
L’élévation du conflit entre Israël et l’Iran a-t-elle engendré une période d’intense activité chez International SOS ?
Béatrix Renaut – Effectivement, avec cette nouvelle vague d’hostilités entre l’Iran et Israël, nous avons été fortement mobilisés. En premier lieu, nos clients nous ont fortement sollicité pour avoir des informations, des réponses aux questions que tout le monde se posait. Que se passe-t-il et comment la situation peut-elle évoluer ? Quelles conséquences pour mes collaborateurs au Proche et au Moyen-Orient ? Entre autres questions d’ordre plus pratico-pratique, sur l’état des frontières et la fermeture des espaces aériens. Ensuite, très rapidement sont venues des demandes d’évacuation. Certaines entreprises l’ont envisagé dès le vendredi 13 juin après-midi, juste après les premiers bombardements israéliens dans la nuit du 12 au 13. Ces évacuations ont ensuite réellement commencé le dimanche, après le shabbat.
Avez-vous reçu beaucoup de demandes d’évacuation ?
B. R. – A date, on a évacué près de 400 personnes, un chiffre assez conséquent. Ces demandes d’évacuation venaient de tous les pays, d’entreprises autant anglaises que françaises, allemandes ou américaines, tous secteurs confondus, infrastructures, tech, ingénierie entre autres. Nous avons aussi comme clients beaucoup d’universités et nous avons eu des demandes pour faire sortir un certain nombre d’étudiants en échange ou en stages. Par rapport aux épisodes de tension précédents, cette crise avait quelque chose de différent, avec une fermeture de l’espace aérien israélien qui s’est prolongée dans le temps. On le voit dans les crises de cette configuration : lorsque l’aéroport n’est plus opérable, les gens se sentent rapidement pris au piège.
Avec des liaisons aériennes suspendues, comment vous êtes-vous organisés ?
B. R. – L’espace aérien israélien étant fermé, il s’est agi d’organiser des convois par voie routière, donc de taille plus limitée que pour un vol charter. Mais on a aussi fait une évacuation par voie maritime, vers Chypre. Et cela dans les deux sens, parce qu’on avait aussi des Israéliens qui voulaient regagner leur pays. Dans ce cadre, pour un groupe d’Israéliens, nous avons aussi pu mettre en place un vol charter qui faisait Athènes-Aqaba, avec un passage de frontières en Jordanie pour qu’ils puissent se rendre à Eilat. Mais, plus généralement, nous sommes essentiellement passé par la Jordanie, au point de passage Sheikh Hussein Bridge, puisque les autres points de passage en Cisjordanie n’étaient pas envisageables compte tenu du climat sécuritaire. C’est donc ce point de passage-là, à une heure et demie de route de Tel-Aviv et deux heures d’Amman, qui a beaucoup servi. Nos évacués n’étaient pas les seuls à passer par là.
Ces évacuations par voie routière ne sont-elles pas plus complexes à organiser ?
B. R. – En effet. Et pour cela, nous nous sommes appuyés sur nos partenaires sûreté et logistique sur le terrain. S’ensuit une planification extrêmement minutieuse sur la façon de récupérer chez eux les évacués et leurs familles, dans quel ordre, pour ensuite les amener vers le point de regroupement. Des bus ont été loués pour faire converger le plus grand nombre vers le poste frontalier avec la Jordanie. S’ajoutent à cela d’autres problématiques comme une liste des personnes à évacuer qui peut changer cinq minutes avant le départ du convoi, la possibilité que les sirènes d’alerte se déclenchent quand on est sur la route, nécessitant de s’arrêter. Une fois arrivé à la frontière, il faut avoir les papiers en bonne et due forme, pour certaines nationalités de la documentation supplémentaire. Les personnes passaient trois à quatre heures, voire plus longtemps pour certains. De là, notre partenaire de l’autre côté de la frontière s’est occupé de les acheminer jusqu’à Amman, de réserver les chambres d’hôtel et les billets d’avion jusqu’à destination.
Avec l’annonce récente d’un cessez-le-feu, la situation est-elle en voie d’amélioration ?
B. R. – Pour nous, la crise est terminée. Nous nous sommes démobilisés au lendemain de son annonce. Mais ce retour à la normale ne veut pas dire que nous ne continuons pas d’avoir des questions sur la situation régionale, sur nos préconisations voyages, l’opérabilité de l’espace aérien. Puis viendra aussi la question du retour. Même si la situation est stabilisée, elle reste volatile. On va donner du temps au temps, celui de voir si le cessez-le-feu tient effectivement, ce que donneront les pourparlers diplomatiques. Alors que nous avions allégé le niveau d’évacuation à « stand-by » pour Israël en début d’année, nous avons été contraints de le rehausser après le 13 juin, recommandant l’évacuation des personnels non-essentiels. Quand on apporte un tel changement, ça a des conséquences non négligeables sur les précautions qu’adoptent les entreprises. Certes, on constate une désescalade, mais on reste prudent. Et je pense que les entreprises le seront aussi. Avec l’été, les congés qui approchent, je ne suis pas certaine que la décision soit prise de renvoyer leurs collaborateurs sur place avant septembre, le temps d’avoir des indicateurs un peu plus rassurants.
Plus globalement, quelles sont les préconisations d’International SOS pour les pays de la région ?
B. R. – Pour Israël, on conseille de sursoir aux déplacements jusqu’à nouvel ordre, même si l’aéroport Ben Gourion est opérationnel, que l’espace aérien est ouvert et que le retour au « business as usual » s’est fait très rapidement à la fin de l’état d’urgence. Pour l’Iran, l’espace aérien demeurant notamment fermé jusqu’à début juillet, ce conseil va jusqu’au 15 juillet. En ce qui concerne la Jordanie, nous avons un temps conseillé de suspendre les déplacements parce que l’espace aérien pouvait être sujet à des fermetures et qu’il y avait une grosse pression sur l’aéroport d’Amman, qui servait de plate-forme pour les évacuations. Mais on a revu ce conseil et les déplacements peuvent reprendre tout à fait normalement. Et il en va est de même pour les pays du Golfe, le Koweit, Oman, le Qatar, voire l’Égypte, la Turquie ou l’Arabie Saoudite, pour lesquels nous n’avions pas recommandé de sursoir aux déplacements tout en mettant en garde contre des possibles impacts sur les liaisons aériennes.
Les aéroports de Dubaï ou de Doha ont également été les victimes corollaires de la crise. Quelles ont été les réactions de vos clients face à cette situation ?
B. R. – Au pic de la crise, sans que les pays du Golfe soient directement affectés, des entreprises ont pris la décision de sursoir aux déplacements vers les Emirats, pour prévenir la possibilité que les déplacements soient impactés par la fermeture des espaces aériens ou par des changements d’itinéraires. Au-delà du conflit entre l’Iran et Israël, une réflexion plus globale a été menée sur les déplacements au plan régional. Nous avons reçu beaucoup de demandes de consulting d’entreprises qui nous disaient : j’ai des bureaux à Dubaï, aussi quel pourrait être l’impact d’une escalade régionale sur mes collaborateurs et sur mon activité aux Emirats ? Nous avons été fortement sollicités pour la construction de plans de sûreté et de gestion de crise. Nous encourageons à se poser ce genre de questions en temps de paix plutôt que de crise. Mais mieux vaut se poser la question trop tard que jamais. Pour certaines entreprises, ça a été un coup de semonce, l’accélérateur de la mise en place de procédures, de l’information des collaborateurs sur les risques. On sent un nouvel élan pour sensibiliser sur ces différentes thématiques.




















