Interview : Adam Twidell, cofondateur et PDG de PrivateFly

Rachat de PrivateFly par Directional Aviation, synergies avec les autres sociétés de ce nouveau propriétaire, avantages de l'aviation privée dans le monde corporate… Rencontre avec Adam Twidell, cofondateur et PDG de PrivateFly.

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Adam Twidell, cofondateur et PDG de PrivateFly.

PrivateFly a été racheté en septembre dernier par le groupe américain Directional Aviation. Pouvez-vous nous présenter votre nouveau propriétaire ?

Adam Twidell – Directional Aviation ne fait pas beaucoup de promotion, mais c’est un ensemble très large de sociétés, toutes impliquées dans l’aviation privée. Concentrant ces investissements dans ce domaine, Directional Aviation poursuit une stratégie d’intégration verticale du métier. Nous, PrivateFly, proposons la location de jet privé à la demande, de même que Skyjet aux Etats-Unis, une entreprise au positionnement similaire. Mais ils possèdent aussi Sentient, un des plus grands acteurs aux Etats-Unis pour ce qui concerne l’achat de “jet cards”, d’heures de vol à la carte. Ils ont également une société, Flexjet, qui offre des solutions de multi-propriété et d’heures partagées. Enfin, Directional Aviation dispose également de sa propre compagnie d’aviation, Nextant.

Quelles sont les raisons de ce rachat ?

A. T. – Ce groupe américain désirait étendre leurs activités en Europe. Le marché est encore sous exploité selon eux. C’était donc le bon moment pour le faire. Nous sommes leur troisième acquisition sur ce continent après Flairjet au Royaume-Uni et Sirio en Italie. Comme Flexjet aux Etats-Unis, ces deux acteurs sont spécialisés dans la propriété partagée et viendront concurrencer sur ce segment Netjets, le leader européen. De notre côté, nous sommes leur proposition d’entrée de gamme pour les clients qui veulent simplement réserver des vols en jets privés.

Quand vous parlez d’entrée de gamme, qu’entendez-vous par là ?

A. T. – Je parle d’entrée de gamme, car c’est la façon la plus rentable d’utiliser l’aviation privée, sans avoir les coûts fixes ou les obligations liées à la propriété. Le client paie à chaque fois qu’il voyage et cela au prix du marché. C’est le principe originel de PrivateFly : quand j’étais pilote, je transportais des clients qui n’étaient pas toujours satisfaits, ne savaient pas s’ils payaient le juste prix pour ce service. Dans es faits, ils n’avaient pas de moyen de le savoir. Notre plate-forme, en connectant entre eux les clients et les opérateurs de jets privés (NDLR : PrivateFly dispose d’un réseau de plus de 7000 appareils accrédités à travers le monde), apporte cette transparence. En plus de cela, la réservation est facile et rapide, via notre site internet ou notre application mobile. Mais on peut aussi nous contacter par téléphone, par email, par messagerie instantanée comme WhatsApp ou Telegram. Nous nous adaptons aux habitudes de chacun de nos clients.

Notre plate-forme, en connectant entre eux les clients et les opérateurs de jets privés, apporte de la transparence.

Quelles sont les synergies possibles entre les différentes sociétés de Directional Aviation ?

Adam Twidell – Nous allons fusionner avec Skyjet, l’ensemble étant amené à être regroupé sous la marque PrivateFly du fait de notre savoir-faire technologique et de notre reconnaissance au plan digital. Grâce à cela, nous pourrons toucher un marché stratégique, les voyageurs loisirs et affaires américains. Par ailleurs, comme autre grande synergie, nous aurons accès à une dizaine d’avions de la flotte de Nextant basés en Europe. Ainsi, avec cette compagnie sœur, nous pourrons proposer des offres exclusives au meilleur prix, en toute transparence avec les offres des autres opérateurs.

PrivateFly-jet
L’aviation d’affaires permet un gain de temps conséquent pour les voyageurs d’affaires.

Justement, comment le monde corporate aborde-t-il l’aviation privée ?

