MICE : Détroit, ville phénix des Grands Lacs

Détroit renaît après des décennies de difficultés, et fait l’objet d’un vaste projet de relance urbaine marqué par la réhabilitation d’édifices historiques et des constructions futuristes.
Vue de Detroit avec la nouvelle Tour Hudson's
Vue de Detroit avec la nouvelle Tour Hudson's

Détroit, c’est l’histoire d’une ville qui fut à son âge d’or la capitale mondiale de l’automobile grâce aux « Big Three », Ford, Chrysler et General Motors, avant de connaître une chute vertigineuse, passant de 1,8 million d’habitants dans les années 1950 à 645 000 aujourd’hui. Tombé de la 4ème à la 18ème place des villes américaines, la cité du Michigan connaît toutefois une renaissance depuis sa retentissante faillite en 2013. Sa devise suite à l’incendie de 1805 qui la ravagea n’était-elle pas déjà « Nous espérons des temps meilleurs. Nous renaîtrons de nos cendres » ?

Le renouveau de son downtown est notamment à mettre au compte du milliardaire Dan Gilbert. Ce natif de Détroit a multiplié les constructions et racheté une partie des bâtiments historiques abandonnés durant la crise afin de les rénover pour faire revenir habitants et sociétés. Lui-même y a déménagé les quelque 30 000 employés de ses différentes entités de son groupe immobilier et financier Bedrock. Fort de ce retour en grâce, la cité des Grands Lacs attire de nouveau les visiteurs, séduits par son histoire, sa culture, son architecture, son offre sportive, sa nature au parc de Belle Isle sans oublier sa musique.

« Détroit devrait à terme franchir le cap des 25 millions de visiteurs par an. Nous accueillons chaque année des évènement de plus en plus grands, qui comptent aux Etats-Unis », confie Andrea Cadotto, vice-président des Ventes de l’office du tourisme Visit Detroit. « Pour le tourisme en général et le MICE en particulier, Détroit est une ville passionnante, accueillante, ouverte à la diversité », souligne-t-il rappelant qu’elle est « la 2ème ville afro-américaine aux USA derrière Memphis ».

Un peu d’histoire… française

On le sait peu de ce côté de l’Atlantique mais Détroit possède des racines françaises. La ville est en effet bâtie sur l’ancien Fort Ponchartrain du Détroit fondée en 1701 par l’explorateur Antoine Laumet de la Mothe-Cadillac avant de devenir anglaise en 1760 puis américaine quelques décennies plus tard. Ville ouvrière bien avant l’automobile, elle dut son premier fulgurant développement au XIXème siècle au commerce dans cette région des Grands Lacs des matières premières nécessaires à la première révolution industrielle. Ce savoir-faire ouvrier sera un atout lors de la naissance de l’automobile et de la mise en place du fordisme. Jusqu’aux années 1970, Détroit fit ainsi partie de la Manufacturing Belt, allant chercher sa main d’œuvre parmi les afro-américains du Sud des Etats-Unis, une population qui représente aujourd’hui plus de 80% de ses habitants. Ainsi, la ville n’échappera pas aux conflits raciaux marqués par de violentes émeutes en juillet 1967 à l’orée de la crise économique.

La France est également bien représentée par sa peinture du XVIIIème siècle aux artistes impressionnistes exposés au Detroit Institute of Arts (DIA). Ce musée des beaux-arts est l’un des plus réputés des USA grâce aux collections constituées et cédées par les grands industriels de la ville. Parmi ses nombreux trésors, il ne faut également pas louper les fresques réalisées par le peintre mexicain Diego Rivera qui a représenté la chaine de montage d’une automobile suite a ses visites de l’usine Ford River Rouge (du nom français de la rivière traversant le complexe automobile).

Diego Rivera
Fresque de Diego Rivera, Detroit Institute of Arts

Une ville laboratoire architectural

Côté architecture, la cité du Michigan évoque Chicago et New York par ses gratte-ciels, mais aussi Washington avec sa place centrale, le Campus Martius Park, Champ de Mars point de départ des grandes avenues de la ville. Détroit est d’ailleurs classée « Ville design » par l’Unesco pour l’importance de son patrimoine architectural. Le recours à une guide française sur place permet de ne pas passer à côté de quelques trésors comme le Ford Building, l’un des gratte-ciel les plus anciens (1908), ou du lobby de style Beaux-Arts du Dime Building (1912), banque où l’on pouvait ouvrir un compte avec seulement un dime, dix cents en poche.

