Congrès – expositions : La France en plein relooking

Concurrence oblige, les palais des congrès font peau neuve. Si leur priorité demeure la fonctionnalité, tout comme l’accessibilité et les équipements haute technologie, l’accent est aussi mis sur une architecture à vocation durable. Par Marie Gilles
Congrès, Toulouse

Au vu des différents palmarès internationaux, la France s’affiche comme une des premières destinations de congrès. Ainsi, selon le classement 2011 de l’International Congress & Convention Association (ICCA), elle occupe la cinquième position mondiale et la quatrième au niveau européen, tandis que, pour l’autre publication de référence, celle de l’Union des Associations internationales (UIA), elle se situe à la quatrième place mondiale. “La France en général – et certaines villes en particulier – est reconnue comme une destination de référence pour l’accueil des congrès, constate Christian Mantei, directeur général d’Atout France. D’autant que le taux de participation y est toujours supérieur à la moyenne.”

Cependant, pour se maintenir dans le peloton de tête et affronter les ouvertures, un peu partout dans le monde, de nouveaux centres de congrès équipés des dernières technologies, la France se doit de renouveler son offre. En effet, la plupart des sites français ont été construits entre 1980 et 2000, dont plus de 40?% avant 1989. Du coup, pour regagner en compétitivité, bon nombre d’acteurs du secteur ont réalisé de lourds investissements. En 2011, d’après Atout France, “220 millions d’euros ont été investis dans les parcs d’expositions, centres des congrès et équipements multifonctionnels, soit une augmentation des investissements de plus de 136 % en dix ans”.

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Travaux en cours

C’est le cas, notamment, au palais des congrès Atlantia à La Baule. Construit en 1987, le site va fermer ses portes en fin d’année pour près de 15 mois de travaux de rénovation. “Il subira une profonde réhabilitation avec ses façades relookées, des intérieurs revus au niveau des matériaux et des couleurs, une extension de la grande salle, la couverture d’une terrasse…”, annonce Paule Raederstoerffer, directrice générale. Avec ces nouveautés, le palais Atlantia, positionné sur les secteurs médical et financier, compte aussi séduire les petits salons régionaux.

Autre exemple, à Strasbourg, où le palais de la musique et des congrès, situé dans le quartier européen du Wacken, fait également peau neuve. Les travaux, qui devraient s’achever en 2016, prévoient notamment la création d’un nouvel espace d’environ 8000 m² dédié aux congrès et aux expositions.

La région Rhône-Alpes est elle aussi gagnée, depuis plusieurs années, par ce vent de rénovation. Ouvert en 1995, le centre de congrès de Lyon, qui fait partie de la Cité internationale, un pôle tertiaire, culturel et touristique dessiné par l’architecte Renzo Piano, s’étire sur près d’un kilomètre le long du Rhône, mêlant lignes contemporaines épurées et espaces verts. Pour demeurer attractif, l’équipement du site est sans cesse amélioré. Ainsi en 2006, un nouvel amphithéâtre de 3000 places a été créé afin d’accueillir diverses manifestations : réunions, spectacles, concerts… Puis en 2010, des travaux ont été réalisés afin que l’ensemble des flux d’information (voix, données, vidéo, son, lumière, gestion technique des bâtiments, contrôle d’accès, vidéosurveillance) transite sur le réseau informatique. Dans le même ordre d’idée, le centre de congrès a densifié sa couverture WiFi pour répondre à de fortes demandes de connexion.

De niveau mondial

Côté Atlantique, La Cité, le centre des congrès de Nantes, fête ses vingt ans et, signe des temps, s’est engagé dans une démarche durable, récompensée par la certification ISO 9001. Depuis mai dernier, à l’issue d’un audit complet, La Cité a obtenu le niveau “or” de l’AIPC Quality Standards.?Nantes entre ainsi dans le cercle fermé des 19 villes mondiales – Melbourne, Kuala Lumpur, Québec, San Diego, Vancouver entre autres – qui peuvent se targuer d’avoir un lieu de réunions satisfaisant aux normes de qualité établies par l’Association internationale des palais des congrès.

Pour pouvoir souffler en beauté ses 20 bougies, le palais des congrès d’Arcachon s’est offert un lifting complet ! Situé en plein centre-ville avec vue sur mer, il a revu entièrement son intérieur. L’architecte Frédéric Escoubet avait pour mots d’ordre de privilégier la fonctionnalité et de moderniser les espaces tout en s’harmonisant avec l’existant. Il a choisi de jouer avec des matériaux contemporains comme le bois, l’inox brossé et la résine de synthèse. Comptoir alliant béton ciré et pin des Landes, luminaires design coordonnés à un sol naturel aux tonalités sable, clin d’œil aux plages du littoral… tout est fait pour séduire les manifestations allant jusqu’à 700 personnes !