A. T. – Les entreprises comprennent très bien ce qu’elle leur apporte. Pour elles, c’est un vrai outil business. Quand elles emploient leur CEO pour x millions de dollars par an, elles ne veulent pas que ce dirigeant perde son temps à la sécurité, pâtisse des retards et annulations d’avions. Il y a un coût mathématique du temps des équipes dirigeantes et l’aviation privée prend tout son sens dans ce cadre, par exemple pour des sociétés financières qui organisent des roadshows en Europe avec deux à trois meetings par jour sur une semaine. Même une société de taille moyenne valorise le temps de ces dirigeants. Si vous cherchez à conquérir de nouveaux marchés, de nouveaux clients, et que vous avez un agenda bien rempli, l’aviation privée est un facilitateur afin d’enchaîner les réunions tout en réduisant la fatigue. En plus de cela, les voyages en jet permettent de travailler en toute confidentialité, ce qui n’est pas possible, même en classe affaires, sur les compagnies traditionnelles. Pour autant, les entreprises ne veulent surpayer ce service et veulent être certaines que les prix proposés sont honnêtes. D’où l’utilité de notre rôle d’intermédiaire.

L’approche de l’aviation privée diffère-t-elle entre les Etats-Unis et l’Europe ?

A. T. – Il y a 3,5 fois plus de mouvement de jets privés aux Etats-Unis qu’en Europe. Et pourtant, les économies sont de taille quasiment égale. Quand on regarde les chiffres plus en détail, on constate qu’en Europe, 75 % des vols sont à vocation loisirs et 25 % le sont pour des raisons d’affaires alors qu’aux Etats-Unis, les parts sont égales, à 50-50. Le monde des affaires américain ne voit aucun inconvénient à utiliser ce service, alors qu’en Europe, les entreprises ont plus d’appréhension. Cependant, l’objectif n’est pas de voyager dans un environnement luxueux, mais de faire gagner du temps à nos clients. Du temps à l’aéroport où le check-in et le passage de la sécurité sont très rapides. Du temps, aussi, parce que l’avion s’adapte aux horaires des clients, décolle en avance si la réunion a été plus courte que prévue ou les attend si elle se prolonge. Du temps encore, car les avions se posent au plus près du lieu de rendez-vous. Par rapport aux avions de ligne, il y a dix fois plus de pistes où les jets privés peuvent atterrir.

L’objectif n’est pas de voyager dans un environnement luxueux, mais de faire gagner du temps à nos clients.

Face à tous ces avantages, comment intégrez-vous votre offre dans le monde corporate ?

Adam Twidell – Déjà, en permettant d’accéder à l’aviation privée en ligne. Internet a d’une certaine manière éduqué la clientèle affaires. Il y a 10 ans, il était difficile de savoir comment réserver un jet privé. Nous avons aussi travaillé avec les TMC comme Amex ou des services de conciergerie haut de gamme comme John Paul pour les former à cette solution. Il y a des indicateurs qu’un agent doit connaître afin de proposer cette alternative. Par exemple, quand le voyageur doit faire une correspondance dans un aéroport très fréquenté avec un temps de transfert très court, quand les horaires des compagnies traditionnelles ne collent pas avec ceux des réunions ou encore quand il y a un nombre important de voyageurs. Le coût du jet n’est pas dépendant du nombre de passagers. Un ou huit, c’est le même prix. Dès lors, plus le groupe est grand, plus cette solution est “cost effective”. Par ailleurs, avec la possibilité d’aller-retour dans la journée, l’aviation privée permet aussi d’éviter les frais d’hôtels. A travers notre plate-forme, les agences peuvent avoir un accès dédié où les agents peuvent trouver immédiatement un prix et le donner sans délai à leurs clients. Cette instantanéité est clé pour vendre de l’aviation d’affaires.

Le marché français est-il convaincu de tous ces atouts  ?

A. T. – Sur ce marché, nous avons connu une croissance de 40 % chaque année depuis quatre ans. Ce qui s’explique par une meilleure compréhension de notre offre technologique. 51 % de nos clients en France utilisent notre site mobile. Ce qui est récent par rapport aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. En parallèle, il y a aussi un changement de mentalité. Les clients sont plus ouverts à l’aviation privée, en comprennent l’efficacité. A chaque perturbation dans le monde du voyage – neige, grève chez Air France –, nous constatons une croissance de la demande. Mais, et c’est plus surprenant, c’est aussi le cas quand les trains à grande vitesse ne roulent pas. Je ne pensais pas que l’aviation privée puisse être concurrente du train, mais elle l’est. Sans aucun doute.