La culture amérindienne est, elle, mise à l’honneur en 1928 sur les façades Art-Déco et les halls du Penobscot Building et du Gardian Building, ce dernier étant considéré comme « la cathédrale de la finance ». Datant de 1962, la tour One Woodward Avenue est l’œuvre de l’architecte Minoru Yamasaki qui fit ici ses gammes avant son œuvre phare des twin towers du World Trade Center de New York. Composé de 7 tours, le Renaissance Center reste le plus haut building de Détroit avec ses 230 mètres, bel exemple d’architecture brutaliste qui participait déjà dans les années 1970 d’une tentative de relance économique de Détroit.

Faisant face à la rivière et à la ville canadienne de Windsor en Ontario, le « RenCen » abrite un hôtel Marriott et, pour quelque temps encore, le siège social de General Motors ainsi qu’un étonnant show room de véhicules de collection et récents de la marque. GM doit en effet déménager en centre-ville dans la nouvelle tour financée par Dan Gilbert en lieu et place de ce qui fut Hudson’s, le 2ème plus grand magasin des USA où travaillaient 12 000 employés, fermé dans les années 1980 avant d’être rasé en 1998.

Pour ne pas faire d’ombre au « RenCen », la hauteur de la nouvelle tour Hudson’s Detroit a été limitée de quelques mètres ce qui ne l’empêche pas de sembler la plus élevée du downtown. C’est aussi à la générosité de Dan Gilbert que l’on doit la réhabilitation grandiose du tandem Book Tower-Book Building, ensemble d’immeubles néo-Renaissance construits à partir de 1917, les frères Book ayant voulu faire du Washington Boulevard l’équivalent de la 5ème avenue à New York. Un projet qui sombra avec la crise de 1929. La Book Tower abrite aujourd’hui un hôtel de luxe qui fut en 1926 la plus haute tour de la ville (145 m) et qui est réputée pour posséder le haut escalier extérieur de secours des Etats-Unis.

« Beaucoup d’habitants qui étaient partis et qui ont réussi reviennent aujourd’hui pour participer à cette aventure. D’autres investissent à distance. Détroit est un peu devenue une ville test que l’on vient étudier du monde entier pour sa renaissance », précise Andrea Cadotto. Si la ville se rénove un peu plus chaque année, des dizaines de milliers de maisons et bâtiments ont disparu du paysage au plus fort de la crise (où 78 000 édifices étaient abandonnés), remplacés par des parkings ouverts, des pelouses ou des jardins communautaires. Après plusieurs jours sur place, Détroit apparait ainsi comme très paisible voire un peu vide en semaine, la ville se métamorphosant seulement les jours de matches, les stades de baseball, basketball, football américain ou hockey sur glace ayant été relocalisés en centre-ville. Assister à un match de l’équipe de hockey des Red Wings ou des Tigers en baseball est une véritable expérience pour l’ambiance. Ces équipes appartiennent à la famille Ilitch, second mécène de Détroit qui a fait fortune grâce à sa chaîne de pizzerias Little Caesars.

Tigers
Match de baseball des Tigers

Michigan Central Station, témoignage de la renaissance de Détroit

A l’ouest de downtown, Corktown, plus vieux quartier de la ville (1834) qui attira en masse les immigrés irlandais, vaut le détour pour la gare Michigan Central de style Beaux-Arts. L’imposant bâtiment déserté en 1988 failli lui aussi disparaitre sous les pelleteuses avant son rachat en 2018 par Ford Motor Co. et sa réhabilitation. Outre des commerces et restaurants, un petit musée présente ce travail méticuleux de restauration. La gare est aujourd’hui un lieu évènementiel qui permet de profiter de ses vastes espaces nus, les étages supérieurs étant occupés par un hub de sociétés dans l’innovation et les nouvelles technologies. L’installation d’un hôtel y est également envisagée. Accueillant des startups ou des espaces de coworking, d’autres bâtiments historiques alentours renommés The Factory ou The Newlab ont également été rénovés dans le cadre de la revitalisation de cet ancien quartier industrieux.

