingskipshuset, musée des bateaux vikings, se trouve en effet à deux pas de cet éco-musée. Deux navires intacts et un autre en fragments, tous retrouvés par hasard, enfouis sous la terre ; assez en tout cas pour se faire une idée de la puissance des peuples qui y embarquèrent et laisser aujourd’hui bouche bée, et un peu frissonnant, devant ces énormes bâtiments. Ça, c’est pour l’émotion historique, mais, pour sa part, l’esthète s’attardera sur leurs lignes ; infiniment. Idem pour ce qu’ils contenaient, c’est-à-dire des bijoux, des sculptures, des objets de la vie quotidienne, des meubles, et même des charrettes.

En une journée, la Norvège en condensé
Évidemment, même s’ils atterrissent presque tous à Oslo, les groupes de tourisme d’affaires ne se contentent pas d’une simple visite de la capitale. Certains rejoignent Bergen par avion; d’autres, des villes situées plus au nord pour vivre une expérience, disons un peu plus “arctique”. Sans l’ombre d’un doute, le mieux, pour les plus pressés, c’est de rejoindre la très médiévale Bergen en une journée, par train-bateau-bus… Le tour, proposé par Fjord Tours, s’appelle “Norway in a Nutshell” et se propose d’approcher en une douzaine d’heures à peu près tout ce que compte le pays de paysages essentiels. Pourvu qu’il fasse beau, l’expé – rience est époustouflante.

Emprunter le train

4—Jaillissant des glaciers en été, des cascades rugissantes s’écoulent tout le long des fjords.
5—Geiranger ou Næroyfjord : les amateurs de croisière donneraient tout pour s’immiscer un jour dans ces vestiges de l’ère glaciaire qui ponctuent la côte à intervalles réguliers et dont la plastique exceptionnelle a été reconnue par l’UNESCO.
6—Emprunter le train lors d’un tour “Norway in a nutshell”, c’est découvrir l’essentiel des paysages de la Norvège, mais c’est aussi côtoyer ses habitants dans leur quotidien, voisins de siège souvent réservés mais ne demandant qu’à…

On commence, tôt le matin, par prendre le train régulier Oslo-Bergen, qui permet au passage de côtoyer la Norvège ordinaire et d’en apprécier les qualités. Discrétion, goût du confort, une certaine réserve au départ, mais qui ne demande qu’à très vite s’éclairer d’un large sourire, et surtout l’art tout scandinave de prendre le train puisque les Norvégiens n’hésitent pas à mettre à disposition des familles une voiture complète, avec salle de jeux pour les tout-petits. Tout de suite, sans banlieue ou presque : la grande nature. Un paysage sauvage fait de vertes collines sur lesquelles sont posées, ici et là, quelques fermes isolées ou bien encore des petits groupes de maisons de bois – parfois cinq ou six, pas plus – ramassées en hameau ; le tout immanquablement passé au rouge, les châssis des fenêtres et les pignons tout aussi traditionnellement peints en blanc. Après avoir traversé un paysage de haute montagne, on quitte, vers midi, ce train ordinaire pour en emprunter un autre, tout à fait touristique celui-là – plus lent aussi – et qui se faufile dans la montagne, s’accroche à ses flancs, la troue grâce à d’innombrables tunnels, frôle des à-pics vertigineux et s’arrête à proximité d’une for midable cascade pour permettre à ses voyageurs d’en apprécier le débit. Une petite heure de trajet avant d’arriver au fond d’un fjord classé au patrimoine de l’UNESCO et d’embarquer sur un bateau de croisière. Deux heures de navigation, d’abord sur le Aurlandsfjord, puis sur le Næroyfjord ; deux heures de surprises, deux heures de paysages à tomber, faits de falaises dégoulinantes et de longues cascades ponctuées de charmantes maisons de pêcheurs – rouges, évidemment – posées à fleur d’eau, et de méandres ininterrompus permettant au soleil de jouer avec l’ombre et la lumière, de rendre ici l’eau du fjord d’un bleu profond, ailleurs plutôt coquille d’huître, et ailleurs encore carrément noire.

