Trenitalia et la Renfe bientôt vendues par SNCF Connect ?

Les compagnies ferroviaires alternatives réunies au sein de l’Association française du rail (Afra) militent pour une commercialisation via le site de la SNCF afin d’accroître leur visibilité et leurs ventes.
Association française du rail (Afra)
Association française du rail (Afra)

Les compagnies ferroviaires de l’Association française du rail (Afra) repartent à l’assaut de la SNCF en matière de distribution, en demandant que SNCF Connect, le site de SNCF Voyageurs, commercialise l’offre de ses membres, Trenitalia, La Renfe ou Transdev notamment mais aussi les futurs entrants comme Velvet. Pour cela, elles militent pour le dépôt d’un amendement dans le projet de loi-cadre consacré au développement et au financement des transports qui sera étudié en avril par le Sénat.

« SNCF Connect est tenue de vendre, de manière équitable et non discriminatoire, les billets de l’ensemble des opérateurs qui en font la demande », considère le président de l’association Marco Caposciutti, par ailleurs président de Trenitalia France. Et de considérer « qu’améliorer et faciliter la vente des titres de transports est un enjeu central pour le développement du ferroviaire en France et pour augmenter sa part modale. […] Il faut que la distribution soit fiable, lisible et transparente pour que les voyageurs puissent comparer l’ensemble de l’offre ferroviaire sur des bases neutres et objectives ».

L’Afra souligne que la part de marché de SNCF Connect sur la vente de billets de train s’élève à 85%, et à 93% sur la commercialisation de billets longue distance, en train à grande vitesse essentiellement. Pour remplir leurs trains, les compagnies alternatives n’ont de choix que de pousser leur site internet, d’ouvrir un guichet et d’installer des bornes automatiques dans les gares desservies. Les clients peuvent sinon recourir aux rares plateformes agrégeant l’ensemble des opérateurs comme Trainline, Omio ou Kombo qui ne manquent pas de communiquer sur cet accès global à l’offre ferroviaire française voire européenne.

Lyria

SNCF Connect pour mieux remplir les trains de la concurrence

Alors que la SNCF se plaint régulièrement de ne pouvoir répondre à toute la demande de ses clients en raison de son manque de rames TGV, l’Afra juge « inacceptable » que les trains des opérateurs alternatifs partent avec des places vides car ils ne bénéficient pas de la même visibilité due à leur absence de SNCF Connect. Avec le risque que les clients restés à quai ne se tournent plutôt vers la voiture ou l’avion, solutions de transport nettement moins écologiques. Pour les voyageurs, l’avantage d’ouvrir la distribution aux compagnies non filiales de la SNCF repose sur une meilleure comparaison des horaires et tarifs sur les axes où la concurrence est déjà installée. D’autant que les nouveaux opérateurs affichent le plus souvent des prix inférieurs à ceux de la compagnie nationale.

« Ouvrir la distribution serait aussi bénéfique pour le pouvoir d’achat des Français. SNCF Connect, qui bénéficie d’un avantage de notoriété et d’utilisation issu du monopole historique, ne peut pas garder les voyageurs captifs de l’offre de l’opérateur dominant pour saturer les trains de ce dernier et imposer ainsi des tarifs prohibitifs aux voyageurs », affirme Solène Garcin-Berson, la déléguée générale de l’AFRA. Concernant ce quasi-monopole, il est à noter que SNCF Connect a déjà été épinglé sur le fait de vendre nettement plus cher les billets de mêmes trains transfrontaliers comparé aux sites de vente de la SNCB en Belgique et de la Deutsche Bahn en Allemagne.

L’association met par ailleurs en avant l’avantage financier que représenterait pour SNCF Connect l’accueil de nouveaux opérateurs, le site se rémunérant alors sur un fee ou un pourcentage du prix de vente appliqué à chaque réservation. Un système ouvert à tous les acteurs ferroviaires présents est ainsi celui qui a été retenu en Allemagne par la Deutsche Bahn qui est concurrencée par une multitude d’opérateurs dont Transdev dans les landers. Interrogé régulièrement sur ce sujet, SNCF Voyageurs assume pleinement de ne pas distribuer l’offre de ses concurrents n’ayant pas d’obligation réglementaire en la matière. Même le nouveau Paris-Berlin d’European Sleeper n’y est pas vendu alors que la SNCF a pourtant arrêté sa desserte de nuit de la capitale allemande en décembre dernier.

Un moyen de faciliter des voyages de bout en bout

Pour appuyer sa demande, l’Afra met aussi en avant que cette comparaison des offres et leur combinaison permettra de faciliter les voyages de bout-en-bout en associant les trajets longs et les dessertes régionales. « Le passager ne doit pas avoir à changer de plateforme pour acheter différents billets de train. Tout doit être fait pour faciliter le processus et la vente de billets combinés et en correspondance, y compris avec les trains des opérateurs alternatifs », souligne l’association. Transdev a ainsi repris l’exploitation de la ligne TER Marseille-Nice (dont la commercialisation reste en revanche toujours possible via SNCF Connect). Et RATP Dev sera demain l’opérateur des lignes de « l’étoile de Caen ». Enfin, dans cette loi-cadre sur le développement des transports, l’Afra demande une harmonisation des droits des voyageurs, notamment en situation perturbée, afin que le voyageur puisse alors se reporter sur un train de n’importe quel autre opérateur ferroviaire.