L’effet « Trump » commence à se faire ressentir sur le trafic aérien

Le gouvernement de Donald Trump ne semble guère être un atout ("trump" en anglais !) pour le transport aérien. Les signes d'un ralentissement du trafic aérien aux Etats-Unis et sur les lignes internationales se multiplient...
Etats-unis effet Trump
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On savait que l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche s’apparenterait à une vraie révolution dans la conduite des affaires de la première puissance mondiale. La suractivité déployée par le nouveau gouvernement américain du président génère quotidiennement la surprise, souvent l’incompréhension, et, de plus en plus, un rejet – voire la colère dans le monde.

Certaines décisions – la dernière en date étant un durcissement des conditions d’attribution de visas de tourisme à une quarantaine de pays, commencent ainsi à peser sur l’activité aérienne. On peut également citer les incertitudes de l’administration américaine sur la hausse des droits de douane ou sur la conquête de territoires – Canada et Groënland. Ou encore, la suspension des contributions des Etats-Unis dans les institutions internationales (voir plus bas l’exemple de Genève).

Les voyages, premier poste sacrifié des entreprises et consommateurs américains

Toutes ces décisions sont les prémices d’un ralentissement prononcé de la demande de voyages. Sur le plan intérieur, la fermeture d’agences fédérales et d’institutions soutenues par des budgets gouvernementaux, provoque l’anxiété des consommateurs américains. L’incertitude qui pèse sur de nombreux ménages commence à se traduire sur une révision des intentions de voyage. De plus, la fermeture d’agences fédérales réduit automatiquement les déplacements professionnels. Delta Air Lines estime que les voyages de ces institutions représentent de 2% à 4% du volume des déplacements aériens!

L’agence de presse Reuters a rapporté que les dirigeants des quatre plus importantes compagnies aériennes américaines (American Airlines, Delta Air Lines, Southwest et United Airlines) constatent ainsi un ralentissement de la demande.

La semaine dernière, American a annoncé prévoir une perte financière plus importante pour le premier trimestre en raison d’un fort ralentissement des recettes. Southwest Airlines a réduit ses prévisions de revenus pour le premier trimestre, citant moins de voyages gouvernementaux outre l’impact des incendies de forêt en Californie. United n’est guère plus optimiste. La compagnie US pense que ses bénéfices du 1er trimestre se situeront désormais dans la partie inférieure de ses prévisions. La compagnie indique que les voyages des fonctionnaires a baissé de 50% depuis l’arrivée de Donald Trump… Enfin, Delta a réduit de moitié ses estimations de bénéfices.

Le « 51ème Etat des Etats-Unis » fait plonger le trafic entre Canada et USA

La politique de l’administration Trump a également des conséquences à l’international. Les saillies de Donald Trump sur le Canada, « futur 51ème Etat de l’Union », ont provoqué un mouvement de boycott des Canadiens vers les Etats-Unis.

Le nombre de Canadiens se rendant en voiture aux Etats-Unis a baissé de 23% en février selon Statistiques Canada. Côté aérien, la baisse est moins sensible. Si l’on compare février 2025 aux 28 premiers jours de 2024, le recul s’établit à 11%. Le transporteur canadien Westjet a déjà fait état d’une baisse de la demande de 25% pour les Etats-Unis sur les prochains mois, remplacés par les Caraïbes et le Mexique.

Air Canada a commencé à réduire ses fréquences sur les destinations loisirs aux Etats-Unis comme l’Arizona, le Nevada ou la Floride. Tandis que United Airlines a annoncé ajuster son programme de vols transfrontaliers. Le boycott risque de prendre encore davantage d’ampleur après que l’administration Trump a décidé le 9 mars d’imposer l’enregistrement obligatoire des citoyens canadiens souhaitant séjourner plus de 30 jours aux Etats-Unis. Un programme que la Maison Blanche a nommé « Protéger les Américains contre une invasion« …

Quand les Etats-Unis plombent l’économie de Genève

Exemple des effets induits de cette politique hors des Etats-Unis : la ville de Genève. Son économie est en effet fortement dépendante d’institutions internationales. S’y ajoutent l’activité d’Organisations non gouvernementales (ONG). Selon les chiffres de la Confédération suisse, Genève abrite 43 organisations internationales et environ 750 ONG ? Soit environ 32 000 fonctionnaires internationaux, diplomates et représentants de la société civile. La « Genève internationale » génère plus de 5 000 conférences par an organisées en présentiel, en téléconférence ou en hybride et suivies par plus de 520 000 délégués du monde entier.

Une surprenante victime de la politique de Donald Trump : Genève et ses institutions internationales (Photo: Luc Citrinot)

Le retrait des Etats-Unis des agences onusiennes que sont l’OMS (Organisation internationale de la santé) et l’OIM (Organisation internationale pour les migrations de l’ONU) se traduisent par des budgets en baisse de 25% à 50%. Avec à la clé d’innombrables licenciements qui vont peser sur l’activité internationale de la cité suisse. L’ONU et les ONG génèrent plus de 6,5 milliards de francs suisses de retombées économiques. Certains économistes pensent que cette contribution pourrait maintenant baisser de 50%.

Cette situation a forcé le canton et la ville de Genève à intervenir pour soutenir son secteur international. Un fonds et des crédits de 12 millions de francs suisses sont attribués pour des indemnités aux travailleurs licenciés et pour permettre la poursuite des activités de certaines ONG.

Les consommateurs européens commencent également à suivre le mouvement canadien en boycottant les produits et la destination Etats-Unis. Le mouvement prend de l’ampleur en Scandinavie, en Allemagne et débute en France.

Au Salon Mondial du Tourisme à Paris, un tour opérateur français indiquait que la demande pour des voyages aux Etats-Unis était effectivement en baisse. Et avec les éventuels nouveaux droits de douane de l’administration Trump contre les produits européens, les voyages d’affaires risquent fort d’entrer aussi dans la tourmente.