Bergen, réminiscence médiévale
On comprend pourquoi les Norvégiens ont dans ce style de paysages imaginé l’univers des trolls, petits êtres omniprésents dans la culture populaire, mi-gentils lutins, mi-diables disgracieux, mais qui peuvent à leurs heures se révéler méchants comme des teignes. Bien entendu, les enfants finissent toujours par les apprivoiser. Du bateau, on passe à un bus qui, via les lacets d’une route panoramique, reconduit les participants au train régulier. L’arrivée dans la deuxième ville du pays se fait en tout début de soirée.

Bergen, une grosse bourgade installée sur la côte sud-ouest de la Norvège, un exemple de port médiéval ramassé autour du bassin Vagen et surtout le long du quai Bryggen, également classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Sept collines qui lui donnent par endroits des allures de San Francisco et un centre universitaire très ancien qui, outre une certaine intelligentsia, offre en cadeau une bouillon – nante vie nocturne. Mais évidemment, c’est les maisons à pignons de la ville hanséatique – du temps, entre le XIVe et le XVIIIe siècle, où les marchands allemands étendaient leur pouvoir sur toute la mer du Nord – qui attirent immanquablement. Rouges, jaunes ou ocre, ces bâtisses de bois, accolées les unes aux autres, gîtant spectaculairement pour certaines, ont brûlé de nombreuses fois au cours des siècles, mais ont toujours été reconstruites à l’identique. Celles que l’on voit aujourd’hui sont toutes postérieures à l’incendie de 1702 et donnent un superbe alignement derrière lequel se cache un lacis de ruelles en planches de bois brut, ajustées façon plancher de ferme. Et puis d’étroits passages sombres, des murs à bardeaux percés de fenêtres de trois pouces, des escaliers maladroits, des corridors ouverts sur l’extérieur aux étages…

Bergen, réminiscence médiévale

1 — Juste derrière le quai Bryggen à Bergen, s’étire, dans un enchevêtrement rare, des ruelles curieusement recouvertes de grosses planches, des maisons au coude à coude, des murs presque muets percés, ça et là, de petites ouvertures. Un monde autrefois replié sur lui-même, aujourd’hui peutêtre un peu trop touristique.

Pour mieux encore apprécier la façon de vivre des fameux marchands de l’époque, il faut se rendre, sur le même fameux quai, au Hanseatisk Museum, qui est en fait la reconstitution d’une maison d’autrefois. Au rez-de-chaussée, le classique entrepôt de morue qui faisait la fortune de Bergen. Au premier étage, la maisondumaître : des salons, des salles à manger, le bureau de comptes, d’autres salles destinées aux apprentis. Et un peu partout des alcôves – des placards plutôt – où les très jeunes apprentis s’entassaient à plusieurs pour y dormir quelques heures. Le quartier est bien sûr investi par les marchands de bimbeloterie, mais on trouve, au premier étage d’une des maisons du quai l’un des plus charmants restaurants de la ville que l’on peut privatiser. Précisément, côté gastronomie, on ne manquera pas de faire un tour du côté du marché aux poissons, de l’autre côté du bassin, où l’on se laissera aller à une orgie de saumon frais ou de crevettes tout aussi fraîches. Au-delà, la ville propose tout ce qui compte en matière de tourisme d’affaires, tant pour les salles de congrès que pour les locaux insolites où organiser des réunions ou des dîners : musées privatisés, ancienne villa du compositeur Edvard Grieg, château de bois du violoniste Ole Bull…

Le mythique express côtier
Bergen mérite bien son surnom de “porte des fjords de Norvège”. C’est de là que partent les bateaux pour des croisières d’une journée et c’est de là aussi qu’appareille le mythique express côtier qui, cabotant de petits ports en grandes villes, remonte en cinq jours et demi presque toute la côte du pays, bien au-delà du cap Nord, jusqu’à la frontière russe… Et retour. Une vraie institution que cet Hurtigruten, un bateau, ou plus exactement 11 bâtiments, et qui font entièrement partie du patrimoine national.

