Reprise, nouveaux services et RSE : interview de Pierre-Olivier Bard (Avis Budget)

Pierre-Olivier Bard, directeur France d’Avis Budget Group, évoque la reprise et revient sur la période écoulée. Autres sujets : de nouveaux services et le verdissement de la flotte.

Comment abordez-vous cette reprise ?

Pierre-Olivier Bard – On sort progressivement de la crise. Nous étions dans une bonne situation financière avant la pandémie, ce qui nous a permis de passer la période sans trop de heurts, en restant autonomes dans nos choix et décisions. Ainsi, si le chômage partiel nous a beaucoup aidé à passer cette période difficile, en revanche nous n’avons pas eu besoin de contracter de PGE par exemple. Nos capacités de financement de notre flotte sont toujours là, ce qui est important.

Comment vous êtes-vous adapté à une activité fluctuante ?

P.-O. B. – Nous avons énormément travaillé sur la gestion de nos coûts, dont l’un des principaux est naturellement notre flotte de véhicules. On a su flexibiliser notre flotte au maximum en la réduisant, puis en la réaugmentant. On l’a aussi fait bouger beaucoup plus qu’à l’habitude, notamment au gré des saisons touristiques. L’important était d’avoir des véhicules disponibles au bon endroit, là où les clients les attendaient. Une autre chose importante a été la mise en place de protocoles sanitaires très stricts pour respecter la sécurité de nos clients et collaborateurs. Enfin, la crise nous a aussi amené à offrir plus de flexibilité à nos clients avec l’annulation gratuite autorisée jusqu’à 24h avant la prise du véhicule prépayé, une politique qui est toujours d’actualité. Dans ce cadre, notre bonne situation financière nous a permis de rembourser nos clients dans les cinq jours ouvrables.

L’important était d’avoir des véhicules disponibles au bon endroit, là où les clients les attendaient.

Concernant votre activité, quelles sont vos principales clientèles actuellement ?

P.-O. B. – On l’a vu en 2020 et encore plus en 2021, nous avons en France la chance d’avoir un marché domestique loisirs très résilient. C’est un avantage, car l’activité reste toujours très domestique pour le moment avec également un retour progressif de la clientèle européenne depuis l’été. En revanche, les clientèles britannique et nord-américaine nous font toujours défaut, même avec les allégements annoncés. Les Américains commencent à se remettre à faire des réservations, les Anglais aussi, notamment pour les vacances scolaires fin octobre. En revanche, l’Asie et l’Australie sont toujours fermés, et le Moyen-Orient, c’est très léger pour le moment.

Avec l’essor du télétravail et le recours aux visioconférences, une baisse conséquente des déplacements professionnels est attendue. Quelles sont vos estimations sur ce marché ?

P.-O. B. – Même si on sait que le télétravail prendra une place de plus en plus importante, il est encore trop tôt pour juger de l’évolution et de la transformation des habitudes. Cependant, en ce qui concerne les voyages d’affaires, nous ne pensons pas revenir au niveau de 2019 et nous devrons nous adapter à cette nouvelle donne. Nous assistons depuis septembre à un retour de la clientèle des voyages d’affaires plus important, les restrictions sur les voyages étant assouplies. Il faudra un certain temps pour déterminer si les tendances des voyages d’affaires en sortant de la pandémie deviendront la nouvelle norme.

Réserver une voiture depuis un smartphone et changer de modèle selon l’envie, récupérer le véhicule sans attendre au comptoir : avec sa nouvelle application, Avis simplifie tout le processus de location.
Réserver une voiture depuis un smartphone et changer de modèle selon l’envie, récupérer le véhicule sans attendre au comptoir : avec son application, Avis simplifie tout le processus de location.

La crise a aussi soutenu l’accélération de la digitalisation, du recours au sans contact. Quelles initiatives votre groupe a-t-il pris en la matière ?

P.-O. B. – Au milieu de la crise, nous avons étendu notre service d’online check-in à toute notre clientèle, et non plus seulement les membres de notre programme de fidélité, et ceci afin de pousser à une finalisation complète de la réservation avant que le client ne se rende en station. Ce qui veut dire moins de contact, moins de papier et un temps d’attente réduit, le grand problème dans les aéroports et les gares étant ces arrivées au même moment au comptoir. D’autre part, à destination de nos clients Preferred, nous avons aussi travaillé sur des solutions « paperless » qui leur permettent de ne plus avoir à passer au comptoir pour se rendre à leur véhicule directement. Soit un gain de temps très apprécié.

Où vos clients fidèles ont-ils accès à ce nouveau service ?

P.-O. B. – Nous sommes en train de déployer des zones sécurisées dans les gares et aéroports où les voyageurs trouveront l’emplacement de la voiture indiqué sur des écrans. Ils trouveront ensuite la clé dans le véhicule. Via l’appli, ils ont aussi la possibilité de changer de voiture s’ils le souhaitent. Cette offre est aujourd’hui présente dans six agences : les aéroports de Paris Orly, de Lyon Saint-Exupéry, de Nice Côte d’Azur et de Toulouse Blagnac, et en ce qui concerne les gares, dans celles de Paris Gare de Lyon et de Bordeaux St Jean. On continuera à développer cette offre d’ici la fin de l’année, notamment à Paris CDG, puis tout au long de l’année prochaine.

La façon de louer des voitures pourrait-elle évoluer selon vous, notamment au regard des objectifs des entreprises en matière de RSE ?

P.-O. B. – Je reste persuadé que la location courte durée telle qu’elle existe perdurera. Certes, en Europe, nous avons beaucoup plus de moyens pour nous déplacer qu’aux Etats-Unis ou en Australie, que ce soit le train, l’avion ou la voiture. Mais, c’est une certitude, la location de voitures fera partie de l’avenir à long terme. D’autant qu’avec le renouvellement de notre parc, la flotte sera de plus en plus verte.

Où en êtes-vous justement de l’évolution de votre parc ?

P.-O. B. – Nous avons commencé il y a trois-quatre ans à avoir une offre de véhicules hybrides – rechargeables et non rechargeables -, puis électriques. Aujourd’hui, notre flotte dite « à faibles émissions » représente 20 % de notre parc, avec une gamme complète de véhicules électriques. Cette partie va grossir mois après mois, au fur et à mesure des renouvellements de notre flotte. Ce verdissement de la flotte est poussé notamment par la loi LOM. Mais le processus sera long. Prenez les bornes de recharge, on en est à 50 000 en France, contre 100 000 attendues. L’infrastructure n’est pas encore là. Et, il faut bien aussi le constater, la demande continue d’augmenter, car de plus en plus de personnes testent la technologie.

C’est donc plus un problème de demande que d’offre en somme ?

P.-O. B. – Nos clients sont intéressés par connaître les expériences électriques que nous pouvons proposer. L’électrique reste une alternative, plus qu’une demande. On le voit dans les appels d’offres avec nos clients B2B, les catégories électriques ne sont pas demandées pour la location de courte durée. Il ne faut pas oublier que dans le calcul de leur empreinte carbone, les entreprises intègrent leur propre flotte de véhicules, qui est en cours de verdissement, mais la location de courte durée reste en dehors de cette méthode de calcul. Ceci explique aussi que ce virage prendra du temps à se matérialiser.