Villes européennes de congrès : Concurrence sans merci

Malgré la crise, le secteur des congrès se porte plutôt bien. Les villes européennes en tirent profit et multiplient les efforts pour attirer les organisateurs. En jouant sur leurs atouts pratiques mais aussi culturels ou… climatiques.

Bonne nouvelle : les congrès n’ont pas été affectés par la crise économique. Car d’après l’ICCA, Association internationale des congrès et de la convention, 8394 événements ont eu lieu en 2009, soit 800 de plus qu’en 2008. La force du secteur associatif, conjuguée à un plus grand nombre de membres de l’ICCA communiquant leurs chiffres, expliquent ces résultats. Cependant tous les événements ne sont pas comptabilisés dans cette étude. En effet, seules sont prises en compte les manifestations réunissant plus de 50 participants, lesquelles manifestations doivent se tenir régulièrement et être organisées dans trois pays minimum. Par conséquent, pour ce qui concerne le classement par pays, le tiercé de tête n’a pas changé. Viennent dans l’ordre : les États- Unis, l’Allemagne et l’Espagne. La France, en revanche, perd deux places, passant de la quatrième à la sixième position au profit de l’Italie, tandis que la Grèce et la Finlande font leur entrée au top 20.

Côté villes, pour la cinquième année consécutive, Vienne, en Autriche, arrive première avec 21 réunions de plus qu’en 2008. En revanche, Paris, qui occupait la première place en 2008, se trouve désormais en troisième position, à quatre événements près, derrière Barcelone. À signaler enfin, l’arrivée d’un petit dernier dans ce classement : Madrid en treizième place. La capitale espagnole a reçu 87 congrès soit 33 % de plus par rapport à 2008 ; 50,6 % étaient des manifestations européennes avec une moyenne de 400 participants par événement. Le fait d’être à la fois une métropole moderne, culturelle, bien desservie et sûre, avec en prime un climat ensoleillé, fait souvent la différence par rapport aux autres villes européennes concurrentes. Et Madrid entend renforcer son attractivité auprès des congressistes en se dotant prochainement d’un nouveau centre international de congrès.

Accessibilité et unité de lieu

Pour Christian Mutschlechne, du Bureau Convention de Vienne, “le succès de Vienne vient de son accessibilité, de ses infrastructures de congrès regroupées dans une ville compacte où il est facile de s’orienter. L’attractivité de Vienne joue également beaucoup”.

Pour conserver son leadership, Vienne a lancé plusieurs projets, dont l’ouverture de nouveaux hôtels, ainsi que l’agrandissement de son réseau de métro et la construction d’une nouvelle gare centrale qui remplacera les quatre gares existantes. “C’est l’une des rares villes européennes à posséder une telle unité de lieu. Une condition toutefois : ne pas dépasser les 10000 participants”, dit Armel Blandin, directeur délégué d’Ormès.

Ainsi, Ormès, qui a organisé récemment une opération à Barcelone, a reçu des plaintes de la part des congressistes parce que le centre de conventions est situé en dehors de la cité catalane. Pour Émmanuel Dupart, directeur délégué de France Congrès, les villes françaises de congrès devraient prendre exemple sur la cohésion dont fait preuve la capitale autrichienne. “Nous devons être encore plus soudés et organisés afin d ’aller chercher de nouvelles candidatures en commun. Ce travail devrait se faire rapidement grâce à l’équipe d’Atout France. Mais il est essentiel dans le cas de gros congrès de vendre globalement la destination France avant de promouvoir une ville ; sinon le marché risque de nous échapper !”

L’union fait la force

Ainsi, à Paris, une quinzaine de groupes hôteliers représentant 475 établissements totalisant plus de 60000 chambres, toutes catégories confondues, sur Paris et sa région, ont signé en décembre dernier une charte concernant l’accueil des grands événements professionnels. L’objectif est d’attirer dans la capitale française les manifestations de grande envergure : plus de 1000 congressistes sur plusieurs jours. Parallèlement, l’office du tourisme et des congrès de Paris accueille, informe, conseille les organisateurs de congrès et coordonne les différents acteurs du marché. En 2008, dix centres de congrès se sont réunis sous la même bannière : Viparis. Cette dynamique porte ses fruits. En 2009, la capitale française a accueilli dans près de 200 sites, 930 congrès soit 30 événements de plus qu’en 2008. Ces manifestations représentaient 700000 congressistes, soit en moyenne 78 congrès par mois réunissant, en moyenne, là encore, 757 participants par opération. Pour 48 % ce sont des congrès médicaux qui voient chaque année leur nombre augmenter. Par ailleurs, 39 nouvelles associations ont choisi Paris pour organiser leur toute première réunion. Mais n’entrant pas dans les critères de l’ICCA, elles n’ont pas été comptabilisées dans son classement. Poursuivant sur sa lancée, Paris accueillera en 2011 son plus gros congrès : le congrès européen de la société de cardiologie ; soit 30000 participants. Prévus également en 2014 : le congrès international de psychologie appliquée et, en 2016, le congrès européen sur l’hypertension, avec 8000 participants pour chacun.

À l’autre bout de la France, au sud, le bureau convention de la Riviera-Côte d’Azur se bat également pour attirer les congressistes. Ses arguments : l’accessibilité avec le deuxième aéroport international de France, un aéroport d’affaires et la première ligne européenne d’hélicoptère. Et l’on peut ajouter à cela des infrastructures très performantes. Également parmi ses atouts, le Club Event Partners qui fédère une quarantaine de signataires et un vrai savoirfaire, notamment dans le secteur médical. “Nous savons aller chercher les clients, les recevoir et nous remettre régulièrement en question !”, affirme Évelyne Brusa-Priebe, responsable du bureau convention. Afin de présenter une offre de qualité, plusieurs projets de rénovation et d’extension sont en cours. Comme Nice-Acropolis, où près de 25 millions d’euros de travaux sont programmés.