Tout commence en 1896 lorsqu’un premier vapeur quitte Trondheim pour Hammerfest, créant ainsi la Hurtigrute, littéralement la “voie express”, qui devait en partie désenclaver le total isolement de certains villages de pêcheurs. Au fil des années, le voyage, d’aborduniquement réservé au transport des marchandises et des hommes, s’est étoffé, a prolongé sa route sur 1 250 miles le long de la côte pour devenir ce qu’il est aujourd’hui. C’est-à-dire 34 escales dont certaines se résument à quelques maisons ; des navires qui font toujours office de cargo et transportent les populations locales d’un bourg à l’autre ; mais qui accueillent aussi,dans de luxueuses conditions, des touristes venus du monde entier. Le bateau, le MS Midnatsol en l’occurrence, s’étage sur neuf ponts, embarque 1 000 passagers, propose plus de 300 cabines et suites, et force salons, boudoirs, boutiques, saunas, jacuzzis, plusieurs salles de conférences, des coins internet, des cafés, bars et restaurants servant une bonne cinquantaine de plats et salades différents… Des animations ont lieu à bord, notamment lors du passage de la ligne du cercle arctique. Mieux encore, Hurtigruten propose à ses escales les plus remarquables – qu’elle fait volontairement durer quelques heures – des excursions et des activités dignes des plus grands croisiéristes. En voici quelques-unes à titre d’exemple : découverte du fjord de Geiranger (UNESCO), Art nouveau à Alesund, cathédrale à Trondheim, à Ornes le Svartisen, deuxième plus grand glacier de Norvège, à Tromso élevage de chiens Huskies et traîneau l’hiver, excursion au cap Nord, rencontre avec des Lapons à Kjollefjord…

Le mythique express côtier

1 — La compagnie Hurtigruten exploite onze bateaux, de construction récente pour la plupart, tous différents, mais proposant chacun des équipements haut de gamme avec une multitude de bars, restaurants et boutiques.
2 — Mi-omnibus des mers pour les habitants du Grand Nord, mi-bateau de croisière pour les touristes partis à la découverte des paysages hallucinants qui jalonnent la côte norvégienne, l’Express côtier transporte jusqu’à 1 000 passagers.

Embarquons donc à Bergen pourmettre le cap sur le Grand Nord. Tout de suite, le bateau louvoie entre des îles et des îlots dénudés, porteurs tout demême de petites maisons isolées… Le ton est donné ; ce sera comme cela tout au long du voyage, longeant tantôt des falaises abruptes, passant au ras de bois de bouleaux ou de minuscules prairies, reprenant la haute mer, saluant d’un coup de corne un autre bateau filant vers le sud, s’arrêtant et repartant presque aussitôt dans de tout petits ports de quatre maisons et trois entrepôts, s’enfonçant dans des baies, doublant plus au nord des montagnes aux cimes recouvertes de neiges éternelles, se glissant dans des passes et… s’amarrant pour quelques heures dans des villes portuaires, chacune, pour une raison ou pour une autre, ayant sa “spécialité”.

À commencer par Alesund qui fait balancer le coeur entre deux choix : visiter la ville ou continuer avec l’express côtier pour une croisière aller-retour dans le fjord Geiranger. Totalement inattendue sous cette latitude, la bourgade a un cachet particulier puisque, dans une parfaite unité et dans sa quasi-totalité, elle est construite dans un style Art nouveau absolument homogène. Pourquoi ? Parce qu’en 1904, elle fut totalement détruite par un gigantesque incendie qui jeta 10 000 habitants à la rue. En trois ans seulement, grâce à la Prusse, elle fut entièrement remise sur pied. L’ensemble est parfait, remarquablement conservé, et propose des maisons à tourelles, des flèches, des macarons, des motifs floraux stylisés… Le tout articulé autour d’un petit port où les façades des entrepôts réhabilités tombent, sans le moindre quai, directement dans l’eau. La ville possède un aéroport, permettant aux groupes de l’atteindre directement depuis Oslo. Ils ne le regretteront pas. Des soirées de gala peuvent être organisées dans le gigantesque aquarium marin privatisé pour l’occasion, voire à la Devold Factory, une ancienne usine textile à 15 minutes de bateau qui abrite aujourd’hui des boutiques de produits et design norvégien, un musée de l’industrie et des salles de conférences. “Nous ne cherchons pas à concurrencer le Geiranger, dit Ronny Brunvoll, de l’office du tourisme de la ville. Au contraire, nous nous servons de son magnétisme pour attirer les groupes incentive, Alesund étant parfaitement desservi, à la fois par mer avec l’Hurtigruten et par avion en un peu plus d’une heure depuis Oslo.”

