
Canua Island ne fera pas sa saison inaugurale au large des côtes de Mandelieu-la-Napoule. La barge évènementielle d’une superficie de 1750 m2 n’a en effet pas obtenu son permis de navigation et d’armement nécessaire à son exploitation. La centaine d’employés, dont 20 marins, ont été licenciés avant même d’appareiller pour la première fois.
Pouvant accueillir jusqu’à 350 personnes, cette plage flottante avec bassin d’eau douce, bar-lounge et restaurant avait pourtant reçu fin mai le feu vert de la Commission de sécurité. Mais certains élus et l’Etat n’ont pas voulu aller plus avant face aux oppositions locales, pour des raisons écologiques. Le projet d’un montant de 16M€ était pourtant porté par Tony Philp et Marc Audineau, deux anciens sportifs olympiques de voile se présentant comme amoureux de la mer. « Canua Island respecte le droit et les règles de protection de la mer« , assurait ainsi le second.
De fait, la construction avait privilégié des matériaux à faible empreinte environnementale et surtout recyclables (acier, aluminium, bois…), la fiche technique de Canua Island détaillant une longue liste d’engagements écologiques dans son exploitation (bio-carburant, zéro plastique, collecte des eaux grises et noires…). « C’était un projet éco-responsable très novateur dans son fonctionnement« , nous a confirmé Odile Delannoy, la directrice adjointe de l’Office du tourisme et des Congrès de Mandelieu-la-Napoule dont la municipalité soutenait le projet.
Le torpillage en règle de Canua Island proviendrait en réalité de rivalités politiques locales. Sébastien Leroy, maire de Mandelieu-la-Napoule, a ainsi dénoncé le 13 juin dans un courrier le fait que « le gouvernement a préféré satisfaire les caprices politiques du président de la région Sud (NDLR : Renaud Muselier, président de la région PACA), soutien politique affiché de la majorité présidentielle en « jouant la montre » dans l’autorisation d’armement du navire« . Quelques jours plus tôt, Renaud Muselier s’était en effet « félicité » du naufrage de ce projet, déclarant « ce n’est ni un bateau, ni un hôtel, juste une boite de nuit et un restaurant, une espèce de barge au large et des allers-retours toute la journée« .
Allié de Renaud Muselier, le maire de Théoule-sur-Mer avait également vivement attaqué son voisin de Mandelieu. Sauf que les services de la région PACA avaient validé le projet lors de sa phase d’élaboration et qu’elle va perdre dans ce revirement la somme de 770 000€ ! Et Sébastien Leroy de rappeler dans sa missive que « la région région Sud avait soutenu le projet Canua depuis des années en engageant sa propre garantie financière et en demandant que son logo soit présent sur tous les supports de communication » de l’entreprise évènementielle.
Quant à l’Etat, il perd les 2,5M€ apportés par la Banque Publique d’Investissement-BPI. Avant de renoncer, Marc Audineau en avait même appelé par courrier au président de la République afin d’espérer dénouer l’imbroglio, mais sans succès.
Amarrée à la Seyne-sur-Mer, Canua Island pourrait partir naviguer sous des cieux plus cléments afin d’éviter à ses investisseurs de perdre définitivement leurs fonds. Et le maire de Mandelieu-la-Napoule de conclure : « Si Canua est accueilli avec enthousiasme par un pays étranger, l’Etat pourra se vanter d’avoir développé l’attractivité, l’innovation et le tourisme d’un autre pays avec l’argent du contribuable français« .

















