Dossier - Bourgogne : d'un château à l'autre

Bourgogne : d’un château l’autre

Il y a ses toits de tuiles polychromes et iI y a les célèbres Hospices de Beaune. Du vin donc, du vin et encore du vin… Mais il y a aussi tant de châteaux, d’anciennes villes fortifiées ou d’abbayes formidables ; le tout solidement ancré dans des paysages très vieille France. On l’oublie trop souvent, la Bourgogne n’est qu’à un peu plus d’une heure de TGV de Paris.
château de la Rochepot
À la fin du XIXe siècle, le château de la Rochepot était totalement en ruines. Jusqu’à ce que le fils de Sadi Carnot s’acharne à le restaurer, voire à le reconstruire. Aujourd’hui, cela donne un château de conte de fées chapeauté par des toits de tuiles polychromes, signature hyper graphique de la Bourgogne.

Celui-là n’est pas bon qui ne cherche à devenir meilleur”, en voilà un bon précepte corporate ! Un adage propre à inspirer les comités de direction, à galvaniser les forces de vente, à électriser les team buildings ! Il est signé Saint Bernard, fondateur de l’ordre cistercien. C’est d’ailleurs en appliquant religieusement cette maxime que ses moines devinrent de savants vignerons, des créateurs de Grands Crus. C’est peu dire que la Bourgogne leur doit beaucoup.

Les abbayes et châteaux bourguignons témoignent du passé glorieux et tourmenté de la région, une entité géopolitique prospère qui s’est forgée au Moyen-Âge. Le duché s’étendra jusqu’en Flandre et aux Pays-Bas pour devenir un royaume puissant ainsi qu’un important foyer de création artistique et un haut lieu de la chrétienté par l’influence des abbayes de Cluny, puis de Cîteaux. Fondée en 1098 à une vingtaine de km au sud de Dijon, Cîteaux est toujours en activité aujourd’hui. L’abbaye met à disposition des individuels comme des groupes ses 40 chambres pour des retraites de deux à sept jours. De son côté, la boutique du monastère propose les produits maison, dont un fromage fruité qui remporte un vif succès.

Il ne reste rien, hélas, des bâtiments originaux de l’abbaye, pillés et détruits à la Révolution. La communauté perpétue cependant l’esprit de son abbé et inspirateur : Bernard de Fontaine, dit Bernard de Clairvaux, fils de la noblesse bourguignonne canonisé en 1174.

Celui que Michelet baptise “l’abbé des abbés” est un réformateur. En réaction au mode de vie fastueux des bénédictins de la riche abbaye de Cluny, il développe ici l’ordre cistercien. Le maître à penser dénonce le dévoiement des clunisiens et prône avec éloquence le respect des exigences monastiques d’humilité, de pauvreté et de charité ; l’ascétisme et le retrait du monde. Des pratiques éminemment vertueuses qui vont assurer à l’ordre succès et prospérité. À la mort de Bernard en 1153, on compte en Europe plus de trois cents d’abbayes sous l’autorité spirituelle de Cîteaux, dont l’influence a distancé Cluny.

Au détour d’une route, le charme fou d’un vieux pont du XVIIe siècle.
Au détour d’une route, le charme fou d’un vieux pont du XVIIe siècle.
abbaye
Enchassé dans la forêt, voici le plus bel exemple d’une abbaye telle que la concevait Saint Bernard. Épurée à l’extrême, Fontenay distille un sentiment de paix éternelle. Son cloître et ses jardins à la Française se privatisent pour des cocktails ou des déjeuners.
bourgogne
Le moindre village, le plus petit hameau bourguignon propose au flâneur des pièces patrimoniales exceptionnelles. Ici, détail d’un retable dans l’église de Saint Thibault (XIIIe siècle), dans le minuscule village éponyme.