La ville et ses environs autorisent en effet un très grand nombre d’activités incentive : “Nous avons notre propre bateau capable d’embarquer 90 personnes sur le Geiranger, poursuit Anniken Aakvik, de l’agence très haut de gamme 62° nord. Nous possédons aussi trois hélicoptères, des speed boats, une île déserte avec quelques chambres pour des incentive exclusifs. Et, enfin, trois hôtels.”

L’un des plus beaux paysages du monde
Alors, ce Geiranger ? On comprend rapidement pourquoi le fjord est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO ! Car c’est, sans aucun doute et sur une vingtaine de kilomètres, l’un des plus beaux paysages du pays, si ce n’est du monde. Une époustouflante croisière vert émeraude, un trajet dominé par deux très hautes et très étroites murailles de granit le long desquelles dégringolent des cascades. À n’en point douter, le point d’orgue d’un voyage en Norvège.

Puis le bateau repart vers son prochain long arrêt, le port de Trondheim, aux pieds de la cathédrale de Nidaros, la plus septentrionale du monde, dont la construction débuta en 1070. Maintes fois brûlée, maintes fois remaniée, inattendue sous ces latitudes, magnifique et possédant une statuaire unique, l’église est indéniablement gothique et abrite les reliques du roi viking Olav II, saint patron de la Norvège, baptisé à Rouen, en Normandie… Contigu et plus ancien bâtiment séculier de Scandinavie (1160), le palais de l’archevêque conserve dans ses sous-sols les rutilants joyaux de la couronne. Pour autant, un peu à l’image d’Oslo, Trondheim ne se repose pas sur ses lauriers. À côté du port et de ses anciens entrepôts de bois aujourd’hui transformés en appartements bourgeois bohèmes, à côté donc de son centre des congrès, la ville vient d’inaugurer un musée postmoderne entièrement consacré au rock’n roll et s’apprête à ouvrir un Clarion Hotel and Congress aux lignes des plus contemporaines.

L’un des plus beaux paysages du monde

3 — Une teinture à base de poudre de roche concassée donne cette couleur rouge, uniforme, aux maisons norvégiennes. Les protégeant de la pluie, elle laisse respirer le bois de sapin, un des meilleurs isolants contre le froid polaire qui saisit la région une grande partie de l’année.
4 — À la fois bêtes de somme, source de nourriture et base à la confection de vêtements, les rennes qui, par milliers, peuplent la toundra de Laponie sont au coeur de la culture plus que millénaire des Sâmes.
5 — Le cap Nord, inquiétant rocher noir émergeant de l’océan Glacial Arctique, semble toiser le globe terrestre du haut de ses 307 mètres. Lorsque le temps est de la partie, ce lieu mythique offre un spectacle inoubliable et laisse aux visiteurs le souvenir d’avoir un jour posé le pied sur le point le plus septentrional de la planète.

Plus haut vers le nord, passé le cercle polaire, commence aux marches de la ville de Tromso le “pays du soleil de minuit” ; là où on ne sait plus très bien qui des nuits n’en finissant pas l’hiver ou des jours ininterrompus l’été sont, sinon les plus beaux, du moins les plus animés. Car Tromso, qui s’autoproclame ville la plus septentrionale du monde, est aussi un centre universitaire international de grande importance. Du coup, la population est incroyablement jeune, adresse la parole à l’étranger comme si c’était un vieil ami, parle toutes les langues, chante et danse, on n’ose pas dire, en tout cas pour ce qui concerne l’hiver, jusqu’au bout de la nuit…. “D’aucuns prétendent que notre ville n’a guère de charme, sourit Kyle Parsonage, de l’office du tourisme. À cela, je réponds que c’est la ville la plus accueillante de Norvège, la plus vivante aussi. Et puis, il y a les environs. Les groupes, qui peuvent arriver directement en avion depuis Oslo, viennent ici l’été, non seulement pour l’ambiance formidable des pubs, mais aussi pour toutes les activités plus ou moins sportives que nous proposons : kayak de mer, parapente en tandem, vélo, pêche à la ligne, cheval, traîneau sur roulettes traîné par des chiens… Nous sommes aussi très respectueux de la culture Sami à laquelle nous avons consacré un musée.”

