“Le Kansai illustre le génie créateur et le courage des entrepreneurs japonais. Vous-mêmes êtes les continuateurs des créateurs de tant de grandes entreprises dont les noms ont fait le tour du monde.” Certes, notre ancien président de la République avait parfois le compliment facile, mais en choisissant l’épique pour flatter l’économie du Kansai – la région d’Osaka, Kobe et Kyoto – face à tout ce qu’elle compte de maires, gouverneurs, patrons de chambre de commerce et représentants de syndicats patronaux, Jacques Chirac ne faisait que mettre justement l’accent, ce 26 mars 2005, sur l’importance et le dynamisme d’une géographie où se construit encore aujourd’hui la modernité de l’archipel.
Car le Kansai, ce n’est pas rien : son produit régional brut de près de 700 milliards de dollars lui valait, en 2004, le titre factice de “10e économie mondiale”, juste derrière le Canada, mais devant la Corée ou l’Australie. Une assise qui ne s’est évidemment pas construite en un jour, ni même en un siècle. Un ultime clin d’œil à notre ancien Président : “Dès le XVIe siècle, le Kansai fut au cœur du développement économique du Japon. N’appelait-on pas alors Osaka ‘la cuisine de l’Empire’, tant elle était florissante grâce à un capitalisme marchand dont le dynamisme irriguait tout l’Archipel ?”
Le berceau de l’écran plat
Pour illustrer cet éloge, il suffit de se rendre au modeste mais très instructif “musée entrepreneurial du challenge et de l’innovation” d’Osaka. De regarder le mini-film introductif où l’on célèbre sur fond d’une musique à la pompe néowagnérienne l’esprit d’initiative des gens du cru, les grandes étapes de l’émergence d’une région qui ne s’est jamais fatiguée de donner le “la” depuis qu’elle a décidé de dominer le commerce du riz. De comprendre que le dynamisme du Kansai tient tout à la fois de l’esprit d’initiative et de la faculté éprouvée et protéiforme à “adapter” les innovations venues d’Occident, du roulement à billes au whisky.
Malgré la forte secousse de la crise des années 90, cet élan du Kansai ne s’essouffle pas. Et pour cause : avec les biotechnologies, les nanotechnologies et la robotique, la région s’est trouvé de nouveaux moteurs de développement particulièrement porteurs. Autre choix : celui d’initier la révolution de l’écran plat dont les principaux initiateurs et développeurs – qu’ils s’appellent Sharp, Matsushita ou Sanyo – sont des entreprises implantées dans la préfecture d’Osaka. On est loin de l’anecdote : selon le Meti, le grand ministère de l’économie et du commerce japonais, ce marché de l’écran plat devrait doubler d’ici à 2010 pour atteindre 10000 milliards de yens (61 milliards d’euros) et la région d’Osaka devrait en être la principale bénéficiaire.
Mais la révolution du Kansai passe également par une lame de fond commerciale : celle de la réorientation des échanges depuis et vers l’Asie. “Avant, la majeure partie du chiffre se faisait dans le trafic avec l’Europe. Aujourd’hui, dans les grands ports du Japon, et notamment celui d’Osaka, le trafic s’est réorienté vers l’Asie”, constate Simon Mandai, responsable du bureau d’Osaka de Clasquin, spécialiste de l’ingénierie du transport aérien et maritime. Toute la batterie statistique conduit inévitablement au même constat. L’Asie, qui ne comptait que pour 39 % des imports du Kansai en 1989, en mobilise désormais près de 63 %, bien plus que la moyenne japonaise (44,4 %).
Echanges entre voisins
De même, l’Asie mobilise désormais 59 % des investissements du Kansai à l’étranger. Par ailleurs, le nombre de filiales en Asie ouvertes par les entreprises basées à Osaka est passé, selon le Meti, de 1138 en 1994 à 1951 en 2002, soit une augmentation de plus de 75 % en huit ans. Et tout ce que le Kansai compte d’institutions pousse dans le même sens : le gouvernement régional, qui offre des conditions préférentielles d’implantation aux entreprises asiatiques, le syndicat patronal (kankeiren) qui multiplie les missions en Chine, la Bourse d’Osaka qui conclut des accords d’échange de listings avec ses consœurs de Shanghaï et Shenzen, mais aussi les universités qui accueillent massivement les étudiants asiatiques, et surtout chinois, qui représentent désormais 70 % des étudiants étrangers présents au Kansai. Et c’est cette même logique qui pousse Osaka à privilégier les capitales d’Asie dans l’élaboration des partenariats officiels, que ce soit celui des “villes jumelées” (Shanghaï), des “ports jumelés” (Shanghaï toujours, et Busan) et surtout des “business partners cities” où se regroupent une douzaine de grandes villes asiatiques. En espérant que les poussées de vieille rancœur contre “l’envahisseur japonais” ne viendront pas perturber le bon commerce entre voisins…




















