Santé connectée

Balances intelligentes, électrocardiogrammes connectés, montres calculant l’activité physique : l’ère de la santé connectée touche aujourd’hui à l’intime des voyageurs d’affaires, à leur corps, à leur santé.
Santé connectée
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Les voyageurs d’affaires geeks et hypocondriaques ne peuvent que s’en réjouir : la santé connectée se porte comme un charme. Dans une récente étude, la Haute Autorité de Santé recensait, rien qu’en France, près de 50 000 applications, soulignant en outre que « de nouvelles applis apparaissent chaque jour ». Cette façon récente d’aborder la santé et le bien-être s’appuie sur des objets du quotidien qui, en dialoguant en Bluetooth ou WiFi avec les smartphones, se sont mis en mode high-tech. Parmi ceux-ci, on trouve en premier lieu des balances intelligentes qui traquent les kilos superflus pour les addicts aux régimes et surveillent l’indice de masse corporelle, un des indicateurs clés des risques cardio-vasculaires. Dans un même esprit “healthy”, des montres et bracelets, surfant sur la vague des “wearable devices” impulsée par l’Apple Watch, calculent les calories brûlées à partir du nombre de pas parcourus et d’étages gravis pendant la journée, sans compter ceux effectués en ascenseur. Les plus performants vont jusqu’à analyser les phases de repos pour des réveils tout en douceur, lorsque le sommeil, au sortir d’une phase paradoxale, se fait plus léger.
Ces objets au design très étudié, ce qui ne gâche rien, se sont érigés en véritables coachs personnels, garants d’une meilleure hygiène de vie dans un quotidien très affairé. Mais, à côté de la dimension bien-être et prévention de la santé connectée, c’est son volet purement médical qui, lui aussi, est en passe d’être révolutionné. Les outils d’analyses que les patients pouvaient trouver dans les cabinets de leurs médecins – électrocardiogrammes, tensiomètres, lecteurs de glycémie, oxymètre de pouls… – se font nomades et connectés, transférant instantanément leurs résultats vers les smartphones. Les voyageurs d’affaires souffrant de maladies chroniques peuvent ainsi très facilement glisser ces objets dans leur valise pour s’auto-analyser et suivre en continu l’évolution de leurs pathologies. « Je suis un bon exemple de prédisposition aux maladies cardiaques : une faible activité physique et des centaines de milliers de miles engrangés chaque année lors de mes déplacements professionnels. Les objets connectés vont me permettre de surveiller mes comportements tout en m’encourageant à des actions positives », dit Stephen D. Pierce, en charge du développement des outils médicaux au sein du groupe IBM.
« Tout concourt à la croissance de la santé connectée, constate Éric Sebban, fondateur de la société Visiomed qui propose, avec sa solution BeWell Connect, une sorte de “médecin virtuel” embarqué dans les smartphones. D’une part, les dispositifs médicaux se miniaturisent. D’autre part, les gens ont une vraie volonté d’être acteurs de leur santé. » À cet égard, 56 % des personnes interrogées l’an dernier par le cabinet PriceWaterhouseCoopers estimaient que les outils de santé connectés pourraient accroître de dix ans leur espérance de vie.