L’EXTRÊME RIGUEUR CISTERCIENNE

L’ascétisme cistercien se lit dans son architecture, dont un fleuron subsiste à côté de Montbard : l’abbaye de Fontenay (1118), étonnamment préservée, car désaffectée à la Révolution et transformée en papeterie. Si cette nouvelle activité a induit la construction de plusieurs bâtiments industriels dans son enceinte, le bâti d’origine est cependant conservé et classé monument historique en 1852. À partir du début du XXe siècle, il est soigneusement restauré par le banquier mécène Édouard Aynard, l’un des descendants des propriétaires et… grand- père de la designer Andrée Putman. Enfant, elle a passé ses étés ici. Aussi le minimalisme chic qui fut sa signature provient-il peut-être de cette observation à loisir de la rigueur cistercienne, proscrivant sculptures, peintures et toute ornementation “dont l’effet est de détourner sur elles l’attention des fidèles et de diminuer le recueillement”. Dixit Saint Bernard.

Les installations du château du Clos de Vougeot qui datent du XIIe siècle témoignent du savoir-faire des viticulteurs de l’époque. En cadeau, la très grande beauté du bâti.
Les installations du château du Clos de Vougeot qui datent du XIIe siècle témoignent du savoir-faire des viticulteurs de l’époque. En cadeau, la très grande beauté du bâti.

COCKTAIL À FONTENAY

L’abbatiale frappe en effet par son dépouillement. Seule l’organisation de l’espace demeure : un plan cruciforme, des ouvertures comptées, une nef sombre doublée de bas-côtés et la qualité de lumière que génère l’agencement des baies principales sur les arcs et piliers des arcades. Le lieu saisit par sa beauté, suscite instinctivement le murmure, invite à la contemplation. Le même credo a guidé la conception des bâtiments conventuels : le cloître, la salle capitulaire et la salle des moines. La pureté de l’ensemble entre en résonance avec la définition de l’architecture que donnera Le Corbusier huit siècles plus tard : “le jeu savant, correct et magnifique des volumes sous la lumière”. Aujourd’hui, l’abbaye de Fontenay accueille les groupes désireux de bénéficier de visites privatives ou d’organiser un cocktail dans son cloître, voire un déjeuner dans son jardin à la Française ceint d’une végétation foisonnante. L’appétissante Michèle Mercier y tourna le mythique Angélique, marquise des Anges en 1964 et Gérard Depardieu les dernières scènes du Cyrano de Jean-Paul Rappeneau en 1990.

Montbard n’est qu’à une heure de Paris par le TGV !”, s’exclame Hubert Aynard, l’actuel propriétaire de l’abbaye. Le site a beau être inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, il bataille sans relâche pour financer son entretien, dont celui de ses deux hectares de toitures. Il a raison d’insister : on est hors du monde ici, le dépaysement est complet et la durée du trajet plus rapide que certaines lignes de RER.

Les cisterciens de la haute époque, fidèles à la doctrine bénédictine, ont travaillé sans compter pour conquérir leur autonomie et faire œuvre de charité.

Tableaux, tapisseries, objets précieux… Le château de Commarin (XIIIe-XVIIIe) est dans la même famille depuis 900 ans. Aujourd’hui, c’est Bertrand de Vogüe qui l’habite et accueille les groupes corporate, car il a ouvert sa noble demeure au public.
Tableaux, tapisseries, objets précieux… Le château de Commarin (XIIIe-XVIIIe) est dans la même famille depuis 900 ans. Aujourd’hui, c’est Bertrand de Vogüe qui l’habite et accueille les groupes corporate, car il a ouvert sa noble demeure au public.

À Fontenay, ils étaient forgerons. Au sud de Dijon, vignerons. Considérant le travail comme une autre façon de prier, ils plaçaient la compétence et la rigueur au premier rang de leurs valeurs. En quête de perfection, ils ont recherché inlassablement les méthodes les plus pertinentes pour obtenir le meilleur vin sur leurs terres, dons des seigneurs. Étude des souches, taille, bouturage, greffage, méthodes de vinification : rien ne leur est étranger. Ils élaborent également le pressoir à levier et le principe de clos, à savoir la délimitation des parcelles par des murets de pierre pour en fixer les limites séparatives, mais aussi pour capter la chaleur du soleil et la restituer la nuit. Ces experts vinicoles sont à l’origine de ce qui est devenu aujourd’hui, la route des grands crus, soit 80 kms bordés de vignobles d’excellence dont la seule évocation enflamme les amateurs : Gevrey-Chambertin, Chambolle-Musigny, Vosne-Romanée… On ne remerciera jamais assez les cisterciens de l’abbaye de Cîteaux pour leurs legs, les vignobles de Meursault et ceux du Clos de Vougeot entre de nombreux autres.