Une ville qui célèbre le Street art et la musique

Eastern Market
Murals dans l’Eastern Market

A l’Est de la ville, cap sur l’Eastern Market où un vaste marché déploie ses étals les mercredis et samedis. Dans ce quartier en pleine gentrification, ces halles sont entourées de restaurants et bars branchés, galeries d’art, brasseries… Et surtout de dizaines de murals, œuvres de street art attirant les visiteurs en solo mais aussi les groupes guidés. Le quartier compte aussi quelques magasins de disques et salles de concert dans ce qui fut autrefois « Paradise Valley » aux nombreuses boîtes de jazz et de blues. Mais côté musique, la principale attraction de Détroit demeure le Motown Museum qui célèbre l’histoire de la célèbre maison de disques des Supremes (Diana Ross), Martha and the Vandellas, Stevie Wonder, Marvin Gaye, Smokey Robinson…

Motown
Motown Museum

Le musée présente ses innombrables collections dans deux des huit maisons que le label possédait dans les années 1960 sur West Grand Boulevard afin d’abriter ses différentes activités : enregistrement, répétition, production, ventes et marketing, hébergement des artistes… Le producteur Berry Gordy prenait en effet en charge tous les aspects de la carrière de ses poulains, certains étant encore mineurs comme les Jackson 5. Premier label noir indépendant aux USA, la Motown était également très engagée dans la lutte pour les droits civiques aux côtés du pasteur Martin Luther King. La visite s’achève par la découverte du mythique et pourtant exigu Studio A où furent enregistrés certains de ses plus grands succès dont My girl des Temptations. Un nouveau complexe est en cours de construction à l’arrière du musée afin d’abriter des espaces d’exposition supplémentaires notamment pour l’accueil d’évènements privés, une salle de concert, un restaurant et une boutique de souvenirs digne de ce nom.

Une journée chez Henry Ford

Au pays de l’automobile, le Henry Ford Museum vaut a lui seul le détour, plus grand ensemble muséal des Etats-Unis situé à Deadborn, dans la banlieue de Detroit, entre l’usine du groupe, son centre de recherche, ses bureaux et son siège social. La journée débute par le Henri Ford Museum of American Innovation dont les galeries abritent une incroyable collection de 150 véhicules depuis la première Duryea (1896) en passant par l’incontournable Ford T (1908), le bus jaunes dans lequel Rosa Parks a été arrêtée (1955) et les limousines présidentielles dont celle de l’assassinat de Kennedy (1963). Mais aussi les premières machines industrielles et agricoles, les premiers vélos, des voitures de course emblématiques, des avions d’exploration polaire et des locomotives dont l’impressionnante Allegheny des années 1940 longue de 40 mètres.

Henri Ford Museum
Limousines présidentielles au sein du Henri Ford Museum of American Innovation

Le Ford Rouge Factory Tour vous entraine ensuite jusqu’à l’usine Ford, vaste complexe industriel aux forges intégrées. Le parcours débute ici par un film sur l’histoire d’Henry Ford et de sa marque avant un show bourré d’effets spéciaux sur les étapes de construction du pickup F-150. Puis, clou de la visite, le tour se poursuit par une découverte depuis une galerie haute de la plateforme d’assemblage d’où sortent chaque jour 1200 pickups. L’occasion de découvrir que le fordisme est toujours bien vivant dans les murs où il fut inventé, chaque employé(e) continuant à répéter les mêmes gestes toute la journée avec l’aide toutefois désormais de la robotique. La journée s’achève par la découverte de l’étonnant Greenfield Village où Henry Ford a regroupé des maisons du XVIIIème et XIXème siècles issus d’une dizaine d’Etats américains mais aussi du Canada et d’Angleterre. Certains pavillons accueillent des ateliers d’artisanat (verrerie, poterie, imprimerie, forge, tissage…) mais aussi les premières machines de l’ère industrielle, le laboratoire de Thomas Edison et la réplique de sa centrale électrique de New York de 1882. Le temps s’emble s’être arrêté dans ce village s’étendant sur 80 hectares que l’on découvre à pied, depuis un vieux train à vapeur ou comme passager d’une véritable Ford T !

