
Tokyo, ça c’est un voyage qui m’a marquée ; c’est drôle d’ailleurs, car au départ je n’avais aucune envie d’y aller ! Je pensais que les Japonais étaient très éloignés de moi, vraiment étrangers. Allait-on arriver à se comprendre ? en quelle langue ? en anglais ? J’étais assez perturbée. Toutes ces appréhensions ont finalement disparu dès mon arrivée. Mon interprète, une Japonaise qui avait passé son enfance à Genève, faisait le “pont” entre l’Occident et l’Orient ; elle était à la fois complètement japonaise et tout à fait occidentale.
J’allais là-bas pour trois concerts… et je suis allée de surprise en surprise ! L’accueil est si chaleureux, bon enfant, plein d’humour. Les Japonais ont cette façon libre, très ouverte, de parler de la bombe atomique, de l’Amérique… Je me suis prise de passion pour leur cuisine ! Depuis, lorsque je voyage, je cherche toujours le meilleur restaurant de sushi de la ville.
Santa Fé, au Nouveau Mexique, là aussi, j’y suis allée à reculons. Lorsque j’ai demandé où c’était, on m’a répondu : “À côté de Los Alamos”… Los Alamos, c’est là qu’ont eu lieu les premiers essais nucléaires! De fait, c’est un endroit extraordinaire, en plein désert, immense, à l’échelle de l’Amérique… c’est également une ville très chic, où se retrouvent New York, Chicago et Los Angeles ; chacun dans sa maison de campagne… Et puis, ce mélange de cultures espagnole, indienne et américaine ; absolument affolant ! Là bas, j’ai rencontré de vrais mécènes.
À chaque voyage, je fais de nouvelles rencontres : ceux qui m’apprécient sur scène sont curieux de me connaître. Et moi aussi, j’aime découvrir leur façon de vivre, comprendre leurs réactions par rapport à la culture, la religion, l’éducation. Les différences m’intéressent… En réalité, pour ce qui me concerne, le lien tangible tient à l’amour de la musique. Mais dans tous les cas, je sens bien qu’on se ressemble tous, énormément ; c’est rassurant, c’est une garantie de paix.
Lorsque je voyage, j’apprécie de visiter une ville ; si possible à pied et par cercles concentriques, ce sont mes petites manies. Je démarre de mon hôtel pour aller jusqu’aux quartiers les plus éloignés. En me promenant, je m’arrête dans des musées, de peinture surtout, comme la Frick Collection, à New York, avec des Vermeer remarquables. De retour dans ma chambre, il me faut de l’espace, de la clarté, du silence, du confort… J’ai besoin d’arranger tout ça à mon idée; en bougeant les fauteuils et la table nécessairement mal placés, devant la fenêtre, et qui m’empêchent de passer. Un peu comme si j’étais chez moi. Car, au final, c’est ma maison que je préfère, avec mes enfants, et tout ce que j’aime. Je voyage dix mois sur douze, au point d’en oublier, après une longue absence, où sont rangés les couteaux. J’aimerais raccourcir le temps de voyage ; c’est l’attente qui rend tout cela un peu pénible… Je rêve de télétransportation ! Propos recueillis par Karin Filhoulaud
Sept dates
1965 : Naissance à Lyon.
1990 : Lauréate du concours Mozart à Vienne.
1992 : Sur la scène de l’Opéra Bastille, elle se révèle dans “Les Contes d’Hoffmann” d’Offenbach.
1993 : Natalie Dessay fait partie de la prestigieuse troupe de l’Opéra d’État de Vienne.
1997 : Elle s’envole pour New York où elle se produit pour la première fois au Metropolitan Opera.
2004 : Chicago puis Tokyo… elle chante dans le monde entier.
2005 : Sortie du disque “Delirio” de Haendel.




















