Rencontre avec Dominique Perrault, architecte

L'architecte Dominique Perrault présente son projet de hub de transports à Séoul et revient sur la transformation en cours des grandes métropoles.

Dominique Perrault © Alexandre Tabaste

Vous travaillez actuellement sur un immense hub de transport multimodal à Séoul. Comment celui-ci va-t-il revitaliser le quartier d’affaires de Gangnam ?

Dominique Perrault – C’est un nouveau type d’ensemble urbain comme on en voit apparaître à quelques endroits sur la planète et qui permet de réactiver les downtowns des grandes métropoles en irriguant l’ensemble du quartier, de jour comme de nuit. Pour vous donner une idée des dimensions de ce hub, sa longueur fait la moitié des Champs-Élysées, avec en dessous les Halles et encore en dessous la gare Montparnasse. L’ensemble étant inséré sous la voirie, celle-ci se transforme. Des espaces verts apparaissent en surface, une vie urbaine se crée. Car un grand hub d’interconnexions comme celui sur lequel nous travaillons s’inscrit en relation avec de nouveaux lieux publics pouvant accueillir des manifestations populaires – des concerts de musique par exemple –, des restaurants et des commerces, des espaces culturels. Par exemple, la création d’un espace d’exposition de la taille du Grand Palais à Paris fait partie du projet.

C’en est fini des quartiers d’affaires monofonctionnels ?

D. P. – Alors qu’il y a une cinquantaine d’années, on répondait à un besoin, celui de la transformation des villes en métropoles, nous sommes aujourd’hui dans une autre configuration, car la population a sensiblement augmenté. Dès lors, les stratégies urbaines sont plus liées à l’accueil de la population qu’au développement d’infrastructures. L’idée, c’est de créer de la densité sans avoir à construire au-dessus du sol. On travaille à réactiver l’épiderme de nos villes pour créer des racines aux bâtiments, qui se lient les unes aux autres et créent tout un réseau souterrain.

Cette façon de prolonger la ville s’accorde-t-elle avec les enjeux écoresponsables ?

D. P. – Dans le futur, il faudra faire feu de tout bois. Dans la mesure où notre planète est un monde fini, il faudra beaucoup d’imagination. S’il faut monter, on monte, s’il faut descendre, on descend, le tout afin de ne pas avoir à créer de nouvelles structures urbaines. Au contraire, il faut travailler à partir des ensembles humains qui ont déjà une histoire, une géographie.Dominique-Perrault-Architecte