E. Van Der Graff (Accor) : « Amsterdam est un marché privilégié »

Erwin Van Der Graff, vice-président des opérations des hôtels Accor pour le Benelux et la région DACH, revient sur les forces du marché à Amsterdam et les atouts des hôtels de son groupe dans la ville.
Erwin Van Der Graff, vice-président des opérations des hôtels Accor pour le Benelux et la région DACH
Erwin Van Der Graff, vice-président des opérations des hôtels Accor pour le Benelux et la région DACH

Accor est aujourd’hui un des groupes hôteliers les plus représentés à Amsterdam. Comment expliquez-vous ce vaste portefeuille dans la ville ?

Erwin Van Der Graff – En premier lieu par notre présence à Amsterdam depuis les années 70. En plus de 50 ans, nous avons réussi à étendre notre portefeuille pour atteindre les 25 hôtels, en comprenant les établissements de l’aéroport. Ce qui fait de nous à la fois le plus grand opérateur de la ville avec 5 500 chambres au total, mais aussi celui qui dispose du plus grand nombre de marques avec bientôt 13 enseignes cet été, avec l’arrivée de l’Handwritten Collection à travers l’ouverture du Grand Canal Boutique Hotel Amsterdam. Et cela, alors qu’un Mama Shelter est aussi attendu d’ici 2027. Notre offre couvre ainsi tout le spectre, allant du luxe avec Sofitel Legend et MGallery au lifestyle avec The Hoxton et Tribe, en passant par nos marques premium Mövenpick et Swissôtel et nos enseignes historiques Novotel, Mercure et Ibis, jusqu’aux longs séjours avec Adagio.

Avoir déjà une offre déjà importante est-il un atout alors que la ville limite le développement hôtelier pour éviter le surtourisme ?

E. V. d. G. – En effet. Il n’y a plus beaucoup de projets de construction à Amsterdam avec ce moratoire établi il y a plusieurs années. Pour autant, cela ne signifie pas qu’aucun nouvel hôtel ne sera inauguré. Lorsque le moratoire a été instauré, environ 6 000 nouvelles chambres avaient déjà programmées et les permis accordés. Des hôtels continueront à ouvrir, comme le Maritim, le Rosewood ou d’autres projets plus petits. Par ailleurs, les villes en périphérie d’Amsterdam ne relèvent pas de la juridiction d’Amsterdam et peuvent toujours accueillir de nouveaux établissements, par exemple Amstelveen ou la zone autour de l’aéroport de Schiphol, qui n’est qu’à une dizaine de minutes du centre d’Amsterdam.

Le Sofitel Legend Le Grand va entamer une phase de transformation courant sur deux ans.

Comment l’activité de vos hôtels se répartit-elle entre voyages d’affaires et séjours loisirs ?

E. V. d. G. – C’est à peu près du 50-50, un mélange équilibré qui explique aussi pourquoi notre offre est si diversifiée. Si le tourisme baisse, le segment corporate est là pour compenser. Si les entreprises sont en difficulté, le tourisme est toujours présent. Amsterdam est un marché privilégié et c’est la raison pour laquelle tous les hôteliers souhaitent être ici. La métropole profite de nombreux atouts, que ce soit la force de son aéroport – le troisième en Europe -, la qualité de ses connexions en TGV, la capacité d’accueil de salons et d’événements comme, naturellement, son centre historique classé à l’UNESCO ou ses musées de portée internationale. Et c’est une petite ville, avec moins d’un million d’habitants, où tout peut se faire à pied ou à vélo, voire en transports en commun, sans même de prendre un taxi, rendant cette ville très facile à visiter. C’est probablement l’une des clés de son succès.

La ville est-elle aussi attractive pour les événements d’entreprise ?

