La pandémie décime les hubs en Europe

Le récent congrès annuel du Conseil des Aéroports Européens, ACI Europe, a mis en lumière la difficulté des hubs à survivre. Tout en prédisant la pression encore plus grande des transporteurs low-cost, les grands "gagnants" de la pandémie. 
Copenhague
Copenhague aux jours heureux en 2018 (Photo: LC)

C’est un constat amer qu’a dressé la semaine dernière Olivier Jankovec, Directeur général de l’ACI Europe lors du congrès virtuel des aéroports européens. Les chiffres globaux, incluant les données jusqu’au 15 novembre, montrent que le trafic passagers a baissé de 81 % dans les aéroports européens. Le 15 novembre, un seuil symbolique a été franchi. Ce jour là, les aéroports du continent dépassaient en effet le cap de 1,5 milliard de passagers perdus sur l’année.

Dans un tel contexte, les aéroports européens renouvellent le besoin de bénéficier d’aides d’état pour survivre à la crise. En effet, selon le Directeur Général de l’ACI Europe, si les gouvernements européens ont bien accordé une aide de 33 milliards d’euros au secteur aérien, cette manne se chiffrerait à moins d’un milliard pour les aéroports.

Olivier Jankovec supplie également les gouvernements de simplifier les protocoles sanitaires. Trop contraignants avec leurs quarantaines obligatoires, elles étouffent toute possibilité de reprise. La confiance des voyageurs est de fait au plus bas.

Pour Olivier Jankovec, un retour aux résultats de trafic de 2019 ne sera guère envisageable avant 2024/2025. Outre la défiance des passagers, des éléments comme l’absence de vols long-courrier, un revenu moyen en chute libre et la disparition du voyage d’affaires pèseront sur l’activité. Le secteur le plus touché reste en effet le voyage d’affaires. Selon une étude de McKinsey, ce segment serait en 2024 encore inférieur de 22% en volume à 2019.

Hubs dans la tourmente

La disparition des vols long-courrier a une autre conséquence. Il a mis à mal le système des hubs, privés de l’important trafic en transfert. Et il devrait rester durablement touché. Non seulement parce que les compagnies aériennes domiciliées sur ces hubs réduisent leur offre. Mais aussi parce que certaines d’entre elles disparaissent. De plus, se fait jour une demande de vols de point-à-point afin de minimiser la démultiplication des lieux de transit.

Cette conjoncture favorise naturellement les compagnies low-cost. Celles-ci font preuve en effet d’une flexibilité plus grande pour s’établir là où existe une demande. Comme l’indiquait Michael O’Leary, PDG du groupe Ryanair durant la conférence, le low-cost déploiera sa flotte là où il bénéficiera des meilleures conditions d’exploitation.

Une situation qui inquiète là encore l’ACI Europe. L’association pense que bon nombre d’aéroports seront mis sous pression pour accorder de nouveaux rabais aux transporteurs. Selon Olivier Jankovec, 70% des aéroports européens offrent des réductions de taxe supplémentaires dues au covid. Dans le même temps, 200 aéroports du continent font face à une potentielle faillite sous le poids d’une dette qui explose.

Un avenir commence pourtant à se dessiner pour une reprise. Selon Olivier Jankovec, un vaccin et les tests rapides apportent quelques lueurs d’espoir, même si « la lumière est bien loin au bout du tunnel », a-t-il déclaré.