Des espoirs, mais des craintes aussi

La santé high-tech est-elle la recette miracle pour permettre à tous de vivre, de travailler et de voyager l’esprit serin dans des corps sains ? Dans son livre blanc sur la e-santé publié en 2015, le Conseil national de l’Ordre des Médecins note que « les applications et objets connectés de santé peuvent contribuer à améliorer l’adhésion des patients aux conseils de prévention et d’hygiène de vie ainsi qu’aux protocoles de soins. » Habitués dans leur quotidien à faire confiance à leur smartphone pour leur rappeler leurs moindres rendez-vous, les utilisateurs n’ont pas de mal à suivre leurs conseils lorsque ceux-ci leur démontrent qu’ils ont quelques kilos à perdre ou quand ils les préviennent par SMS que l’heure de prendre leurs médicaments est venue.
Ils leur font une entière confiance. Trop peut-être. Car la révolution de la e-santé soulève autant d’espoirs que de craintes. La régulation tarde à suivre le rythme de croissance de ce secteur en pleine émergence, même si, aujourd’hui, certains observateurs comme la Haute autorité de santé ou la start-up Dmd Santé s’attellent à trier le bon grain de l’ivraie entre les applis utiles à la santé publique, celles qui sont de simples gadgets ou, pire, celles qui sont carrément dangereuses.
Il est en effet difficile pour un non-professionnel d’identifier les marchands du temple dans cette vaste nébuleuse. Et pourtant, il y en a. Des études ont par exemple démontré que certaines applications proposant un dépistage du cancer de la peau via des photos prises par les smartphones pouvaient classer comme non inquiétantes des images de mélanomes, retardant d’autant une prise en charge rapide synonyme de guérison dans presque tous les cas. De son côté, un test effectué en 2014 par le supplément “Science & médecine” du quotidien Le Monde a observé des écarts de mesure de 25 % entre différents bracelets connectés, avec tous les risques de suractivité physique que cela comporte.
À côté de la fiabilité douteuse de certaines solutions, c’est aussi leur éthique qui est en question. Dans son livre blanc, l’Ordre des Médecins met en garde contre « les conséquences du modèle économique qui sous-tend la santé connectée et qui repose sur la valorisation des données. » Elle décrit ainsi « qu’aux États-Unis, lorsque la Federal Trade Commission a étudié, au printemps 2014, douze applications de santé et de fitness, elle a constaté qu’elles diffusaient des données à pas moins de 76 entreprises tierces ! » En effet, de nombreux acteurs sont intéressés au plus haut point par toutes les informations contenues par les applis santé ; que ce soit les régies publicitaires et les entreprises pour placer leurs produits, les gouvernements pour surveiller les fraudeurs aux assurances maladies ou les assureurs pour mieux évaluer leurs risques.

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À l’image des balances Withings, les objets de bien-être connectés s’inscrivent dans une tendance, le “quantified self”, à savoir l’analyse personnelle de l’activité physique, de la nutrition, du sommeil, afin d’être plus actif et performant.

Cette santé en version Big Data-Big Brother pourrait, qui sait, aller jusqu’à influer sur le mode de vie, la façon d’être de tout un chacun. Les mutuelles et assurances maladie, s’inspirant des assureurs auto qui ont développé des contrats “pay as you drive” – “payez pour ce que vous conduisez” – , ne pourraient-elles pas s’orienter un jour vers des solutions “pay as you walk”, basées sur l’activité physique et l’hygiène de vie ? Ce futur se conjugue déjà au présent aux États-Unis. La compagnie pétrolière BP a ainsi proposé d’équiper plusieurs milliers de ses employés de bracelets FitBit permettant de mesurer leurs nombres de pas parcourus par jour. La démarche, un rien paternaliste, n’était en fait pas seulement destinée à soutenir la bonne santé de ses collaborateurs. Elle visait surtout à revoir à la baisse le coût des assurances, ceux dépassant le million de pas à l’année se voyant récompenser par des réductions sur leurs contrats d’assurance maladie.

Super application

S’il est encore difficile d’entrevoir les évolutions majeures engendrées par la santé connectée, une chose est sûre : Apple, Google, IBM et consorts joueront un rôle clé dans son devenir. Déjà parce qu’à travers leurs magasins d’applications, Apple et Google distribuent toutes les solutions de e-santé. Mais le domaine est aussi un cheval de Troie idéal pour leurs objets connectés. Ainsi, après des débuts mitigés, la marque à la pomme positionne clairement sa deuxième génération d’Apple Watch comme “l’objet ultime pour une vie saine”. En parallèle, la dernière version d’iOS, le logiciel d’exploitation des iPhone, intègre une “super” application qui regroupe toutes les informations “fitness” et “santé” de l’utilisateur ; son dossier médical par exemple, mais aussi les données envoyées par les applis tierces et les objets connectés autour de quatre volets : l’activité, la nutrition, le sommeil et, dans un esprit zen, la pleine conscience. Cette dernière fonctionnalité est reliée à l’appli Respiration de l’Apple Watch qui invite son porteur à prendre des respirations profondes, ces séances de relaxation étant paradoxalement déconnectées, puisque la montre désactive pendant ce temps le son de certaines notifications.
L’implication de tous ces promoteurs d’un nouveau monde high-tech va cependant bien au-delà de solutions bien-être. Avec leurs capacités à analyser des milliards de données, ces géants entendent jouer un rôle majeur dans la santé publique. Tandis qu’IBM s’appuie sur l’intelligence artificielle de son super-ordinateur Watson pour conduire des recherches en partenariat avec une quinzaine d’hôpitaux, Microsoft s’est associé à la start-up française spécialisée dans l’imagerie médicale Median pour développer de nouvelles méthodes pour la détection et le diagnostic des cancers.
Autre exemple, Apple permet aux établissements de santé de lancer des études à très large échelle, depuis une simple appli, à travers sa plate-forme ResearchKit. Pour sa part, Google mise sur les partenariats avec des acteurs bien établis. à la fin de l’été, la firme de Mountain View a formé deux joint-ventures, l’une avec Sanofi, le numéro deux mondial pour le traitement du diabète, et l’autre avec GlaxoSmithKline, qui travaille sur des dispositifs miniatures capables de modifier les messages nerveux. Les “big pharmas” n’ont pas à trembler face aux grandes ambitions des GAFA dans le monde de la santé.
Du moins, pas encore.

