T. Janin (Ilios) : « Les seuls à proposer une solution de sécurité centrée sur le voyageur »

Spécialisée dans la sécurité, Ilios International axe son offre sur une assistance rapide aux voyageurs. Le point sur les problématiques de sûreté dans le monde avec Thibault Janin, son directeur général.
Thibault Janin, directeur général d'Ilios International
Thibault Janin, directeur général d'Ilios International

La situation actuelle en France est-elle génératrice de risques pour les voyageurs selon Ilios International ?

Thibault Janin – Je représente une société de sécurité et je ne peux donc pas rentrer dans l’aspect politique des choses. Mais oui, la France est une source d’inquiétude pour nos voisins européens. Le scénario d’une arrivée du RN au pouvoir est pris au sérieux avec, en face, une extrême gauche remuante. Ce qui peut amener des difficultés dans les rues. Le conseil donné par les directions sûreté de nos clients, confirmée par nos services, est d’éviter tout déplacement dans les grandes villes de France pour une période de deux semaines après les élections. Ca peut encore changer, mais c’est malheureux. Car ces conseils, nous les donnions surtout pour des pays d’Afrique ou d’Amérique du Sud.

En ce qui concerne l’Afrique justement, de nombreuses élections ont été ou sont au programme cette année. Comment se déroulent-elles ?

T. J. – C’est en effet une grosse année en la matière. Et le continent africain peut se montrer satisfait du déroulement de ces élections. On pouvait craindre que ça ne dérape au Sénégal, mais ça a été très bien géré. De même qu’à Madagascar ou récemment en Mauritanie. Il en reste encore à venir, mais de l’analyse que nous en faisons, ça devrait bien se passer, notamment en Algérie à la rentrée.

Avant de passer aux problématiques plus classiques concernant la sécurité des voyages d’affaires, allons vers les zones les plus tendues actuellement, l’Ukraine et la Russie d’un côté, Israël et la bande de Gaza de l’autre. Ilios International est-il amené à accompagner des clients dans ces pays, par exemple en Russie ?

T. J. – Oui, il y a une continuité malgré tout. Comme, d’ailleurs, pendant la Seconde Guerre mondiale où les Américains faisaient des affaires avec l’Allemagne nazie. Certaines entreprises françaises ont toujours des intérêts en Russie, notamment dans des secteurs comme l’ingénierie, la construction, l’import export. De même que la Russie continue à envoyer du gaz en Europe, de manière directe ou indirecte. Ces déplacements en Russie sont évidemment moins faciles d’un point de vue logistique. D’où une attention particulière à la position hiérarchique de la personne envoyée là bas, mais aussi le temps passé dans le pays, les interlocuteurs qui seront rencontrés. Il y a une manière d’aborder certains sujets ou de ne pas les aborder. Tout est très encadré.

Vous parlez de la Russie. Quant à l’Ukraine, vos clients continuent-ils aussi à s’y déplacer ?

T. J. – Oui, notamment des sociétés d’ingénierie, de construction, de génie électrique ou d’import-export. Leur objectif est surtout de maintenir le contact plutôt que de réaliser des opérations commerciales, en attendant que le pays ne se relève un jour ou l’autre. En ce qui concerne l’Ukraine, tout d’abord nous n’accompagnons pas nos clients partout, mais essentiellement à Kiev et Lviv , le plus souvent par la route, depuis la Pologne. Ces missions cousues main sont préparées jusqu’à la dernière minute, avec des moyens logistiques et opérationnels adaptés. Le plus souvent plusieurs véhicules, des moyens de géolocalisation et des moyens armés, une préparation à une évacuation d’urgence en quelques minutes. Jusqu’au dernier instant, nous pouvons être amenés à déconseiller un client de partir si le contexte sécuritaire ou géopolitique s’est soudainement dégradé.

Centre de conduite des opérations de Ilios International.

De telles précautions sont elles-nécessaires pour des voyages en Israël et en Palestine ?

