Face à l’imposante demeure du XIXe siècle de style colonial, le trou numéro six du Golf du Château attend les participants du premier Pro Am organisé par l’hôtel Heritage, installé entre collines verdoyantes et océan. Dans le sud de l’île Maurice, le parcours, inauguré voici à peine un an sur le Domaine de Bel Ombre, accueillait début décembre une nouvelle opération de promotion de la petite balle blanche, dans une île qui s’affirme sur la carte internationale des destinations golfiques. De quoi continuer à alimenter l’actualité du secteur, aux côtés des deux resorts historiquement axés sur le golf et très actifs en la matière : le Belle Mare Plage, du groupe hôtelier Constance, sur la côte est, et le complexe constitué par le Paradis et le Dinarobin, de Beachcomber Hotels, au sud-ouest.
Une opération chaque semaine
Pour la clientèle française, Maurice est de loin la destination golf la plus prisée de l’océan Indien. Hormis le parcours magnifique du Lémuria aux Seychelles, également propriété de Constance, les autres îles de la zone en sont aux balbutiements pour séduire les golfeurs tricolores ; soit qu’elles ne disposent pas de l’offre adéquate pour attirer les mordus, soit qu’elles n’aient pas encore fait valoir tous leurs atouts, à l’instar du Sri Lanka.
Pour promouvoir le golf à Maurice, chacun y va depuis plusieurs années de ses tournois, organisés à la fois sur place et en France, afin de se rappeler au bon souvenir des golfeurs candidats au séjour balnéaire, clients réguliers ou bien prospects. Fer de lance de ces actions, le Belle Mare Plage dispose avec ses deux parcours, le Links et le Legend, de l’offre la plus complète dans l’île. Fort de participants des European, Senior et Ladies Tours, son Mauritius Golf Open s’affiche sans conteste comme le plus gros événement golfique de l’océan Indien, dont la treizième édition a eu lieu à la mi-décembre. “Il ne se passe pas une semaine sans qu’une opération soit organisée, qu’elle émane d’une société privée ou qu’il s’agisse d’une compétition initiée par nos soins”, souligne Patrice Binet-Descamps, directeur général des hôtels Constance.
Les autres groupes ne sont pas en reste. À l’instar de Veranda Resorts, propriétaire de l’hôtel Heritage, Beachcomber a lancé le mois dernier son premier Pro Am en partenariat avec Air Mauritius et Clarins, l’enseigne gérant ses spas. Pendant une semaine, l’hôtelier a ainsi accueilli professionnels et amateurs pour une compétition répartie sur trois parcours : son propre golf, le Paradis Golf Club ; le Golf du Château, propriété du groupe Indigo, qui a développé à proximité immédiate le resort Telfair ; et le Tamarina Golf Estate et Beach Club, dix-huit trous en voie d’achèvement sur les hauteurs vallonnées de Tamarin, sur la côte ouest de l’île. Trois golfs qui viennent d’ailleurs de s’associer pour créer un pôle golfique dans le sud-ouest de Maurice, selon une pratique relativement fréquente dans le secteur. “Nous avons une clientèle de bons golfeurs dans l’île. Lors d’un séjour, ils vont peut-être jouer deux ou trois fois au Golf du Château, puis souhaiter découvrir d’autres parcours ; ce partenariat est aussi une façon de créer de la notoriété”, assure Vincent Desvaux de Marigny, directeur de Veranda Resorts sur le marché français.
Avec le développement des golfs, l’île dispose désormais de six parcours majeurs, multipliant les panoramas, les reliefs et les difficultés. Les groupes hôteliers, principaux initiateurs des nouveaux greens avec les promoteurs immobiliers, n’ont pas fini, semble-t-il, de se lancer des défis à Maurice. Après l’impressionnant parcours du Touessrok, qui déploie ses fairways entre flots turquoise et filaos sur l’île aux Cerfs, le Golf du Château, qui mise sur le patrimoine colonial et la nature luxuriante du Sud sauvage, et le tout récent Tamarina qui surplombe l’immense lagon à l’est, c’est le projet Anahita qui devrait offrir la prochaine nouveauté golfique aux adeptes de la destination dès 2007.
Les plantations sucrières, à l’instar de la propriété de Bel Ombre qui s’étend depuis 1765 sur 10000 hectares à la pointe méridionale mauricienne, convertissent peu à peu les étendues de canne à sucre en impeccables greens vert printemps, le plus souvent adossés à un resort ou à une résidence de luxe. Sur six kilomètres de la côte sud-est, Anahita s’inscrit dans la nouvelle orientation donnée par Maurice à son développement touristique sur le créneau du luxe, avec des projets dits “intégrés” (IRS : Integrated Resort Scheme), mêlant promotion immobilière avec la commercialisation de villas haut de gamme auprès d’acheteurs individuels, disponibles à la location, activités en tout genre dont le golf, et services hôteliers. Le complexe touristique sera géré par le groupe Four Seasons : 210 villas, une résidence de 70 appartements et un établissement comprenant 90 suites et 30 villas sont prévus, ainsi qu’un parcours de dix-huit trous dessiné par Ernie Els.
