
Par-delà le shutdown actuel et ses conséquences sur les liaisons aériennes aux Etats-Unis, les restrictions budgétaires des agences fédérales et locales pèsent sur les résultats de l’hôtellerie américaine depuis déjà quelques mois. Dans un climat d’austérité dans les dépenses publiques et le départ forcé de nombreux fonctionnaires, le secteur voit s’effondrer une source de revenus traditionnellement stable et prévisible : les voyages gouvernementaux. Avec un effet domino sur les économies locales, puisque les hôtels ne sont pas les seuls dans ce cas. Les restaurants, transports en commun et autres services habitués à la présence régulière de fonctionnaires en déplacement pâtissent autant d’une politique voyages gouvernementale plus stricte.
Alors que la paralysie budgétaire n’était pas encore de mise, les résultats du troisième trimestre 2025 illustrent cette baisse drastique que le shutdown, entré en vigueur le 1er octobre, devrait encore aggraver. Selon le groupe britannique IHG, largement représenté outre Atlantique, notamment avec ses Holiday Inn, les voyages gouvernementaux continuent d’être « environ 20% inférieurs à l’année précédente« , indiquait lors de la présentation des résultats trimestriels par Michael Glover, Chief Financial Officer. Du côté de Marriott, « les voyages gouvernementaux ont diminué de 15% en glissement annuel« , précisait Anthony Capuano, le CEO du groupe, lors de la conférence téléphonique suivant l’annonce des résultats.
Les établissements des segments économique et milieu de gamme, traditionnellement privilégiés par les employés gouvernementaux en déplacement, sont les plus impactés par la situation. Le patron de Wyndham Geoffrey Ballotti notait ainsi que la « demande plus faible dans les segments inférieurs » aux États-Unis reflétait en grande partie « la réduction des voyages gouvernementaux« . Ce qui participe à un recul de -5% du revenu par chambre des hôtels du groupe aux Etats-Unis au troisième trimestre, tandis que le repli des dépenses gouvernementales est une des causes évoquées par Hilton pour expliquer une baisse de -2,3% du RevPAR sur la même période outre-Atlantique.
Moins de déplacements des fonctionnaires, mais aussi moins de voyageurs internationaux cet été : tout cela mis bout à bout, l’analyste STR prévoit pour les Etats-Unis une demande en baisse de -0,1% sur l’ensemble de l’année 2025, en parallèle d’une hausse du prix moyen limitée à +0.8%. « La situation a beaucoup évolué depuis l’entrée en fonction de la nouvelle administration, et l’incertitude ainsi que l’instabilité qui ont suivi ont été les principaux moteurs du passage de l’optimisme de début d’année à la situation actuelle dans l’industrie hôtelière », est-il indiqué dans son étude Market Forecasts.
Si l’hôtellerie de la capitale Washington enregistre un repli du revenu par chambre de -6,7% sur la période d’avril à septembre 2025 vs 2024, et de -7,6% pour le seul mois d’octobre, ce n’est pas le seul marché à souffrir. Parmi le Top 25 des métropoles américaines, les établissements d’Atlanta, Houston, Miami, La Nouvelle-Orléans et Tampa présentent globalement des replis encore plus importants.
Pour autant, et c’est heureux pour les groupes américains, les voyages gouvernementaux ne sont pas le seul vecteur d’activité outre-Atlantique et leur baisse peut être compensée par d’autre sources de clientèle, notamment les touristes haut de gamme, mais aussi les voyageurs d’affaires. Avec une sorte d’effet ciseau public-privé : « Les grandes entreprises montrent une force encourageante », a notamment constaté Anthony Capuano, de Marriott, qui observe cependant des « inquiétudes chez certaines PME alors qu’elles tentent de naviguer dans un environnement économique volatile ».
IHG enregistre d’ailleurs une croissance de +2% pour le segment corporate aux Etats-Unis, et Elie Maalouf, son PDG, s’est montré confiant pour l’avenir en réponse à une question d’un analyste financier : « Les tendances du voyage restent plutôt solides. Vous avez vu les résultats d’Amex pour le troisième trimestre. Les compagnies aériennes annoncent un quatrième trimestre solide. On observe toujours une croissance du volume de passagers selon la Transport Security Administration, malgré le shutdown ».
Quant à l’année prochaine outre-Atlantique, Christopher Nassetta, le CEO du groupe Hilton, la voit sous des auspices favorables : « Il y aura les élections de mi-mandat, synonymes d’une forte activité, avec des élections qui s’annoncent très importantes. Dans chaque État, les gens vont se déplacer, lever des fonds, faire campagne. C’est bon pour les affaires. Il y aura aussi le 250e anniversaire des États-Unis, qui sera une célébration tout au long de l’année. Vous aurez la coupe du monde de football. Tous ces éléments seront bénéfiques.”




