T. J. – Déjà, plus personne ne va à Gaza. En Israël, hormis à la frontière, il n’y a pas vraiment de besoin d’accompagnement, hormis un apprentissage des réactions à avoir en cas de bombardement. Bien sûr, si jamais un voyageur ne se sentait pas en sécurité, nous pouvons lui fournir un accompagnateur et une voiture, mais rien de plus. En revanche, pour des voyages en Cisjordanie, où nos équipes sont en train de répondre à un projet, c’est plus compliqué. Comme en Ukraine, c’est là aussi du cousu main et on peut retarder une mission au dernier moment, voire l’annuler totalement.

Pour autant, hormis en Israël, les déplacements professionnels doivent se faire rares actuellement.

T. J. – Ces conflits sont très médiatiques, mais la plupart des voyageurs évitent en effet ces zones là. Quand on parle de déplacements professionnels et de mobilité internationale, on pense aux poids lourds économiques que sont l’Amérique du Nord et à l’Asie. Mais les entreprises françaises, et occidentales au sens large, cherchent de nouveaux relais de croissance. Dans ce cadre, l’Afrique et l’Amérique du Sud ont pas mal de gros projets en cours. Petit à petit, ça commence à s’équilibrer.

Sentiment anti-français en Afrique, criminalité en Amérique du Sud : cela pèse-t-il sur les déplacements professionnels ?

T. J. – De notre point de vue, il n’y a aucune zone d’épargnée en matière de risques. La criminalité est en train d’augmenter partout dans le monde, pour beaucoup de raisons. Si on parle d’Amérique du Sud, le Mexique n’a jamais été un pays très calme et le Brésil a toujours connu des problèmes de sécurité importants. La Colombie avait réussi à stabiliser beaucoup de choses, mais nous ressentons une lente dégradation. De même qu’en Equateur. En Afrique, le Burkina et le Niger sont évités, le Mali aussi en grande partie. On voit aussi une recrudescence du sentiment anti-français au Sénégal, en Mauritanie, en Côte d’Ivoire, au Gabon, voire en Angola. Dans tous ces pays là, nous nous retrouvons sur des problématiques plus courantes, où Ilios met en place tout son panel de prestations. C’est-à-dire de la formation avant le départ, le suivi des voyageurs, la cartographie des quartiers et rues où ne pas aller, notre technologie qui avertit le voyageur s’il vient à y entrer, enclenchant une géolocalisation en temps réel. Et puis, bien sûr, notre système d’assistance primaire permettant de rapidement déployer une équipe sur place pour aller porter assistance au voyageur en cas de problème.

En quoi ce système se démarque-t-il ?

T. J. – Ilios International est le seul à proposer ce type de solution, centrée sur le voyageur. Beaucoup de sociétés de sûreté n’ont pas su réinventer. Nous sommes passés d’un marché où les acteurs se concentraient sur une mise en protection lourde dans des zones à risques à un monde confronté à une prolifération de la délinquance qui empoisonne la vie des voyageurs. Pour autant, les entreprises ne peuvent pas mettre des gardes du corps derrière tout le monde. C’est pourquoi le modèle d’Ilios, avec ce système d’assistance primaire et d’intervention qui se rapproche un peu de Police secours, colle bien à cette évolution.

Pouvez-vous nous décrire plus précisément en quoi consiste ce système d’assistance primaire ?

T. J. – Il s’appuie sur trois piliers : un centre d’opérations pour prendre les appels d’urgence, comprendre le problème en quelques minutes et déclencher l’envoi d’une équipe chez l’un ou l’autre de nos partenaires locaux. D’où cet autre pilier clé qu’est le réseau de partenaires que nous avons construits au fil des ans et qui s’étend à plus d’un millier d’entreprises locales, dont 200 sous contrat, le tout dans 120 pays. Un maillage fin qui fait qu’Ilios est présent dans près de 2500 villes dans le monde. Enfin, dernier pilier et non des moindres, la technologie avec une application qui nous permet de rester connectés en permanence avec le voyageur et de pousser sa localisation à l’équipe d’intervention.

En combien de temps pouvez-vous secourir un voyageur en cas d’urgence ?

