Le marché espagnol de la grande vitesse à nouveau endeuillé

L’enquête devra déterminer les causes de ce déraillement qui a entrainé la collision entre une rame Iryo (Trenitalia) et celle d’un train à grande vitesse de la Renfe.
L'accident de dimanche en Espagne a impliqué un train Iryo et un autre de la Renfe
L'accident de dimanche en Espagne a impliqué un train Iryo et un autre de la Renfe

Après l’accident de train de 2013 à Saint-Jacques-de-Compostelle, l’Espagne est à nouveau touchée par un déraillement de train qui a fait à cette heure près de 40 morts et quelque 120 blessés. Le drame s’est déroulé dimanche à 19h45, cette fois-ci en Andalousie, peu après le départ d’un train à grande vitesse de la compagnie Iryo. La rame transportant 300 passagers a déraillé dans une ligne droite avant d’être percutée par un autre TGV de la Renfe, la compagnie nationale espagnole, arrivant à pleine vitesse avec 200 personnes à son bord.

Lors d’une conférence de presse, le ministre des Transports Óscar Puente a déclaré que « l’accident est extrêmement étrange car il s’est produit sur une ligne droite ». De plus, la voie sur laquelle s’est déroulée le déraillement a fait l’objet de travaux de rénovation en 2025 et le train était récent, exploité par Iryo depuis 4 ans et passé en révision il y a quelques jours à peine.

L’Adif, l’établissement public espagnol en charge du réseau ferroviaire, a suspendu la circulation des trains sur l’axe andalou, entre la capitale Madrid et les villes de Séville, Cordoue, Malaga et Huelva. Iryo a procédé à l’annulation et au remboursement de tous les billets jusqu’à la reprise du trafic. Le transporteur y détient sur ce corridor Sud une part de marché de 28% mais de 21% au niveau global sur la grande vitesse en Espagne. L’enquête devra déterminer les causes de ce déraillement considéré comme « très rare » par Óscar Puente. « L’accident s’est produit sur une ligne droite sur une section limitée à 250 km/h. Le premier train roulait à 205 km/h et celui de la Renfe à 210 km/h, il ne s’agissait donc pas d’un excès de vitesse », a souligné Álvaro Fernández Heredia, le président de la Renfe.

Iryo présente en Espagne depuis novembre 2022

L’Espagne est le pays possédant le plus grand réseau ferroviaire à grande vitesse en Europe (et le 2ème au monde derrière la Chine), soit plus de 3 900 km, devant la France avec 2 800 km. Le pays est aussi l’un des plus en pointe pour l’ouverture de ce marché de la grande vitesse ferroviaire en Europe. Opérateur historique, la Renfe n’y détient en effet plus qu’une part de marché de 46% depuis l’arrivée de Ouigo Espagne, filiale de la SNCF, en mars 2021 et d’Iryo en décembre 2022. Cette dernière est détenue à 51% par le groupe italien FS Ferrovie dello Stato (actionnaire en France de Trenitalia), à 25% par la compagnie aérienne espagnole Air Nostrum et à 24% le concessionnaire d’infrastructure Globalvia. La compagnie est positionnée sur un segment Premium avec une clientèle affaires pour ses classes Infinita et Infinita Bistro, correspondant respectivement à la Business et à l’Executive en France où Trenitalia opère des lignes vers Lyon, Marseille et Milan.

Ouigo, 3ème acteur de la grande vitesse espagnole

Le train à grande vitesse a dépassé les 40 millions de passagers en 2024 en Espagne, dont plus de 25 millions pour la Renfe via son offre classique et ses trains low-cost Avlo. Ces derniers sont en compétition avec Ouigo Espagne qui a proposé plus de 9 millions de places en 2025. Affichant plus de 20% de part de marché, Ouigo Espagne fait ainsi quasi jeu égal avec Iryo. Le transporteur de la SNCF comptait enfin atteindre la rentabilité fin 2025 après avoir perdu environ 150M€ en quatre ans. Il espérait parvenir à cet objectif plus tôt mais l’homologation du matériel roulant destiné justement aux nouvelles lignes andalouses a retardé cette échéance.