E. V. d. G. – L’année 2024 a été très bonne avec la reprise des voyages long-courriers, ce qui est favorable au marché MICE, cette tendance devant se poursuivre en 2025. Il y a évidemment beaucoup d’événements au RAI, mais nous ne pouvons pas dépendre de 10 grands salons par an. Nous avons également besoin d’accueillir des événements d’entreprises dans nos hôtels. Et Accor dispose à cet effet de plusieurs grands hôtels dédiés au MICE, par exemple le Mövenpick en centre-ville, le Novotel à l’aéroport ou encore, près du RAI, un Mercure et un Novotel qui, combinés, offrent une immense capacité d’accueil pour les événements. 

Quels sont les principaux secteurs économiques qui soutiennent l’activité de vos hôtels ?

E. V. d. G. – De nombreuses entreprises sont présentes ici, en raison notamment d’avantages fiscaux. Stellantis est basé à Amsterdam, Uber et Netflix ont des bureaux importants. Booking, bien sûr, y a son siège. Le secteur financier, déjà très solide, a été renforcé par le Brexit, de nombreuses institutions ayant quitté Londres pour s’installer à Amsterdam. De la même manière, l’agence européenne des médicaments a déménagé ici, alors qu’Amsterdam est aussi en pinte pour l’industrie pharmaceutique. Le secteur IT aussi est très fort. Ce qui est positif à Amsterdam, c’est que les secteurs sont extrêmement variés Si l’un rencontre des difficultés, nous avons d’autres options sur lesquelles compter.

Comment voyez-vous la politique de la ville pour lutter contre le surtourisme ?

E. V. d. G. – Amsterdam a substantiellement augmenté la taxe de séjour en 2024 pour tenter de limiter le nombre de visiteurs, puis c’est au tour d’une augmentation de la TVA cette année. Le surtourisme pose des défis, la municipalité ne désire pas qu’Amsterdam soit transformée en la prochaine Venise ou Dubrovnik. Mais, pour notre industrie, ces augmentations nous préoccupent. Bien sûr, Amsterdam souhaite un tourisme de qualité, moins d’enterrements de vie de garçon par exemple. Mais un étudiant qui vient visiter les musées, n’est-ce pas du tourisme de qualité ? Il est important que la ville reste accessible à tous, indépendamment de son budget.

Ces augmentations pourraient-elles jouer sur l’attractivité de la destination pour les touristes d’affaires ?

E. V. d. G. – Les organisateurs de grands congrès attribuent leurs événements plusieurs années à l’avance. De même pour les compagnies de croisière qui commercialisent leurs itinéraires trois ans en amont. Dès lors, décider d’augmenter substantiellement la taxe de séjour ou le taux de TVA à brève échéance n’est pas considéré comme une politique fiable aux yeux des organisateurs, c’est ce que nous entendons. Il aurait mieux valu annoncer ces changements à venir plusieurs années à l’avance, permettant aux organisateurs d’anticiper cette hausse. Ou alors faire les choses plus progressivement.

Revenons à vos hôtels. En 2022, vous avez ouvert un Mercure et un Tribe dans le nouveau quartier d’Amsterdam Nord. Et un hôtel Mama Shelter est attendu non loin de là, dans la zone des anciens chantiers navals NDSM. Cette partie de la ville est-elle devenue attractive ?

E. V. d. G. – Nous étions un peu inquiets de cet emplacement, craignant que nos hôtels soient trop éloignés, mais ces deux établissements connaissent un grand succès depuis leur ouverture. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils se trouvent juste à côté du terminus du nouveau métro. Vous pouvez facilement rejoindre le centre en un rien de temps, y stationner votre voiture dans une zone sûre. Ainsi, pour aller d’Amsterdam Nord au centre de congrès, il ne fait que que 15 minutes. De même, le ferry conduisant vers le quartier NDSM fait maintenant si souvent des allers-retours que le lieu est devenu à la mode. Si vous m’aviez demandé il y a sept ou huit ans si un jour j’irais dîner dans ce quartier, je vous aurais probablement ri au nez. Aujourd’hui, c’est le lieu tendance avec de nouveaux restaurants, une vie nocturne.