Après les Emirats Arabes Unis et ses deux transporteurs – Emirates et Etihad -, après Bahreïn avec Gulf Air, après Oman Air et Qatar Airways, voici que l’Arabie Saoudite a la tentation d’avoir sa compagnie globale.
L’idée est en gestation chez le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman. Depuis plusieurs années, le prince encourage en effet la diversification économique de son pays. Avec l’objectif de déconnecter la prospérité du Royaume saoudien aux seuls revenus pétroliers. Et de créer de nouveaux emplois dans une économie plus conforme à un monde global et contemporain.
Hisser l’Arabie Saoudite au rang de hub majeur du transport aérien mondial
Il y a une semaine, le prince indiquait vouloir créer un nouveau transporteur qui viserait le marché des passagers en transfert, entre Europe, Afrique, Moyen-Orient et Asie. En fait, un transporteur dont l’existence s’appuierait sur les recettes qui ont fait surtout le succès d’Emirates, de Qatar Airways et – en partie – d’Etihad. Le prince souhaiterait ainsi hisser l’Arabie Saoudite au rang de hub majeur du transport aérien mondial.
Par ce positionnement, le dirigeant s’attaque donc frontalement à Emirates et Qatar Airways, les deux transporteurs les plus dynamiques de la région. Cette stratégie marquerait un revirement complet dans la politique de transport aérien existante dans le royaume. Les deux compagnies basées en Arabie Saoudite, Saudia et sa filiale à bas prix flyadeal, assurent principalement des services intérieurs et des vols de point à point.
L’argument peut être entendu. L’Arabie Saoudite aurait l’avantage de jouer en effet sur deux tableaux. Son marché naturel de 35 millions d’habitants se combinerait alors à plusieurs dizaines – voire une centaine – de millions de passagers en transfert. Une combinaison que ne possèdent ni les E.A.U, ni le Qatar avec leur faible population…
Une arrivée dans un marché saturé
Pourtant, un tel projet comprend des risques. D’abord ceux de la rentabilité. La crise du Covid a en effet durement touché les transporteurs dans la région avec la suspension des vols long-courrier. Emirates a ainsi perdu 5,5 milliards de dollars en 2020, Qatar Airways 1,9 milliard. Etihad, Gulf Air ou Kuwait Airways font face depuis plusieurs années à des difficultés pour se trouver un positionnement.
Mais les ambitions du prince héritier sont sans limite. Il souhaite faire de l’Arabie Saoudite le nouveau pôle économique et touristique de la région. Avec l’intention d’attirer 100 millions de voyageurs à l’horizon 2030. En 2019, le royaume en avait accueilli 40 millions – majoritairement des pèlerins.
Le pays compte déjà de très belles infrastructures aériennes – notamment avec les aéroports de Riyad et Djeddah. Il lui faudra cependant offrir un produit internationalisé – contrairement à Saudia. Et surtout, développer un réseau intercontinental d’envergure. Ce qui nécessitera plusieurs centaines de millions de dollars. On dit que le fonds public d’investissements public saoudien pourrait monter au créneau. Il est vrai qu’il s’agit de l’un des plus grands fonds souverains du monde, dont les actifs totaux sont estimés à 347 milliards de dollars.