Mais la concurrence européenne est rude. Et pour cause : les retombées économiques de ces manifestations sont très importantes. La dépense moyenne d’un congressiste s’élève à 321 euros par jour, elle est de 50 % supérieure à celle d’un touriste de loisirs. De plus, les congrès contribuent au rayonnement international de la destination ; ils sont peu sensibles aux aléas conjoncturels et garantissent une activité à long terme. En effet, la prise de décision se fait de deux à dix ans à l’avance. D’où la course aux investissements afin de présenter l’offre la plus alléchante possible. Ainsi, en janvier prochain, Stockholm, classée en septième place par l’ICCA, ouvrira le Stockholm Waterfront, un centre de congrès flambant neuf situé au coeur de la ville, pouvant accueillir jusqu’à 3000 participants. Et d’ici à la fin de 2012, Stockholm prévoit l’ouverture de 2000 chambres supplémentaires ainsi que de nouvelles dessertes aériennes directes. Henrik Von Arnold, directeur du bureau convention précise : “Si selon les critères de l ’ICCA la ville a reçu 102 congrès internationaux, en tenant compte des réunions de la Commission européenne, nous avons accueilli en réalité 350 manifestations, sans compter les opérations corporate et les congrès nationaux.” Cet été, la capitale suédoise a reçu deux grandes manifestations, l’European Society of Cardiology et Herbalife, respectivement 25000 et 10000 participants. Événements suivis cet automne par l’European Association of Diabetes Societies, 17000 participants. Pour attirer de tels congrès, il est impératif d’être directement et facilement accessible de toute l’Europe, voire du monde entier. Ce que confirme Yvan Blanès, directeur associé chez Connect Factory. “Il est indispensable, lorsqu’un dirigeant vient de New York pour faire une intervention de deux heures, d’avoir des vols directs. C’est déterminant dans le choix de la destination. Arrive ensuite le meilleur rapport qualité/prix. Sur ces deux critères, Lisbonne est par exemple très bien placée.”

La capitale portugaise arrive en huitième position au classement de l’ICCA, ex- aequo avec Amsterdam et compte bien rester au top 10 des villes européennes de congrès. Car le tourisme d’affaires est le deuxième secteur porteur de l’industrie du tourisme lisboète. Chaque année, un budget de 1076500 euros est alloué à ce département, soit 29 % du tourisme global de la ville. Plus globalement, le tourisme d’affaires fait partie des dix produits identifiés dans le Plan stratégique national pour le tourisme, et la région de Lisbonne a été désignée comme destination prioritaire pour développer ce segment au Portugal.

Afin de renforcer son attractivité, la ville devrait ouvrir une ligne de métro reliant l’aéroport. Mais la séduction passe aussi par une palette de loisirs et d’activités. Ainsi, pour l’organisation, en décembre 2010, d’un séminaire réunissant 80 jeunes commerciaux, Antoine Beucher, de l’agence Action Première, a porté son choix sur Berlin car “elle a notamment une réputation de ville jeune mêlant à la fois découverte et festivités”. Cela correspond également à l’actualité de son client qui vient d’être racheté par un groupe international. Le fait de réunir ses équipes en Allemagne permet aussi à l’entreprise de leur faire découvrir une destination économiquement forte avec laquelle elles seront amenées à travailler. La stabilité du pays fait aussi partie des éléments pris en compte, comme le souligne Clarice Denis, directrice associée de l’agence Denis & Co. “Les réservations se font au minimum deux ans à l’avance, d’où l’importance de traiter avec une destination économiquement et politiquement stable. Difficile dans ce cas d’opter pour des pays comme la Turquie ou la Grèce…”

Les avantages de la stabilité

Athènes, qui profite encore des retombées des JO de 2004, occupe actuellement la vingtième place du classement de l’ICCA. Ébranlé par la crise économique, le gouvernement a pris des dispositions afin de rassurer les entreprises. “Dans le cas de touristes bloqués dans notre pays suite à des mouvements sociaux ou autres impondérables dus à la crise, l’État a décidé de prendre en charge toute la partie logistique des séjours et de lever les taxes des aéroports régionaux, excepté celui d’Athènes”, explique Theodorus Chartomatsidis, directeur de l’office du tourisme grec.

Parfois le choix de la destination se fait sur des engagements, voire des implications plus personnels. “Par exemple, dans le secteur des congrès médicaux, à partir du moment où un nouveau président est élu, nous savons d’office que la manifestation se déroulera dans son propre pays. Une décision prise pour des questions pratiques, mais également parce qu’il est de bon ton de remercier ses électeurs”, explique Armel Blandin. Actuellement une réflexion est engagée pour essayer de se calquer sur les États-Unis où les congrès sont fixes et se tiennent pendant plusieurs années dans une même ville. Cette politique présente un double avantage. D’une part, cela permet aux destinations d’investir de façon rentable dans des infrastructures performantes, aussi bien sur le plan technique qu’en termes de capacité, mais aussi de se doter de bonnes dessertes aériennes et ferroviaires. D’autre part, de proposer des manifestations qui se déroulent dans les meilleures conditions possibles. Une idée qui devrait faire son chemin et, à terme, investir l’Europe.