Depuis qu’elles sont là, le XIe siècle donc, les murailles du château fort de Châteauneuf-en-Auxois en ont vu de toutes les couleurs. Y compris l’histoire d’une pauvre châtelaine brûlée vive pour cause d’empoisonnement de mari.
Depuis qu’elles sont là, le XIe siècle donc, les murailles du château fort de Châteauneuf-en-Auxois en ont vu de toutes les couleurs. Y compris l’histoire d’une pauvre châtelaine brûlée vive pour cause d’empoisonnement de mari.

À quelques kilomètres de Cîteaux, le château du Clos de Vougeot a traversé les siècles, contrairement à l’abbaye dont il est l’émanation. Hiératique, trônant au beau milieu des vignes tel un vieux maréchal toisant son théâtre d’opérations, sa construction est hétérogène. La partie résidentielle qui lui confère le nom de château est un ajout du XVIe siècle restauré au XIXe, mais le bâti est d’origine – les installations d’exploitation du XIIe –, illustrent le savoir-faire vinicole des moines de l’époque. La cuverie a été conçue autour d’un vide central pour évacuer le gaz carbonique et le cellier pourvu d’une isolation hors-norme composée de 65 cm de gravats afin d’obtenir la température optimum de conservation.

Le château Renaissance, plutôt un manoir par son échelle, atteste quant à lui d’un sens aigu du commerce. Bien que peu cistercien dans son ornementation, l’édifice se justifie par le rôle qu’il est appelé à jouer : signifier aux visiteurs le statut d’un ordre prospère et d’un vin prestigieux ; une source de revenus importants, mais aussi d’influences, car consommé par les puissants dont les papes avignonnais. Désormais occupé par la Confrérie des Chevaliers du Tastevin, joyeuse association bachique et bureau de relations publiques inventif des vins de Bourgogne, le château est devenu le haut lieu de la promotion internationale des crus et de la gastronomie de la région. Conviviale et pragmatique, la Confrérie, fondée en 1934, régale et adoube avec entrain les chefs d’état, têtes couronnées et personnalités de passage dans les environs, moyennant quoi elle dispose d’un aréopage d’ambassadeurs haut de gamme partout dans le monde. L’ensemble du site est privatisable pour les congrès et séminaires épicuriens sous des charpentes bientôt millénaires. “Jamais en vain, toujours en vin”, la devise de la Confrérie annonce le programme !

4 — On connaît bien les toits polychromes des Hospices de Beaune. On connaît un peu moins la luxueuse salle d’hôpital autrefois réservée aux démunis. Sauf si on a vu la Grande Vadrouille, cette salle ayant servi aux péripéties de Bourvil et de Funes.
On connaît bien les toits polychromes des Hospices de Beaune. On connaît un peu moins la luxueuse salle d’hôpital autrefois réservée aux démunis. Sauf si on a vu la Grande Vadrouille, cette salle ayant servi aux péripéties de Bourvil et de Funes.

ÉPOUSTOUFLANT PATRIMOINE

Et puis, il y a Beaune et son Hôtel-Dieu créé en 1443, incontournables Hospices à la célèbre couverture de tuiles vernissées ; l’image de marque de l’architecture régionale depuis le Moyen Âge et le lieu de tournage d’une des péripéties de Bourvil et Louis de Funès dans La Grande Vadrouille. Leurs bâtiments gothiques flamboyants abritent un exceptionnel patrimoine, dont le polyptyque du Jugement dernier de Rogier van der Weyden, un musée passionnant d’histoire de la médecine incluant “la salle des pôvres”.

