Avec Donald Trump, la fin des politiques de ciel ouvert aux Etats-Unis ?

La petite musique du protectionnisme qui agite actuellement la planète devrait aussi se faire ressentir dans le transport aérien. Premiers visés : les transporteurs du Golfe, en Europe comme aux Etats-Unis, où l'élection de Donald Trump pourrait bien changer la donne...
DR Delta
Quel sera l'accueil réservé aux compagnies du Golfe par l'administration Trump ?

On l’avait presque oublié mais les compagnies aériennes américaines, généralement chantres du libéralisme pour ce qui les concerne directement, le sont généralement moins pour leurs homologues étrangers. A peine élu, le président Donald Trump fait face aux doléances des transporteurs US. Dans la visée d’American Airlines, Delta Air Lines et United : l’immunité d’Etat dont jouissent les compagnies du Golfe, et la complaisance de l’administration américaine au cours des dernières années.

C’est un vieux débat qui agite régulièrement les compagnies américaines, mais aussi européennes. Existe-t-il une concurrence déloyale des compagnies du golfe, accusées de bénéficier de prix cassés sur le kérosène ainsi que de subventions cachées ? Virulent en 2014, le débat s’était finalement apaisé. L’administration Obama avait laissé les forces du marché agir, jugeant que la présence de transporteurs du Golfe était plutôt une bonne affaire pour le consommateur américain.

L’annonce par Emirates du lancement d’un vol quotidien en mars sur l’axe Athènes-New York en concurrence avec Delta et United a été le prétexte à une lettre des PDG d’American, Delta et United auprès du nouveau Président américain. L’objectif est d’empêcher la croissance « débridée » des transporteurs du golfe à travers une nouvelle campagne «Partnership for Open & Fair Skies » (« Partenariat pour des Cieux Ouverts et Justes »).

Dès novembre 2016, ce lobby déclarait “souhaiter informer le Président élu Donald Trump, ainsi que son administration, sur les subventions massives et injustes que les Emirats Unis et le Qatar confèrent à leurs propres compagnies”. Les trois présidents évoquent la somme de 50 milliards de subsides de 2004 à 2016.

La campagne fait donc parfaitement écho au slogan de la nouvelle administration Trump « America First : America for Americans » (« l’Amérique d’Abord: une Amérique aux Américains »).

Près de trente lignes aériennes entre Golfe et Etats-Unis

Il est vrai qu’en quelques années, les Etats-Unis d’Obama se sont largement ouverts aux compagnies du Golfe. Emirates et Qatar Airways desservent désormais chacune 11 villes américaines, Qatar venant par exemple d’annoncer le lancement de quatre vols hebdomadaires vers Las Vegas à partir de 2018. Etihad a de son côté un réseau de six villes aux Etats-Unis et vient d’ajouter quatre vols hebdomadaires à ses trois liaisons par semaine sur l’axe Abu Dhabi-Dallas. De 1,89 million de passagers en 2010, le trafic des trois géants du Golfe a bondi pour atteindre 5,43 millions en 2015 et probablement plus de six millions l’an passé.

Une performance, alors que seules deux lignes aériennes sont desservies à la fois par des transporteurs américains et des transporteurs du Golfe pour près d’une trentaine de liaisons Etats-Unis/Golfe. Selon une étude de Oxford Economics, seul 0,7% des passagers auraient le choix entre une compagnie américaine et un transporteur du Golfe sur une même liaison. On peut pourtant s’attendre à un probable gel des capacités aériennes des trois grandes compagnies du Golfe en guise de représailles.

La Commission Européenne planche également de son côté sur le casse-tête des compagnies du golfe, qui sont de plus en plus perçues comme des menaces. Selon des informations transmises à l’agence Reuters, celle-ci souhaiterait durcir la loi permettant aux autorités d’imposer des surtaxes ou de suspendre les droits de trafic de compagnies non-européennes qui auraient fait du tort aux transporteurs européens.

Les compagnies bénéficiant de subventions illégales ou d’un traitement plus favorable sur certains aéroports seraient considérées comme coupables de distorsion de concurrence. Le combat est mené notamment par la France et l’Allemagne. Un paradoxe pour cette dernière, alors que Lufthansa vient de signer un très large accord de coopération avec son homologue d’Abu Dhabi, Etihad…

Source : US Bureau of Transportation
Evolution du trafic passagers des compagnies du Golfe sur les Etats-Unis entre 2010 et 2015

Norwegian Air également dans le collimateur des Etats-Unis

Autre compagnie visée par l’administration Trump : Norwegian Air International. Le transporteur low-cost long-courrier s’est depuis 2013 fortement développé sur les Etats-Unis, non seulement depuis la Scandinavie mais désormais au départ de toute l’Europe. Norwegian offre des vols depuis Londres Gatwick mais aussi Paris depuis 2016. Le transporteur ajoutera aussi en mars une liaison Barcelone-Fort Lauderdale et plus tard dans l’année un vol entre Edimbourg et New York. En 2018, Norwegian compte également lancer des vols à destination des Etats-Unis depuis Düsseldorf. L’an passé, la compagnie proposait 35 lignes aériennes vers huit villes américaines.

Elle suscite la polémique autour de sa filiale basée à Dublin contre laquelle les syndicats américains sont fermement opposés. Ces derniers soutiennent que la compagnie aérienne pourrait saper le trafic des transporteurs US avec sa faible imposition et une main d’œuvre basée dans des pays à bas coûts. Après avoir accordé une autorisation provisoire de vol en avril, l’aviation civile américaine n’a pas encore pris de décision finale.

Fin 2018, la compagnie s’appuiera sur une flotte de 32 Boeing 787 Dreamliner et de 16  Boeing 737-MAX. Ces derniers seront capables d’assurer des vols sur une distance New York-Londres ou New York-Oslo, permettant la desserte de lignes long-courrier entre des villes secondaires.

De 2013 à 2016, le nombre de passagers se rendant aux Etats-Unis sur Norwegian est passé de 104,500 à près de 1,6 million de voyageurs l’an dernier. Et l’objectif des deux millions de passagers pourrait être atteint à la fin 2017.