Le transport aérien en Europe peut-il résister aux turbulences politiques en 2025 ?

Avec une Amérique devenue hostile à l'Europe, une Russie devenue une force déstabilisante, voire destructrice pour le continent, l'Europe de l'aérien peut-elle résister à ce contexte négatif? Le récent forum aérien "Aviation-Event 2025 CLJ" organisé à Cluj en Roumanie a apporté pourtant une note d'espoir...
Europe et le monde
Le panel sur les atouts de l'aviation européenne à la conférence Aviation-Event 2025 CLJ accueillait Luis Felipe de Oliveira (ex-ACI World, Rüdiger Franke, CEO aéroport de Francfort-Hahn et Askin Demir, CEO, Aéroport International de Dakar Blaise Diagne ainsi que Luc Citrinot, responsable aviation, Voyages d'Affaires. (Photo: Aviation-Event)

La ville de Cluj, en Transylvanie (Roumanie), joue depuis 4 années les hôtes à une conférence sur l’aviation, l’Aviation-Event CLJ, un partenariat avec la société allemande Aviation-Event et l’aéroport international. Ce forum permet de rencontrer des leaders dans le secteur de l’aérien mais aussi des responsables politiques impliqués dans l’aviation et les voyages. La conférence 2025 n’a pas échappé à la règle, attirant en particulier la Présidente et un Vice-Président de l’Association des aéroports (ACI World), des personnalités politiques de l’Union Européenne ainsi que des entreprises technologiques de l’aérien.

L’un des débats portait ainsi sur la position particulière de l’Europe dans un contexte géopolitique et économique difficile. Le transport aérien européen peut-il encore servir de modèle au monde ? Peut-il prouver que l’on peut concilier croissance du trafic avec des objectifs de décarbonation et d’inclusivité ? D’autant que l’Europe fait désormais face à une administration Trump qui conteste clairement la diversité sociale, le changement climatique et le besoin d’adapter l’économie à ces facteurs. « Nous devons continuer à montrer que nous sommes leaders dans ce domaine et que nous pouvons concilier les objectifs de décarbonation de l’aérien d’ici 2040 avec la croissance », soulignait Luis Felipe de Oliveira, ancien directeur général de l’ACI World.

« Néanmoins, la forte taxation de l’industrie met en péril les objectifs d’un transport aérien neutre en émissions de CO2. C’est un investissement énorme, estimé par les spécialistes du secteur à 1 300 milliards d’euros d’ici 2050« , poursuivait Luis Felipe de Oliveira.

Taxer le transport aérien, un vrai danger pour le secteur

L’Association des compagnies aériennes IATA estime que les règles européennes à la consommation coûtent par exemple 5 milliards d’euros par an à l’économie. Aussi, la politique de ciel ouvert qui fait de l’Europe le plus grand marché libéral aérien du monde pourrait être mis en péril par les politiques nationales. L’an passé, l’Europe a enregistré 2,5 milliards de passagers selon IATA et l’ACI. En revenus/passagers/km, l’Europe est le second plus important marché passagers au monde après l’Asie-Pacifique. Et même le premier du globe si l’on ne prend en considération que les flux internationaux de passagers.

Cette position pourrait être mise en danger par des menaces extérieures. Au rang desquelles figure l‘interdiction par la Russie de survol de son territoire qui affecte le trafic des transporteurs d’Europe occidentale vers l’Asie. Cette configuration donne ainsi un avantage écrasant aux compagnies chinoises sur leurs concurrents sur l’axe Europe-Chine. Les hubs à échelle globale au Moyen-Orient sont une autre menace pour les hubs européens. S’y ajoutent désormais les Etats-Unis avec une administration Trump imprévisible. Cette dernière génère une hostilité croissante des consommateurs qui commence à se traduire par un fléchissement du trafic entre Europe et Etats-Unis.

L’Europe première destination des voyageurs européens

Quelle était pourtant la bonne nouvelle d’Aviation-Event à Cluj ? L’Europe est plus résiliente qu’on ne l’imagine par la nature même de son trafic. En effet, selon les chiffres IATA de 2023 portant sur l’analyse du trafic aérien par pays, le trafic de point-à-point – c’est à dire d’une destination A à une destination B sans continuation de vol – représente la majorité du trafic aérien européen.

Elle s’élève ainsi à 100% en Hongrie et se situe au-dessus de 90% en Espagne, Grèce, Italie, République tchèque, Roumanie, Suède ou Royaume-Uni. En Autriche, Danemark, France, Portugal et Suisse, le nombre de passagers ayant ces pays comme destination finale se situe au-dessus de 80%. Et même sur des pays ayant de grands hubs comme l’Allemagne, la Finlande ou les Pays-Bas, ce pourcentage oscille entre 67% et 76%.

Graphique : Pourcentage de passagers ayant un pays d’Europe en destination finale (IATA, par pays/2023)

L’Europe s’affirme donc, de très loin, comme la destination numéro 1 des voyageurs par pays. Là encore avec des chiffres compris entre 75% et 90%. Une exception de taille est la France où le trafic depuis et vers l’Europe n’atteint que 61% du trafic total. Un chiffre qui s’explique par l‘énorme proportion que représente l’Afrique. Celle-ci génère de fait 19% des mouvements passagers dans l’Hexagone. Néanmoins ces chiffres montrent que l’Europe a de quoi résister aux turbulences d’aujourd’hui. Les cercles politiques feraient bien de s’en souvenir…