T. J. – On ne peut rien garantir. Dans des villes comme Lagos, Luanda ou Mexico, avec un très gros trafic, c’est plus compliqué, mais dans certaines villes un peu plus petites, on va pouvoir intervenir en une vingtaine de minutes. Dans ce laps de temps, des zones refuges ont été définies dans toutes les villes où nous avons des partenaires. Par exemple un commissariat, un hôtel, une église ou un centre commercial. Grâce à la géolocalisation en temps réel, nous pouvons aiguiller le voyageur par message vers cette zone afin qu’il n’en bouge plus. Ce qui permet aussi de donner une position précise à l’équipe d’intervention. En gagnant en expérience au fil de ces interventions – de l’ordre de 300 à 500 par an -, nous nous sommes rendus compte qu’il fallait gérer le temps entre la prise d’appel et l’arrivée de l’équipe. Si, par exemple, nous détectons des signes de panique chez le voyageur, nous suivons une procédure particulière pour le rassurer.

Tout cela a de quoi, en effet, rassurer un voyageur.

T. J. – Ils savent qu’ils ne sont jamais seuls, qu’ils peuvent partir dans des zones compliquées et qu’au moindre problème, ils peuvent appuyer sur un bouton d’urgence. Ca rassure à tous les niveaux, les voyageurs, mais aussi les directions sûreté ou de mobilité internationale des entreprises. En cas d’appel d’urgence, elles sont averties automatiquement par notre plateforme. Elles sont sûres que le problème sera traité, que la personne sera prise en charge. Sans les tenir au courant minute par minute, elles reçoivent des messages au démarrage du déploiement de l’équipe, lors de la récupération, puis des comptes-rendus sur tout ce qui a été fait. Pour elles, c’est très important d’avoir cette réponse pragmatique.

Comment Ilios accompagne-t-il les voyageurs en amont de leur déplacements ?

T. J. – A travers l’analyse de leur mission au sens large. Quels sont les risques quand le voyageur arrive à l’aéroport, lorsqu’il récupère ses bagages, au moment où il va prendre son taxi. Quels sont les risques lorsqu’il arrive à son hôtel ? Et quel hôtel choisir, quelles sont les boîtes de nuit à éviter ? Nous ne préconisons pas toujours un établissement de marque internationale d’ailleurs. Le fait que tous les expatriés, tous les occidentaux soient dans un même hôtel, peut présenter un risque dans certains pays. Parfois, nous préférons orienter le voyageur vers un lieu plus discret. De manière générale, nous essayons d’organiser la mission autour d’un triangle d’or intégrant l’hôtel, les lieux de rendez-vous, l’ambassade et l’aéroport afin de dresser une cartographie autour de ça et de ne pas s’en éloigner.

Tout ceci concerne la sécurité. Votre système d’assistance intègre-t-il aussi une dimension médicale ?

T. J. – Les deux sont indispensables. Au départ, Ilios International est une société de sûreté, mais nous avons eu à gérer des cas où la thématique médicale ou paramédicale a été très importante. Quand on récupère quelqu’un dans un état difficile, il faut être capable d’assurer derrière une permanence médicale, ou paramédicale, l’amener à un point de stabilisation s’il est transportable. Puis, derrière, pousser les informations sur l’état de santé de la personne à la société d’assistance médicale de l’employeur. Charge à elle, ensuite, de récupérer la personne, de prendre en charge les frais médicaux ou un éventuel rapatriement.

Des interventions où la composante médicale est présente.

Au final, comment Ilios International se positionne-t-il sur ce marché ?

T. J. – Il y a quelques années, je vous aurais dit que nous étions uniquement une société de sûreté. Aujourd’hui, je dirais que nous sommes un peu entre tout le monde, entre les assisteurs détenus par des assurances et les sociétés de sûreté portées par d’anciens militaires. Par exemple, un Europ Assistance ou un AXA assistance ne va jamais faire du sécuritaire, tandis qu’un Amarante ou un Geos ne fera pas de médical. A part Ilios, il n’y a presque rien entre les deux.

Excepté un acteur majeur…

T. J. – En effet, il y a International SOS. Mais ils sont sur une autre planète avec leurs 15 000 salariés, leur offre calibrée pour les grands groupes et les institutions, mais moins pour les PME et ETI. De notre côté, nous avons comme clients aussi bien des PME que de grands groupes, avec une offre assez flexible, un modèle fondé sur un prix fixe par déplacement. Pour que tout le monde y trouve son compte.