D’autres projets de ce type, la plupart du temps avec un golf, attendent l’approbation des pouvoirs publics. Dans un avenir plus proche, le Domaine de Bel Ombre, le complexe constitué par les trois resorts (Heritage, Telfair, Voile d’Or) devrait s’enrichir prochainement d’une résidence, Les Villas de Bel Ombre, ainsi que de deux établissements, dont un Sofitel. Un deuxième dix-huit trous serait donc sur le point d’être approuvé afin de répondre à la demande sur le site, en plus du dix-huit trous et du “compact” de neuf trous existants. De son côté, le groupe Constance n’exclut pas de créer de nouveaux parcours dans l’île.
De quoi faire de Maurice un vrai paradis golfique dans les cinq prochaines années, et renforcer les atouts pour le tourisme d’affaires thématique. D’ores et déjà, le cocktail associant le golf, les attraits balnéaires et la qualité de l’hôtellerie locale permet de séduire des groupes haut de gamme. Patrice Binet-Descamps évoque des groupes de 20 à 200 personnes en moyenne, dans les secteurs aussi variés que le médical ou l’immobilier. “Il s’agit d’une niche”, affirme quant à lui Vincent Desvaux de Marigny, qui cite aussi les fabricants automobiles comme de “très bons clients sur les compétitions de golf ”.
Chez Beachcomber, le directeur général du bureau en France constate la progression du nombre de clients golfeurs sur le marché français, dont “les petits groupes de 20 à 30 amis qui viennent régulièrement, les stages à l’initiative de pros du golf qui viennent avec leurs stagiaires, ou les groupes incentive qui ne choisissent pas forcément le Paradis ou le Dinarobin pour le golf ”. Face à l’avalanche de nouveaux projets, le resort de Beachcomber se doit d’ailleurs d’innover.
Après avoir refondu complètement le parcours au prix de huit mois de fermeture, le groupe a récemment créé une Académie de golf qui permet notamment d’améliorer son swing grâce à un enseignement avec vidéo, et offre un nouveau service aux clients du Dinarobin, plus éloignés du trou numéro un que les golfeurs logés au Paradis : pour chaque green-fee, une voiturette est désormais mise à leur disposition devant leur suite, une demi-heure avant l’horaire du départ.
Limites géographiques
Amélioration des produits existants, partenariats entre parcours, feu nourri d’opérations événementielles et nouveaux projets : la destination n’a pas fini de faire parler d’elle dans l’univers golfique. Dans la zone océan Indien, elle a bel et bien pris le large par rapport à ses concurrentes.
La Réunion abrite trois parcours, deux dix-huit trous et un neuf trous de montagne, qui font davantage figure d’offre complémentaire que de motivation en soi, dans une île qui mise fortement sur l’argument “multiactivité”. Les Seychelles disposent d’un superbe représentant avec le parcours du Lémuria à Praslin. Son propriétaire, le groupe Constance, n’envisage pas pour autant de rééditer la performance, malgré un projet très haut de gamme, l’hôtel Ephélia, qui devrait voir le jour en 2008. “Les clients pourront disposer d’une navette hélicoptère pour se rendre au Lémuria”, souligne Patrice Binet-Descamps.
Héritage britannique au Sri Lanka
D’une configuration encore moins favorable au développement de golfs, les Maldives se contentent pour l’heure d’un six-trous symbolique au Kuredu Island Resort. Les autorités évoquent pourtant la possibilité d’implanter un vrai parcours à l’extrême-sud de l’archipel, sur une île plus vaste que les minuscules îlots coralliens qui constituent la majeure partie de la destination. En effet, avec ses routes et ses lacs, Foamulah fait l’objet d’un ambitieux plan de développement touristique dont les greens pourraient bien faire partie. Mais, patience, rien de plus précis n’est encore avancé à ce jour.
Reste le Sri Lanka. Peu connue pour ses golfs auprès de la clientèle française, l’île bénéficie pourtant de l’héritage britannique, dont témoigne le Royal Colombo Golf Club, qui a fêté ses 125 ans en 2004. Elle s’attache à promouvoir son patrimoine golfique grâce notamment à une compétition annuelle sponsorisée par la compagnie aérienne nationale : la Srilankan Airlines Golf Classic, qui s’est tenue l’an dernier au Victoria Golf and Country Resort, ouvert il y a sept ans à proximité de Kandy.
Côté nouveauté, le dernier-né des quatre parcours dix-huit trous de la destination, le Waters Edge Golf Club n’est pas encore adossé à une offre d’hébergement (c’est prévu), et s’adresse dans un premier temps aux résidents de Colombo, à quelques minute de là. Les huit derniers trous devraient être achevés courant 2007. “Les golfeurs français sont à la recherche de nouvelles destinations”, assure Ruvan de Alwis, le directeur de l’office de tourisme du Sri Lanka à Paris, rappelant les efforts de promotion sur le golf, notamment une brochure consacrée aux quatre parcours.




