Quand il a ouvert en 1994, Lille Grand Palais a lui aussi, d’emblée, joué la modernité et la modularité. L’architecte Rem Koolhaas a en effet imaginé, au cœur de la ville, trois ensembles communicants : un palais de congrès, un centre d’expositions et une salle de spectacles pouvant accueillir 5000 personnes. Grâce à cela, Lille Grand Palais peut recevoir chaque année près de 300 événements de toutes tailles. Pour maintenir l’attractivité du lieu, près d’un million d’euros est investi régulièrement dans les équipements, alors qu’une extension de 10000 m² de la partie exposition est aujourd’hui à l’étude.

De la même génération que Lille, le palais des congrès Pierre Baudis à Toulouse n’a pas pris une ride. Le bâtiment – deux cubes que l’on dirait emboîtés l’un dans l’autre – laisse une grande place à la lumière naturelle avec des façades de verre s’élèvant sur trois niveaux. Des verrières qui donnent sur un jardin japonais parmi les plus remarquables de France. À l’intérieur, le marbre, associé au béton, confère un aspect moderne intemporel. “Nous revoyons continuellement notre équipement technique et étudions de nouvelles applications”, souligne Patrice Vassal, directeur du palais des congrès. Actuellement, un système de géolocalisation indoor est expérimenté. Ainsi, d’ici peu, les organisateurs pourront bénéficier d’applications smartphone permettant ici de visualiser l’ensemble d’un salon, là d’établir un parcours en fonction des stands…

De tels investissements sont réalisés un peu partout en France. Tandis qu’on l’a vu, certains rénovent ou s’agrandissent, d’autres associent un partenaire à leur projet afin de compléter leur offre. Parmi ces derniers, à l’horizon 2014-2015, l’ouverture à Roissy d’un complexe intégré de congrès et d’affaires – le World Trade Center – avec 20000 m² de bureaux, une salle de congrès de 3000 places, un show-room de 10000 m², 75 salles de réunions, deux halls d’expositions pour un total de 30000 m² et cinq hôtels, dont un cinq étoiles. Coût des travaux : 650 millions d’euros, donnant naissance à un des plus importants centres en Europe.

Plus modeste mais tout aussi inventif, Montpellier a ouvert en 2010 la Park & Suites Arena, une salle multifonctions dernier cri pouvant recevoir 14 000 personnes ! Construite sur le site du parc des expositions, elle est entièrement modulable et amovible, ce qui lui permet de faire aussi bien office de salle omnisport, de lieu de spectacles que de centre de congrès. Une autre de ses qualités est son exemplarité en termes de développement durable. En effet, sa toiture est dotée d’un système de production d’énergie photovoltaïque, les matériaux utilisés sont certifiés HQE, les consommations d’eau et d’électricité maîtrisées. Le groupe de résidences hôtelières Park & Suites s’est associé à cette arène des temps modernes, qui propose ainsi une offre globale.

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Nouvelle vague

Le palais des congrès de Cannes, celui du Festival, n’échappe pas au rajeunissement, avec un investissement de 57 millions d’euros courant de 2009 à 2013 afin d’être le premier en Europe à obtenir la triple certification Qualité-Sécurité-Environnement (ISO 9001 et 14001 – OSHAS 18001). Un rafraîchissement nécessaire aux dires de l’architecte Jean-Paul Viguier?: “il n’est plus à la hauteur de sa renommée mondiale. Son accessibilité est pénible, ses salles étriquées, sa fonctionnalité limitée. Il est à l’image de ces lieux de congrès vieillissants, absolument plus en adéquation avec les besoins actuels”. Car, plus que jamais, les centres de congrès d’aujourd’hui se doivent d’être fonctionnels, facilement accessibles, dotés d’un équipement performant dans un environnement attrayant.

Jean Paul Viguier, qui a vécu une partie de sa vie à Chicago, relève que les palais de congrès français devraient, à l’instar de leurs homologues américains, refléter leur ville. Ou du moins la culture locale. “Ils ne doivent pas être des espaces standards. Dès l’entrée, les congressistes doivent savoir qu’ils sont à Marseille, à Paris ou à Rennes !” Le futur Palais des congrès d’Antibes-Juan-les-Pins est une parfaite illustration de cette nouvelle génération. Il s’élèvera sur le site de l’ancienne infrastructure, en plein centre-ville de Juan-les-Pins. “Nous souhaitions qu’il soit un vrai lieu de vie, et non un site réservé à des professionnels”, indique Philippe Baute, directeur de l’office de tourisme d’Antibes-Juan-les-Pins. Ainsi l’ensemble fera 14000 m², dont 6500 m² occupés par le palais des congrès et 7500 m² d’espaces commerciaux.