Une hôtellerie qui tient la route à Motor City

Détroit possède une offre hôtelière de qualité qui a parfois investi récemment des bâtiments historiques dans le cadre de la renaissance de la ville, comme le Détroit Foundation Hotel et l’Element Detroit at the Metropolitan. De même, le Cambria Detroit Downtown s’est installé en 2023 dans ce qui fut une station de radio dont des éléments ont été conservés dans le décor et les aménagements architecturaux réalisés. L’hôtel de 154 chambres (à partir de 170$ la nuit) dispose de 6 espaces évènementiels (tel Cielo son vaste rooftop) dont les capacités varient de 30 à 400 personnes. Au sous-sol, le sport bar Five Iron Golf complète l’offre incentive avec sa quinzaine de simulateurs de golf et son mini-bowling.

L’emblématique Book Tower abrite également depuis 2023 l’hôtel Roots dont les 117 chambres dotées d’une kitchenette sont adaptées aux longs séjours. Compter 300$ la nuit mais les tarifs sont dégressifs selon la durée de séjour. L’adresse est réputée pour son rooftop qui domine la skyline de Détroit ainsi que pour ses restaurants de cuisine internationale dont « le Suprême », une brasserie parisienne plus vraie que nature. Le plus petit bâtiment du complexe est dédié aux espaces de meeting, The Roots disposant notamment d’une vaste ballroom sous verrière au 13ème étage et de bureaux partagés et salles de réunion avec The Studdy au 2ème. Un petit musée retrace l’histoire de cet édifice qui a retrouvé grâce à sa réhabilitation son lobby Art Déco à l’impressionnante verrière.

Situé juste en face, le Westin Book Cadillac Detroit du groupe Marriott a pris ses aises dans un vaste édifice datant de 1924 qui a bénéficié d’une rénovation de 23M$ achevée en 2023. De quoi en faire l’un des meilleurs 4* de la ville avec des tarifs dépassant allégrement les 400$ la nuit. Son centenaire est là aussi célébré dans une petite exposition située au 1er étage. L’hôtel dispose d’importantes capacités évènementielles avec 19 salles dont 3 grandes ballroom qui peuvent accueillir jusqu’à 800 personnes.

Résolument chic et arty, le Shinola Hotel a lui pris possession de 5 bâtiments adjacents situés Woodward Avenue. Chacune des 129 chambres est ainsi unique par sa décoration et sa situation dans l’établissement. Nombres d’objets renvoient à l’horlogerie pour cette marque de montres et d’accessoires de luxe fondée à Détroit en 2011. A vous de trouver son speakeasy, bar clandestin datant de la prohibition et du trafic d’alcool avec le Canada voisin. Un bâtiment entier est dédié au MICE abritant plusieurs espaces, de la petite boardroom à la ballroom pour 200 invités.

Des projets hôteliers sont encore dans les cartons dont pour 2027 un JW Marriott de 600 chambres situé en bord de rivière à côté du centre de conventions Huntington Place. L’hôtel disposera lui-même de 17 salles de réunion, la plus grande devant afficher une capacité de 2 100 personnes. « Il manquait à Détroit un hôtel 5* qui soit connecté au convention center. Nous aurons les deux avec le JW Marriott », s’enthousiasme Andrea Cadotto, vice-président des Ventes de l’office du tourisme Visit Detroit. De quoi faire rayonner un peu plus Détroit sur le marché MICE américain et international.

Shinola Hotel

Y aller :

  • Vol quotidien direct depuis l’aéroport de Roissy-CDG avec Delta Air Lines dont c’est le 4ème hub mondial.
  • Toujours au départ de CDG, Icelandair opère des vols vers Détroit avec une escale rapide à l’aéroport de Keflavik en Islande. Outre l’originalité de ce stop, la compagnie propose avec sa Saga Premium une classe avant abordable aux multiples avantages : siège plus confortable, repas gratuits, accès au lounge à Keflavik, enregistrement et embarquement prioritaires, wifi, 2 bagages en soute de 32 kg chacun…