
Serait-ce en réponse aux annonces tonitruantes de Donald Trump, qui se succèdent à un rythme effréné ? Toujours est-il que la cadence des mises à jour du Henley Passport Index semble s’accélérer. En octobre dernier, les auteurs du rapport pointaient d’ailleurs des trajectoires contraires entre les Etats-Unis et la Chine, avec une perte d’influence sensible du passeport US. Il faut dire que la « diplomatie » américaine n’est pas toujours de nature à ouvrir ses frontières les bras grands ouverts…
Certes, les États-Unis reviennent dans le top 10 après l’avoir brièvement quitté à la fin de l’année 2025. « Mais cette reprise masque un déclin à plus long terme pour les États-Unis comme pour le Royaume-Uni, qui occupaient conjointement la 1re place en 2014 », comme le soulignent les auteurs du rapport. Les deux pays ont enregistré en 2025 le recul le plus fort quant au nombre de pays accessibles sans visa – le critère de classement du Henley Passport Index. Et sur le plus long terme, en deux décennies, ils ont respectivement perdu six et quatre places.

« Le pouvoir des passeports reflète en fin de compte la stabilité politique, la crédibilité diplomatique et la capacité à définir les règles internationales », analyse Misha Glenny, journaliste et recteur de l’Institut des sciences humaines de Vienne. « Au moment où les relations transatlantiques se tendent et que la politique intérieure devient plus volatile, l’érosion des droits à la mobilité pour des pays comme les États-Unis et le Royaume-Uni est moins une anomalie technique que le signal d’un réétalonnage géopolitique plus profond ».
Autre tendance forte : le hiatus entre l’accès au territoire des Etats-Unis et celui garanti par le passeport US. Les détenteurs d’un passeport américain bénéficient d’un accès sans visa à 179 destinations, tandis que les États-Unis n’autorisent que 46 nationalités à entrer sur leur territoire sans visa préalable. Une donnée qui place les USA au 78e rang de l’indice Henley de l’ouverture, avec l’un des écarts les plus larges du monde entre la mobilité vers l’extérieur et l’accès à l’intérieur du pays. A l’inverse, la Chine joue la carte de l’ouverture, avec plus de 40 pays ajoutés en deux ans à la liste des passeports acceptés sans visa, qui atteint désormais 77 nationalités. En parallèle, la Chine a progressé de 28 places sur la décennie écoulée, pour atteindre la 59e place avec un accès à 81 destinations sans visa.
« L’équilibre mondial des pouvoirs est visiblement en train de changer, marqué par l’ouverture renouvelée de la Chine et le repli nationaliste des États-Unis », résume Tim Klatte, associé chez Grant Thornton China. « À une période où les pays rivalisent de plus en plus pour exercer une influence par la mobilité, l’ouverture devient un élément crucial de cette puissance discrète ».
Sur cet échiquier international en plein « blitz », certaines pièces offrent encore des gages de stabilité. A commencer par Singapour et les pays européens, qui maintiennent leur hégémonie dans ce palmarès 2026. Tamponné, et même double tamponné : le passeport de la Cité État ouvre aujourd’hui les portes de 192 destinations sans visa. Le Japon et la Corée du Sud complètent le podium, avant un « tir groupé » du Vieux continent.

Henley Passport Index 2026 : le Top 10
- Singapour — 192 destinations sans visa
- Japon et Corée du Sud — 188 destinations
- Danemark, Luxembourg, Espagne, Suède et Suisse — 186 destinations
- Autriche, Belgique, Finlande, France, Allemagne, Grèce, Irlande, Italie, Pays-Bas et Norvège — 185 destinations
- Hongrie, Portugal, Slovaquie, Slovénie et Émirats Arabes unis — 184 destinations
- Croatie, Tchéquie, Estonie, Malte, Nouvelle-Zélande et Pologne — 183 destinations
- Australie, Lettonie, Liechtenstein et Royaume-Uni — 182 destinations
- Canada, Islande et Lituanie — 181 destinations
- Malaisie — 180 destinations
- États-Unis — 179 destinations

En marge de ce top 10, le rapport Henley & Partners pointe une évolution à deux vitesses en matière de mobilité internationale. Ses auteurs déplorent « un fossé grandissant entre les populations les plus et les moins mobiles du monde ». « Au cours des 20 dernières années, la mobilité mondiale s’est beaucoup développée, mais ses avantages ont été répartis de manière inégale », estime Christian H. Kaelin, président de Henley & Partners. « Aujourd’hui, le privilège du passeport joue un rôle décisif dans la détermination des possibilités, de la sécurité et de la participation à la vie économique ».

