En symbiose avec la baie

Conçu par l’architecte Jean-Jacques Ory, le nouveau bâtiment, tout de verre et d’acier, est surmonté d’une canopée de forme ovoïde qui abritera la salle plénière. “L’architecture est en symbiose avec l’environnement local et urbain, réunissant la Pinède Gould au square Sidney Bechet par une coulée verte. L’édifice ne dépasse pas les 21 mètres et sa façade de verre permet de bénéficier au maximum de la lumière naturelle. Et, depuis le palais des congrès, les participants ont une vue imprenable sur la baie de Juan-les-Pins !”, décrit Philippe Baute. L’édifice, dont l’ouverture est prévue en septembre 2013, se positionne sur les congrès de 500 personnes. Le nouvel ensemble possèdera également un espace détente avec spa et disposera sur son toit d’un restaurant gastronomique ouvrant sur une terrasse panoramique. Le Club affaires entend, en parallèle, fédérer l’ensemble des acteurs locaux afin de répondre de A à Z à toutes les demandes des congressistes, proposant par exemple de placarder chez les commerçants de la ville des affichettes aux couleurs de leur manifestation. D’autre part, un système de carte de fidélité à destination des congressistes est à l’étude.

Un tout autre projet est en cours à Rennes. La métropole bretonne a décidé de se doter d’un palais des congrès afin d’asseoir sa position de capitale régionale. “Nous devions rénover le couvent des Jacobins, classé monument historique, et, en parallèle, répondre à une demande de salle de la part de l’orchestre symphonique de Bretagne”, explique Jean-François Kerroc’h, chargé de mission au futur centre des congrès, prévu pour fin 2016. Le choix du site s’est imposé de lui-même?: en hyper centre-ville, le couvent des Jacobins, haut lieu historique et culturel, sera reconverti en salles de réunions et de spectacles. Le lieu, qui s’étend sur près de 11400 m² de surface utile totale, était un véritable casse-tête, car il fallait respecter le site et son environnement tout en répondant aux exigences contemporaines des organisateurs d’évènements.

Le projet retenu est celui de l’architecte breton Jean Guervilly, qui a choisi de restaurer l’ensemble – cloître, église et établissements conventuels – , de l’ouvrir sur la ville et de lui greffer une extension moderne. De fait, la partie historique abritera une vingtaine de salles de réunions modulables, avec, à l’étage, un restaurant et un espace d’expositions éclairé par une immense verrière. L’église deviendra un auditorium de 300 places et la grande terrasse qui borde les deux côtés de l’ancien couvent servira de trait d’union entre la place Sainte-Anne, piétonne, et le centre de congrès. Quant à la partie moderne, elle sera construite dans les cours Ouest et Nord et comprendra notamment une salle de 1000 places enterrée à 14 mètres de profondeur ! De larges verrières contribueront à son éclairage ainsi qu’à celui d’un vaste hall d’exposition. Enfin, au-dessus de la place s’élèvera un clocher lumineux en prolongation du centre des congrès, rappelant à tous que Rennes est la capitale des nouvelles technologies. L’ancien couvent des Jacobins en sera évidemment la parfaite illustration, puisqu’il disposera des équipements les plus novateurs du marché.

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Lieux nouveaux et attractifs

Refléter l’image de sa ville ou de sa région est également le parti pris pour le futur centre de congrès d’Angers, dont les portes ouvriront en 2018. Car le nouveau site intégrera le “vert” dans son architecture, rappelant aux visiteurs le leadership de la ville en matière d’innovation végétale. Côté pratique, il possédera une salle de 600 places, un auditorium d’une capacité de 1600 personnes et complétera son offre avec un hôtel quatre étoiles de 120 chambres.

Avec la tendance à recentrer les manifestations en France et la recherche par les organisateurs de lieux nouveaux, attractifs, accessibles et performants, c’est un vrai potentiel économique qui s’ouvre pour chacune de ces villes. À elles de savoir se positionner pour offrir des outils en adéquation avec la demande et leur propre capacité à recevoir. Enjeu que beaucoup relèvent aujourd’hui.