Jours sans commencement ni fin
Pourtant, il faut bien le dire, si l’on monte si haut, c’est, consciemment ou inconsciemment, pour poser un pied sur le fantasmagorique cap Nord. Presque la fin du monde, avant les 2 000 km d’océan Glacial Arctique puis de banquise qui le sépare du pôle. Royaume des oiseaux de mer, ce rocher noir situé sur l’île de Mageroya – tout n’est qu’îles, caps, fjords et baies sur la côte norvégienne – s’avance au-dessus de l’océan qu’il surplombe à plus de 300 mètres. L’été, par beau temps, ce qui est très rare – pas plus de 28 jours par an dit-on – , les amateurs de soleil de minuit sabrent le champagne devant l’astre qui frôle l’océan et remonte aussitôt pour réattaquer direct une nouvelle journée. L’hiver, évidemment, c’est l’inverse : il y fait nuit noire. Tout le temps. Le paysage, avant d’atteindre le bout de la terre, est véritablement polaire, sublime, dépourvu d’arbre, tout en rondeurs et laisse batifoler en liberté quelque 5 000 rennes qui broutent mousses et lichens. L’excursion, toujours organisée par Hurtigruten, ne dure que quelques heures. Mais nul ne saurait la manquer avant de rembarquer pour la dernière escale : Kirkenes.

Jours sans commencement ni fin

1, 2 — Dévastée en une nuit par un incendie – une seule et unique victime, un vrai miracle – , Alesund a été entiè – rement reconstruite en trois ans grâce au roi de Prusse. Non pas à l’iden – tique, mais dans un style Art nouveau qui faisait ses premiers pas à l’époque et qui est omniprésent dans la ville. Alesund a, depuis, élargi son registre architectural au design, spécialité scandinave, qui donne un tour moderne aux éta – blissements de la ville, comme ici le boutique hôtel Brosundet.
3 — Les passagers se pressent au milieu de la nuit sur le pont de l’Express côtier pour assister à l’instant rare où, sous ces latitudes, le soleil vient faire en été des adieux-à tout de suite à la surface de la Terre.

Et quelle escale ! L’ancienne ville minière située à cinq kilomètres de la frontière russe – mais s’agitil bien là d’une ville ? – est si vilaine qu’elle en dégage un charme indéniable, un je-ne-sais-quoi de tordu, de rouillé, avec d’improbables chalutiers russes abandonnés là depuis quelques années ; quelque chose de post-industriel, voire de post guerre mondiale qui a tout rasé en la bombardant tant et plus. Presque autant que Dresde et l’île de Malte, c’est dire… Elle pose tout de même ça et là quelques jolies maisons de bois ; un pub, le Rallarn, extrêmement chaleureux, lorsque le soir chantent à tue-tête les marins en goguette ; quelques établissements de très bonne tenue, dont le flambant neuf Hotel Thon. Kirkenes est avant tout une base pour amateurs de pays lapon, d’aventures sportives, et d’immensités absolument silencieuses, le fameux silence du Grand Nord, posées au-dessus du globe terrestre.

Kirkens, le charme fou de l’improbable
C’est ce que confirme Ronny Ostrem, directeur de l’agence Radius : “c’est évident, le centre-ville n’est pas ce qu’on peut appeler une réussite urbanistique. Mais il ne faut pas oublier que Kirkenes fut entièrement détruite par les bombardements russes lors de la Seconde Guerre mondiale. À ce sujet, nous faisons visiter d’anciens abris, creusés sous la roche, qui pouvaient abriter plusieurs milliers de personnes. Une sorte de devoir de mémoire qui remporte un vif succès. Mais ce qui intéresse le plus les groupes, c’est un bref séjour dans notre site aventure qui fut distingué comme l’un des 25 meilleurs du monde par le National Geographic en 2008. Il y a là, et en pleine nature, un élevage de rennes, un chenil d’une centaine de chiens, un sauna de campagne posé au bord d’un lac et un très confortable restaurant installé sous une grande tente de bois. Et, dès le mois de novembre, un hôtel de glace. L’été se prête aux randonnées en quad sur des chemins balisés sous le soleil de minuit. L’hiver, ce sont les chiens de traîneau qui prennent le relais.”

Kirkenes, c’est aussi la fin de la ligne de l’express côtier, une croisière à savourer sans modération et, comme il est écrit en grosses lettres sur le pont de ses bateaux, sans doute l’une des “plus belles croisières du monde”.