Le mode de financement de cet hôpital luxueux autrefois dédié aux démunis se perpétue depuis 1795 avec la vente aux enchères publique de l’autre patrimoine époustouflant des Hospices, les vins d’une noria de vignobles dont l’établissement est devenu propriétaire au fil de dons successifs. Le domaine représente aujourd’hui quelque 60 hectares de premiers et grands crus dans les zones d’appellations prestigieuses des environs : Beaune, Corton, Meursault, Pommard, Puligny-Montrachet, Volnay… des joyaux dispersés annuellement lors d’une manifestation de dimension internationale orchestrée par Christie’s. Le montant des enchères – un peu plus de 11 millions d’euros pour la vente 2015 – est destiné aux œuvres de charité des Hospices.

Combien de châteaux en Bourgogne ? Entre ruines, forteresses, palais ducaux, résidences Renaissance et domaines viticoles, un par village parfois ! La plupart étant privatisable, les groupes n’ont que l’embarras du choix pour organiser un cocktail, un team building, un séminaire ou un dîner de gala. Pour n’en citer que quelques-uns, Chateauneuf-en-Auxois, Commarin, Ancy-le-Franc, Bussy-Rabutin, ou la Rochepot composent un quintet représentatif de la diversité des vies de château qui se sont déroulées ici.

Il y a des châteaux, certes. Il y a des abbayes, et pas des moindres. Mais il y a aussi et partout des rivières enchanteresses qui traversent des villages d’antan épargnés par les outrages d’une certaine modernité. Des vieux lavoirs dont certains sont classés, des bistrots qui font encore office de buvette et le bruissement de l’eau…
Il y a des châteaux, certes. Il y a des abbayes, et pas des moindres. Mais il y a aussi et partout des rivières enchanteresses qui traversent des villages d’antan épargnés par les outrages d’une certaine modernité. Des vieux lavoirs dont certains sont classés, des bistrots qui font encore office de buvette et le bruissement de l’eau…

INMANQUABLE SENTINELLE

Chateauneuf-en-Auxois est peut-être le plus connu, ne serait-ce que par sa silhouette immanquable depuis l’autoroute A 6. On le rejoint en empruntant une départementale étroite et sinueuse, ondoyant savamment entre les haies vives pour offrir ici ou là une échappée sur la forteresse et son donjon érigés en 1175, rugueux, puissant, balafré. L’édifice militaire des seigneurs de Chateauneuf est construit sur un éperon calcaire dont le bâti recouvre la roche. Visuellement, le procédé augmente d’un bon tiers la hauteur de certaines parois pour en imposer davantage durant la Guerre de Cent Ans, époque où sont édifiés son enceinte et cinq tours reliées par une courtine. Puis son rôle défensif s’estompe un peu. Au XVe siècle, Catherine, l’ultime représentante de la lignée, s’ennuie ferme. Elle succombe au charme de son intendant et empoisonne son odieux mari en lui confectionnant un magnifique gâteau… Démasquée, la pâtissière indélicate sera emprisonnée, puis brulée vive. Son triste destin alimente les conversations de visiteurs attablés au café qu’abrite le village médiéval ; on révise son procès, un verre de kir, l’apéritif bourguignon par excellence, à portée de main. Pour autant, Catherine a des circonstances atténuantes : auparavant, la peste noire a emporté sa mère, son premier époux et son fils unique…

Toujours est-il que le château est mis en vente en 1456. À la fin du XVe siècle, la sentinelle de Chateauneuf baisse définitivement les armes. La place devient alors une demeure aristocratique jusqu’à ce que le comte Georges de Vogüé, son dernier propriétaire, le lègue à l’État en 1936.

Quelques kilomètres plus loin, au château de Commarin (XIIIe-XVIIIe), c’est un autre comte de Vogüé qui accueille les visiteurs : Bertrand, l’actuel propriétaire du domaine où il vit en famille. “Le château est dans la même famille depuis 900 ans, glisse-t-il. Il n’a jamais été pillé, ses appartements du XVIIIe sont intacts. Ce caractère familial constitue notre spécificité : une demeure authentique où mobilier, tableaux, tapisseries et objets sont à la place qu’ils ont toujours occupée.” La visite du site, habité à l’année, concerne principalement l’aile abritant les magnifiques appartements XVIIIe où chaque pièce laissée dans son jus a une histoire qui croise celle de la Bourgogne. Ouvertes au public également : la chapelle et les superbes écuries, construites sur le modèle de celles de Chantilly. Ce sont elles et le parc à l’Anglaise qui sont privatisables pour les réceptions. Dans La Billebaude, Henri Vincenot, qui habitait Commarin, raconte que c’est ici qu’il venait gambader avec son copain d’enfance, le jeune comte Charles-Louis de Vogüé. Plus loin dans le village, les volets de la robuste maison familiale de l’écrivain sont clos. Elle ne se visite pas, mais tous les livres de “L’Henri”, comme on l’appelle dans la région, figurent en tête de rayon à la boutique du château.

