Restructuration en vue pour Etihad et ses investissements européens ?

Le départ annoncé du PDG d’Etihad Airways, James Hogan, après une décennie de présence à la tête de la compagnie, devrait marquer un changement important dans la stratégie de la compagnie. Etihad pourrait se séparer d’une partie des transporteurs européens dans lesquels elle a investi.
James Hogan, Etihad
"L’entrée au capital de certaines compagnies a permis à leurs dirigeants de transformer leur mode opératoire afin de les rendre bénéficiaires. Mais cela demande une vision sur le long-terme" a souligné James Hogan à Dublin

On la décrivait comme l’une des plus ambitieuses du Golfe, avec un développement parmi les plus rapides de la planète. La compagnie d’Abu Dhabi, Etihad est passée en une décennie d’une compagnie générant quelque 300 millions de dollars de recettes à plus de 26 milliards en tant que groupe aérien. En dix ans, Etihad a vu son trafic s’envoler : 18,5 millions de passagers en 2016 contre 4,6 millions en 2007, 119 avions contre 37 durant la même période, et un réseau de 112 destinations l’an dernier contre 44 en 2007.

la première alliance capitalistique du transport aérien

Etihad est ainsi devenu un acteur global du transport aérien mondial. Non seulement par sa taille et son réseau mais aussi à travers ses investissements dans une dizaine d’autres compagnies dans le monde, bâtissant ce que certains observateurs considèrent comme la première alliance capitalistique du transport aérien en analogie avec Oneworld, Skyteam et Star Alliance.

Finalement, la confiance des autorités d’Abu Dhabi dans le PDG d’Etihad semble s’être érodée, d’autant que la baisse des cours du pétrole entre la fin 2014 et le troisième trimestre 2016 ont mis à mal les ressources « infinies » de l’Emirat. Pour la première fois dans son histoire, la compagnie a réduit un peu la voilure l’an dernier : 112 destinations contre 116 en 2015 et 119 avions contre 121 un an auparavant. Le taux de remplissage à 79% en moyenne est cependant en stagnation depuis 2014.

Les investissements d’Etihad dans Airberlin et Alitalia se traduisent toujours par des pertes continues : une situation qui s’apparente désormais à un tonneau des danaïdes pour les autorités d’Abu Dhabi. Ces dernières sont obligées de mettre la main au porte-monnaie en moyenne tous les ans pour juguler les pertes.

Alitalia, dont 49% du capital est détenu par Etihad, devrait accuser des pertes estimées à 400 millions d’Euros en 2016 contre 200 millions en 2015 ; Airberlin, dont Etihad détient 29%, a plus d’un milliard d’euros de dettes et ne cesse d’accumuler les pertes depuis cinq ans. Le transporteur allemand a vu défiler pas moins de quatre PDG depuis 2011…

Airberlin
Les pertes s’accumulent depuis cinq ans chez Airberlin, dont Etihad détient 29% (DR)

Au total, l’ardoise d’Etihad dans ses investissements européens s’élève à plus de 2,5 milliards d’euros de pertes sur les six dernières années. Seul Air Serbia a pour l’instant dégagé des bénéfices en 2014 et 2015. Mais la compagnie reste un acteur modeste, ayant transporté 2,7 millions de passagers l’an passé.

Selon les informations du quotidien économique allemand Handelsblatt, le chairman du conseil de surveillance d’Etihad, le chairman du conseil de surveillance d’Etihad, Ahmed Ali Al Sayedh, devrait annoncer quelles seront les mesures qu’elle souhaite prendre pour juguler ses pertes, un programme qui sera mis en place vraisemblablement après le départ du PDG James Hogan fin février ou début mars. Airberlin pourrait être sauvé grâce à l’appui de Lufthansa (voir ci–dessous) tandis qu’Alitalia pourrait faire les frais de cette restructuration… Les nouvelles orientations s’inscriraient dans le contexte du rapprochement amorcé à la fin de l’année dernière entre Lufthansa et Etihad, qui ont annoncé un partage de code très limité et un accord sur le « sauvetage » d’airberlin.

Lufthansa, potentiel partenaire en Europe

James Hogan a récemment justifié sa stratégie, déclarant que le stratégie de partenariat du Etihad Aviation Group avait été un élément clé de la croissance du transporteur: « Nos 5,5 millions de passagers en connexion sur Etihad, grâce à nos partenariats et partages de code, ont généré des revenus et facilité les synergies. Côté recettes, cela s’est traduit par des centaines de millions de dollars supplémentaires. L’entrée au capital de certaines compagnies a permis à leurs dirigeants de transformer leur mode opératoire afin de les rendre bénéficiaires. Mais cela demande une vision sur le long-terme », ajoutait-il à Dublin il y a quelques jours. Selon James Hogan, les investissements dans Air Serbia, Air Seychelles, Etihad Regional, Jet Airways et Virgin Australia commencent déjà à contribuer aux recettes du transporteur.

Les investissements d’Etihad dans le transport aérien (%)

L’avenir d’Etihad pourrait se jouer de concert avec Lufthansa. La compagnie allemande et Etihad partagent maintenant leurs codes sur une demi-douzaine de lignes, tandis que 33 avions d’airberlin sont allés rejoindre en leasing la flotte d’Eurowings, filiale low-cost de Lufthansa. De nombreux analystes et journaux ont fait état d’une rumeur sur l’entrée d’Etihad au capital de Lufthansa à hauteur de 30% ou 40%. Rumeurs rejetées par les deux protagonistes mais un échange d’actions – sur un pourcentage bien plus faible – serait une option plus réaliste. Et qui permettrait des synergies de réseau entre les deux transporteurs ainsi que la consolidation de l’activité d’une Airberlin au format réduit, qui concentrerait l’essentiel de son activité sur ses deux hubs de Düsseldorf et Berlin Tegel.

Etihad Regional, compagnie basée en Suisse, pourrait également servir de « feeder » régional à Swiss, autre compagnie du groupe Lufthansa. Elle donnerait aussi à Lufthansa le moyen d’entrer au Moyen-Orient – une région où les compagnies locales ont taillé des croupières au transporteur allemand dans les flux de passagers Europe-Asie/Océanie. Et pour Etihad, ce serait l’opportunité de travailler avec l’un des plus solides transporteurs aériens d’Europe, ce qui permettrait le développement de synergies intéressantes. A l’instar de Qatar Airways et de British Airways, désormais partenaires capitalistiques.

Les nouveautés du réseau Etihad pour l’été 2017

Les Boeing 787-900 continuent d’être déployés sur un plus grand nombre de destinations alors que le transporteur retirera fin septembre ses derniers Airbus A340-600. Ce sera notamment le cas sur Paris, dont les deux vols quotidiens d’Etihad seront exclusivement assurés en Boeing 777-300ER à partir du 1er juin.

BOEING 787-9

  • Amman : 1 vol quotidien
  • Beyrouth : 1 vol quotidien
  • Pékin-Nagoya : 1 vol quotidien
  • Riyad : 1 vol quotidien
  • Séoul : 1 vol quotidien

BOEING 777-300ER

  • Delhi : 5 à 7 vols hebdomadaires
  • Paris CDG : 2 vols quotidiens

MODIFICATIONS DE FREQUENCES

  • Dublin : 2 vols quotidiens au lieu d’un
  • Düsseldorf : 2 vols quotidiens au lieu d’un
  • Kozhikode : 4 vols quotidiens au lieu de trois
  • Madrid : 1 vol quotidien au lieu de 4 vols hebdomadaires
  • Male : 11 vols hebdomadaires au lieu d’un vol quotidien
  • Sao Paulo : vol quotidien annulé