Une vie après le tapis rouge : Le Palais des festivals de Cannes

Le Bunker” : tel est le surnom peu amène que les journalistes donnent au “nouveau” Palais des festivals, à Cannes, depuis son inauguration à la fin 1982. Hérité d’une époque où la plastique des centres de congrès n’était pas un objectif impératif, et où l’on trouvait encore normal d’implanter des salles d’exposition dans des sous-sols aveugles, le Palais des festivals n’a, de fait, que peu de chances de postuler au titre de “merveille du monde”, malgré son implantation idéale entre Croisette et Vieux Port.

Pour l’heure, hors de la traditionnelle folie du mois de mai, il reste encore un gouffre entre le fantasme et la réalité. Une fois dépassées les empreintes de mains de stars gravées sur le parvis, puis gravi l’escalier du Palais et son fameux tapis rouge, le glamour s’évapore et seules quelques photos de célébrités viennent rappeler le congressiste moyen à la “magie du cinéma”.

Cannes est une ville-congrès

Le Palais des festivals n’est pas beau ? “Et pourtant, il tourne”, pourrait-on rétorquer du côté de la Société d’économie mixte pour les événements cannois (Semec) chargée de la gestion de ce vaisseau amiral qui, avec 300 000 congressistes accrédités et quelque 56 manifestations organisées dans l’année, permet à cette ville de 70000 habitants de se présenter sans rougir comme “deuxième ville de congrès de France”. Mieux qu’une ville de congrès, Cannes est même une véritable “ville-congrès”, un microcosme ensoleillé dont toutes les forces vives semblent mobilisées pour nourrir une machine événementielle qui ne se montre pas ingrate : 50 millions d’euros de retombées en impact économique direct, 280 millions en impact indirect et 505 millions en impact économique induit.

Trônant logiquement à la proue de la baie, le Palais est l’unité centrale de cette industrie d’un genre particulier, dont la publicité est mondialement assurée par le Festival de Cannes et dont le bon fonctionnement quotidien est garanti par une gestion concertée d’intérêts bien compris entre la Semec et l’hôtellerie cannoise. “Quand il y a un salon ici, les hôtels bloquent 90 à 95 % de leurs chambres pour l’événement. Ce qui n’est pas le cas dans les autres grandes villes de la Côte où les hôtels continuent de réserver une partie de leurs chambres à leurs autres clientèles”, explique Jean-Jacques Lottermoser, directeur marketing et commercial du Palais.

Cette priorité donnée au tourisme d’affaires permet à Cannes de se définir, sur ce secteur, plutôt comme compétiteur de Paris, Genève, Amsterdam ou Barcelone que de Nice ou Monaco. Avec, en avantage comparatif par rapport à ces concurrentes tentaculaires, la proposition forte d’un lieu “tout-en-un” combinant sur une seule adresse espaces d’exposition, salles de conférences et espaces de réception de prestige avec vue panoramique sur la baie. Le “plus produit” de Cannes, c’est également la faculté particulière de la ville à vivre entièrement au rythme de l’événement du moment. Travail, repos, loisir : pour les participants aux salons ou aux congrès organisés à Cannes, tout est lié, sinon imbriqué. “Les congressistes ne retirent pas leur badge à la sortie du Palais car ils savent que le travail relationnel se poursuit aux alentours, dans les bars, les restaurants et les hôtels de la Croisette”, ajoute Jean-Jacques Lottermoser.

De fait, à Cannes, tout est à un jet de pierre du Palais, y compris les hôtels avec près de 5200 chambres dans un rayon de 700 mètres, à commencer par les mondialement célèbres Carlton, Majestic, Martinez ou Noga Hilton.

Une dose minimale de glamour

Une offre attrayante, donc, et qui tient à le rester en se parant d’une certaine exclusivité. Tout le monde n’est pas bienvenu au club, et un salon doit véhiculer une dose minimale de glamour pour prétendre passer les portes du Palais. Mipim, Mipcom, MipTV, Midem, Tax Free World et, bien entendu, Festival et Marché du film : les grands événements organisés à Cannes illustrent le core business d’un lieu dévolu aux grands salons professionnels du “tertiaire chic”, avec une préférence marquée pour le monde du luxe, du divertissement, de la propriété intellectuelle ou encore des nouvelles technologies. Ici, pas de machineries industrielles ou agricoles et peu de ces congrès ou salons pharmaceutiques qui, ailleurs, font l’essentiel des chiffres d’affaires.

Mais pour conserver sa bonne fortune auprès d’une clientèle d’élection, le Palais est astreint à une évolution permanente. Dix ans après l’ouverture de l’Espace Riviera – suivie, en 2006, par celle de la lumineuse Rotonde Lérins –, le Palais s’engage désormais dans une opération de rénovation multiforme de 140 millions d’euros : agrandissement et amélioration technique du Grand Auditorium, remodelage du Foyer du Grand Auditorium et du Foyer Debussy, amélioration de la fluidité de circulation entre les différents espaces, rénovation du Parvis de la Croisette… Le projet prévoit également une remise au goût du jour de l’aspect extérieur du Palais, mais surtout la construction d’une extension sous le square Reynaldo Hahn, devant le Palais, afin d’y installer une nouvelle gare souterraine ainsi que 10 000 m2 de surface d’exposition supplémentaire dont le Palais a bien besoin au vu des tentes de “secours” installées aux alentours durant les manifestations les plus importantes. Les travaux doivent démarrer en 2011, pour une livraison prévue en 2013. Mais d’ici là, il aura coulé bien des Palmes sous les ponts.