Stimuler l’activité physique

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Les montres et bracelets connectés sont nombreux à encourager à suivre la recommandation de l’OMS pour être en bonne santé, à savoir 10 000 pas par jour. Parmi ceux-ci, on compte Apple bien sûr, mais aussi des pionniers du bien-être high-tech comme FitBit, Jawbone et Withings, des leaders de la technologie GPS tels Garmin et Tom Tom, ou encore Nike dans une version plus sportive. Leurs solutions les plus évoluées offrent peu ou prou les mêmes fonctionnalités : podomètre, capteur de rythme cardiaque, suivi du sommeil. En cas d’inactivité prolongée, elles se font fort de rappeler les objectifs de la journée !

Avoir un médecin dans la poche

Citizendoc
Citizendoc

Gratuite, l’appli Citizendoc propose des questionnaires détaillés qui permettent d’établir un premier diagnostic et orientent vers les traitements les plus adaptés. S’appuyant sur 17 dispositifs médicaux pour un suivi des maladies au jour le jour, la solution BeWell Connect de Visiomed va plus loin. Si l’utilisateur souscrit à la fonctionnalité Check-up (4,90 e par mois), il peut accéder à un médecin virtuel qui fonde son analyse sur la base de questionnaires intégrant 250 diagnostics d’urgence et 670 de médecine générale. Au besoin, une plateforme de médecins, ceux-ci bien réels, peut être contactée.

Soulager le mal de dos

Bluetens
Bluetens

Plusieurs solutions s’intéressent au mal du siècle, le dos douloureux, malmené par des heures d’avion ou assis en réunion. Parmi celles-ci, le capteur Lumo Lift suit les mouvements pour aider à corriger la posture de l’utilisateur. De son côté, le dispositif médical basé sur l’électrostimulation Bluetens propose une centaine de programmes créés par des kinésithérapeutes. Forte de son expertise dans la rééducation des troubles neurologiques, Hocoma a pour sa part développé Valedo avec une cinquantaine d’exercices ludiques fondés sur 17 mouvements correcteurs.

 

Surveiller le diabète

iHealth Gluco Smart
iHealth Gluco Smart

C’est la pathologie qui concentre le plus de recherches actuellement. En attendant la solution miracle qui, en même temps, ne nécessite plus de récolter une goutte de sang pour analyser la glycémie et injecte la bonne dose d’insuline au patient, il existe de nombreux glucomètres connectés comme comme iHealth Smart, relié à l’appli iHealth Gluco Smart, ou MyGluco de Visiomed.

Trouver l’interprète de ses maux

© Tyler Olson-shutterstock
© Tyler Olson-shutterstock

Comment dit-on Doliprane en chinois ou en hindi ? Créée par un pharmacien français, l’appli Convert Drugs dispose d’une base de données forte de près d’un million de noms commerciaux de médicaments et 8 000 molécules génériques. Elle permet de trouver l’équivalent d’un traitement dans plus de 200 pays. Limitée dans sa version gratuite, l’appli a aussi une version Premium (7,99 euros).

 

Contrôler la tension

BeWell MyTensio
BeWell MyTensio

Les accidents cardio-vasculaires représentent une part importante des évacuations médicales selon International SOS. Pour surveiller ces risques, il existe sur le marché une multitude de tensiomètres connectés et reliés à des applis smartphone comme BeWell MyTensio de Visiomed, le Tensiomètre v2 de Withings ou encore iHealth Feel. Plus pointus encore, il existe des électrocardiogrammes high-tech et ultra légers à l’image des solutions BeWell my ECG et iHealth Rythm.

A lire aussi dans ce dossier : Conseils : Guillaume Marchand, cofondateur de DMD Santé

Rencontre : Pierre Trudelle, chef de projet du référentiel sur les applis santé de la Haute autorité de santé