
Démarche nonchalante, short, tongs, casquette et T-shirt siglé bleu et jaune de l’équipe des Bruins… Voilà la tenue de travail de l’étudiant modèle, voire du bon professeur de l’Université de Californie à Los Angeles (Ucla).Trop loin de l’uniforme symbole qu’ils revêtiront presque sûrement plus tard ? Pas vraiment, décontraction californienne oblige. En tout cas, ça bouillonne sous la casquette, au point de compter parmi les enseignants de la célèbre université cinq prix Nobel (chimie, physique, médecine) et quatre parmi ses anciens étudiants (paix, économie, chimie).
FINANCEMENT : L’ART DU FUNDRAISING
La prestigieuse institution comprend pas moins de 22 départements de recherche répartis sur 163 bâtiments où plus de 5000 projets scientifiques sont en cours. Pour autant, la réussite ne se quantifie pas uniquement en prix d’excellence, mais aussi en impact économique.Avec plus de 38000 étudiants et 27000 employés dont le salaire global s’élève à 2 milliards de dollars par an (sans compter les 42800 emplois de la région qui dépendent directement des achats liés au campus), Ucla est l’une des plus grosses puissances économiques du comté de Los Angeles. En 2007, ses activités ont généré près de 10 milliards de dollars à l’échelle de la Californie. Et pourtant, Ucla est une institution publique. Mais ici, “université publique ne signifie pas université gérée par l’État, explique Phil Hampton, chargé des relations médias, la preuve, c’est que l’État de Californie n’a contribué cette année qu’à environ 13 % du budget total”. L’université américaine est une machine qui se finance à de très nombreuses sources. Le docteur Clark Barrett, professeur d’anthropologie, la compare à une entreprise. “Les étudiants et leurs parents sont des clients qu’il faut satisfaire. Mais pour attirer les meilleurs (étudiants comme professeurs), il faut tabler sur une très grande compétitivité et sur des conditions d’enseignement et de recherche exceptionnelles.” Et pour cela, il faut des fonds. Ce sont les frais de scolarité et de logement qui constituent généralement le pilier central du budget d’une université. Mais dans une institution publique, ces frais représentent moins de 10000 dollars par an et par étudiant ; très peu en comparaison des universités privées dont le coût s’élève jusqu’à 36 ou 37000 dollars*. Trouver de l’argent demande donc une forte dose de créativité, et pas seulement dans la recherche académique. Bien qu’en 2006, quelque 19,5 millions de dollars ont été encaissés grâce aux divers brevets et à la commercialisation d’inventions (c’est d’ailleurs à Ucla qu’ont eu lieu les premiers balbutiements de l’Internet, en 1969).
UNE UNIVERSITÉ, UNE MARQUE
Autre pilier du budget, le Ronald Reagan Medical Center qui attire des patients fortunés, prêts à payer des fortunes pour profiter des soins très pointus prodigués par ce centre hospitalier universitaire considéré comme l’un des meilleurs du pays. Mais c’est le fameux fundraising qui constitue la condition sine qua non de la survie d’une institution de cette envergure. En 2006 a eu lieu la plus grosse collecte de fonds jamais réalisée pour la recherche et l’enseignement supérieur : grâce à la campagne Ucla, plus de 3 milliards de dollars de dons ont été rassemblés. Sur un campus de renom, les événements culturels et sportifs sont également une ressource non négligeable. “On se déplace de loin pour assister à un match de football américain ou de baseball interuniversitaire, explique un ancien étudiant, et qui vient voir une rencontre sportive repart avec un T-shirt ou une casquette.” Car il faut savoir que le sigle Ucla est désormais une marque déposée qui se vend du Mexique à Singapour en passant par la Scandinavie. Et cela représente une somme annuelle de plus en plus importante : 400000 dollars pour 2006.
“Faire connaître la marque permet aussi d’attirer des étudiants étrangers qui contribuent à la diversité culturelle et intellectuelle du campus”, souligne Phil Hampton. Plus encore que pour le sport, c’est pour le cinéma, bien sûr, qu’on vient à Ucla. Considérée comme l’une des deux meilleures écoles de cinéma du pays, la School of Theater, Film and Television organise toutes sortes d’événements dans ses propres salles de spectacles. “Il n’est pas rare que d’anciens étudiants viennent montrer leur travail à Ucla, et parfois même offrir une première”, explique Ben Harris, coordinateur du Producers Program. Et cela n’intéresse pas seulement le public estudiantin… Logique, puisque ces “anciens” ne sont autres que Francis Ford Coppola, Gore Verbinski (réalisateur de Pirates des Caraïbes), Fred Roos (producteur d’Apocalypse Now et du Parrain) ou encore David Koepp (scénariste et réalisateur de Jurassic Park, Mission impossible, The Panic Room, Spider-Man, Men in Black). Si les jeunes diplômés qui sortent de la School of Film ne deviennent pas tous des icônes, ils ont pour le moins déjà un pied dans “l’industrie”, car ici, tous leurs professeurs travaillent à Hollywood. Comme l’explique Justin Wolsky, jeune réalisateur frais émoulu, bien dans son jean et son bonnet grunge, “futurs réalisateurs, scénaristes et producteurs sont formés ensemble. Nous commençons à travailler les uns avec les autres avant même d’être sortis de l’école. Et ça marche : mon premier court-métrage sera produit cette année par deux anciens de ma promotion devenus producteurs.” Efficacité, décontraction, créativité et performance… à l’américaine !

