Au sud de Beaune, au détour d’une route grimpant raide dans les haies vives piquetées de charmes, voilà la Rochepot. Le château acquis en ruines en 1893 par l’épouse du président Sadi Carnot pour son fils raconte l’histoire de ce passionné qui, trente ans durant, va s’attacher à reconstruire l’édifice tel qu’il fut au XVe siècle, lorsqu’il était habité par Philippe Pot, filleul et ambassadeur du duc de Bourgogne Philippe le Bon. Organisant des fouilles et dépensant sans compter, Sadi Carnot fils fait appel à Charles Suisse pour opérer une restauration totale du bâtiment disparu. L’architecte en chef des monuments historiques à Dijon entreprend une restauration totale, une réinvention documentée qui selon la formule de Viollet-le-Duc, le maître du genre, “rétablit un état qui peut n’avoir jamais existé”. Pont-levis, barbacane, chemin de ronde, impressionnante salle d’armes : l’édifice couvert de tuiles vernissées évoque un château de conte de fées, jardin luxuriant et situation romantique en nid d’aigle compris.

Quel coquin ce Bussy Rabutin, qui écrivit l’histoire légère de la cour de Louis XIV, cette Histoire amoureuse des Gaules qui lui valu un très long exil dans son château bourguignon. Incorrigible et mort d’ennui, le comte Roger fit peindre 300 portraits accompagnés de commentaires acerbes sur les murs de sa demeure
Quel coquin ce Bussy Rabutin, qui écrivit l’histoire légère de la cour de Louis XIV, cette Histoire amoureuse des Gaules qui lui valu un très long exil dans son château bourguignon. Incorrigible et mort d’ennui, le comte Roger fit peindre 300 portraits accompagnés de commentaires acerbes sur les murs de sa demeure
Un site exceptionnel pour événements had hoc : le luxueux palais Renaissance d’Ancy le Franc.
Un site exceptionnel pour événements had hoc : le luxueux palais Renaissance d’Ancy le Franc.

SOUDAIN, L’ITALIE, LA RENAISSANCE…

Plus au nord, changement de décor à Ancy-le-Franc (1542-1550), château ou plutôt palais Renaissance eu égard à ses dimensions. Il s’agit d’une commande d’Antoine III de Clermont, Lieutenant Général du Dauphiné, à l’architecte italien Sébastiano Serlio oeuvrant à la cour de François 1er. L’édifice composé de quatre corps de bâtiment disposés autour d’une vaste cour carrée dégage prestige et majesté. Délicatement rythmées par les baies, les arcades et les niches, les façades témoignent d’une quête d’équilibre subtil. Quant à l’intérieur comprenant de généreuses et lumineuses galeries ornées de l’une des plus belles collections de peintures murales des XVIe et XVIIe siècles, il est au diapason. Un site taillé pour les évènements d’exception. Louis XIV, dit-on, y fit d’ailleurs étape.

Moins luxueux, mais superbe lui aussi, le château de Bussy-Rabutin, datant du XVIIe, charme par la fantaisie de son occupant, Roger de Rabutin, comte de Bussy (1618-1693), général des armées royales. Cet homme de lettres membre de l’Académie française fut disgracié par Louis XIV pour ses écrits licencieux. L’impertinent libertin s’est distrait à rédiger l’Histoire amoureuse des Gaules brossant les frasques des personnages de la cour, dont le jeune roi et sa mère Anne d’Autriche. Le pamphlet amuse ses proches, mais il est malencontreusement copié et publié : l’auteur est embastillé, puis condamné à l’exil. Assigné à résidence dans son château, le maestro du ragot fait réaliser quelque 300 portraits de militaires, politiques et courtisans pour agrémenter sa cage dorée. Ces toiles auxquelles il ajoute des commentaires et maximes de son cru confèrent à l’ensemble une valeur unique en composant une chronique spirituelle de l’époque. “Les délices et la terreur du genre humain”, note-t-il sous le portrait de Louis XIV. “Catherine d’Angennes, Comtesse d’Olonne, la plus belle femme de son temps, moins fameuse pour sa beauté que pour l’usage qu’elle en fit”, lit-on ailleurs. L’acerbe Bussy-Rabutin a du talent. Acheté par l’État en 1929, ce château et son parc de 34 hectares orchestrant des surprises, frayant des passages agrémentés de pièces d’eau, d’un labyrinthe d’ifs, constituent l’étape piquante d’un séjour bourguignon.

Quelle charmante petite ville, quel cachet ! Les vieux murs de Semur-en-Auxois font aujourd’hui le bonheur des peintres, des cinéastes et des photographes. Idem pour les bords du canal de Bourgogne qui sillonne des paysages faits de monts ronds et de vertes collines.
Quelle charmante petite ville, quel cachet ! Les vieux murs de Semur-en-Auxois font aujourd’hui le bonheur des peintres, des cinéastes et des photographes. Idem pour les bords du canal de Bourgogne qui sillonne des paysages faits de monts ronds et de vertes collines.

Bourgogne

C’est là, au choix, que tout s’est fini ou que tout a commencé. Là ? C’est le plein coeur de la Bourgogne, avec le site d’Alésia, son Vercingétorix et son Jules César. On connaît l’histoire.
C’est là, au choix, que tout s’est fini ou que tout a commencé. Là ? C’est le plein coeur de la Bourgogne, avec le site d’Alésia, son Vercingétorix et son Jules César. On connaît l’histoire.

ET MÊME CÉSAR ET VERCINGÉTORIX

Évidemment, et même si c’est un peu en dehors d’une thématique “abbayes et châteaux”, une visite de la région ne se conçoit pas sans un détour par Alise- Sainte-Reine, le site de la fameuse bataille d’Alésia qui opposa Vercingétorix à César et fit entrer la Bourgogne dans l’histoire de France avec un grand H. Alésia, 52 av J. C. ! Une date gravée à jamais dans les mémoires de générations d’écoliers, à la belle époque des instituteurs en blouse grise. C’est donc ici que les troupes gauloises capitulèrent au terme d’un siège de deux mois. César décrit sa stratégie d’encerclement dans La Guerre des Gaules avec une double ligne de défense complétée de tours de garde et d’une série de pièges redoutables. Ces grands travaux sont détaillés au MuseoParc Alésia offrant aux groupes un auditorium et plusieurs salles de réunions. L’établissement, inauguré en 2012, immerge les visiteurs dans la bataille en proposant dans ses extérieurs une reconstitution grandeur nature des éléments clés des fortifications romaines. Dans le bâtiment cylindrique conçu par l’architecte Bernard Tschumi, le Centre d’interprétation explique de façon vivante le contexte du siège, les caractéristiques des forces en présence et leurs équipements.

Sur le mont Auxois tout proche, là où se situait exactement la cité d’Alesia, trône fièrement la statue de Vercingétorix. On se perd dans le village avant d’atteindre l’œuvre réalisée par Aimé Millet au XIXe siècle : mo-nu-men-ta-le ! Haute de 6,60m, elle matérialise la volonté de Napoléon III de hisser le chef gaulois au rang de premier héros national et d’instituer la Gaule territoire historique de la patrie. Alors que la France est envahie par la Prusse, l’enjeu est d’importance ; l’artiste met le paquet. Le patriote, représenté en pied, est délicieusement romantique avec sa moustache broussailleuse et ses longs cheveux balayés par le vent. Il jette aux visiteurs un regard ombrageux, les deux mains appuyées sur son épée. La sculpture s’observe la tête dévissée vers le ciel. Un mythe fondateur de l’histoire de France qui invite au culte.

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