Les aéroports français dans une spirale infernale

À l’occasion de la publication des résultats du trafic 2025, l’UAF alerte sur la fragilisation de la connectivité aérienne française, dans un contexte marqué par le retrait d’Air France des aéroports régionaux, une dépendance accrue aux compagnies low-cost, et une perte de compétitivité liée à la fiscalité.
L'Aéroport de Pau incarne les difficultés des aéroports français (Photo: Air'py aéroport de Pau)

C’est un constat amer que dresse l’Union des Aéroports Français (UAF) à l’aune des résultats 2025 des aéroports français. La France de l’aérien va mal. Et les perspectives ne sont guère réjouissantes, plombées notamment par la hausse des prix du pétrole. En 2025, le trafic des aéroports français a péniblement atteint 210,5 millions de passagers (+2,3 % sur un an), mais reste inférieur à son niveau de 2019 (-1,8 %), alors que la majorité des pays européens ont désormais dépassé leur trafic d’avant crise. Si l’on exclut les résultats des aéroports d’Outre-Mer, le nombre total de passagers a flirté avec 198 millions, en hausse de 2,3% par rapport à 2024 mais toujours inférieur de -1,7% par rapport à 2019. Or, si l’on compare la performance française au reste de l’Union Européenne, l’Hexagone fait désormais partie du peloton de queue en regard de la croissance du transport aérien.

L’Hexagone à la traîne en Europe

En effet, en 2025, le trafic aérien de l’UE dépasse de 6,6 % son niveau de 2019. L’Europe méditerranéenne « cartonne » avec des taux de croissance à deux chiffres. Par rapport à 2019, le nombre de passagers est supérieur de 28,3% en Grèce, de 23,9% en Croatie, de 22,6% au Portugal, de 18,7% en Italie et de 17% en Espagne.

L’Europe centrale affiche également des performances remarquables. Entre 2019 et 2025, le trafic passagers a bondi de 39,9% en Pologne -record absolu dans l’UE-, de 21,6% en Hongrie et de 18,2% en République tchèque. L’Europe occidentale affiche des résultats plus modestes avec des taux moyen de croissance de 1% à 2% comparés à 2019. Seules font exception l’Irlande en plein boom (+12,3%) et l’Allemagne, la Finlande et la Suède dont l’effondrement du trafic prend des proportions alarmantes, avec une chute respective du nombre de passagers de -14,1 %, -21,2% et -22,2%.

Dans le détail, le trafic aérien français a évolué de façon inégale d’une région à l’autre, d’un aéroport à l’autre. Les meilleurs résultats sont là où l’offre low-cost est restée forte. Parmi les 15 aéroports millionnaires, la palme de la plus forte croissance entre 2019 et 2025 revient à Beauvais avec un bond de +67,6%, Marseille à +11,5%, Orly à +9,7% et Bâle-Mulhouse à +5,9%.

En revanche, les deux principaux aéroports du sud-ouest, Toulouse et Bordeaux, enregistrent une véritable érosion de leur trafic. De 2019 à 2025, les deux plateformes ont respectivement perdu -20,8% et -23,8% de leurs passagers. La dégringolade s’est accélérée à Bordeaux l’an dernier, en raison de l’augmentation des redevances décidées par l’aéroport ainsi que la forte hausse de la fiscalité avec la TSBA, appliquée depuis le 1er mars 2025. Bordeaux a perdu Ryanair fin 2024 et a vu son trafic s’effondrer de presque 11% l’an dernier…

Selon Thomas Juin, Directeur de l’aéroport de La Rochelle mais aussi Président de l’UAF, la lourde fiscalité combinée également à la disparition d’Air France en régions, sont deux facteurs extrêmement négatifs dans l’évolution du trafic aérien. 

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Aéroports Pax % 2025/2024 % 2025/2019
1Paris-Charles de Gaulle72 029 4072.5%-5.4%
2Paris – Orly34 928 9095.5%9.7%
3Nice Côte d’Azur15 229 6643.2%5.1%
4Marseille Provence11 322 4051.4%11.5%
5Lyon-Saint Exupéry10 709 8832.4%-8.8%
6Bâle – Mulhouse9 629 4168.0%5.9%
7Toulouse – Blagnac7 621 409-2.8%-20.8%
8Nantes Atlantique7 189 4802.6%-0.5%
9Paris – Beauvais6 677 6081.8%67.6%
10Bordeaux5 873 548-10.9%-23.8%
11Lille – Lesquin1 705 709-5.0%-22.1%
12Montpellier Méditerranée1 689 501-6.1%-12.7%
13Ajaccio-Napoléon Bonaparte1 593 011-0.8%-1.6%
14Bastia – Poretta1 532 2652.8%-1.7%
15Strasbourg1 305 8676.0%0.3%

(Information: UAF)

La fiscalité réduit l’intérêt des compagnies low-cost pour la France

L’UAF indique que la hausse massive de la fiscalité a directement renchéri les coûts d’exploitation en réduisant l’attractivité des aéroports français. L’alourdissement de la fiscalité a pesé sur les décisions d’implantation et de développement des compagnies aériennes. Les compagnies low-cost sont, de fait, devenues aujourd’hui les « bouées de sauvetage » de l’offre en régions. Elles génèrent 44,7 % du trafic en France. Leur part monte même à 63 %, si l’on exclut le hub de Paris-CDG, où le low-cost est peu représenté.

La hausse de la fiscalité s’est traduite par la fermeture de lignes par les low-cost, qui sont désormais réticentes à desservir le territoire français avec de nouvelles liaisons, privilégiant des marchés plus rémunérateurs comme l’Espagne.

Cette situation est exacerbée par le retrait d’Air France des régions, privant en partie les aéroports hors Paris d’une offre stable. Ce retrait réduit l’accessibilité des territoires, pénalise les déplacements professionnels et fragilise l’ensemble de l’écosystème aéroportuaire régional, indique l’UAF.

Un nouveau danger se profile désormais à l’horizon : celui de la guerre du Golfe, qui fait flamber les cours mondiaux du pétrole. La hausse du prix du kérosène, qui a doublé pour atteindre autour de 1 700 dollars la tonne, exerce une pression considérable sur les compagnies aériennes. Dans ce contexte, le transport aérien en France, déjà fragilisé par une fiscalité excessive, risque de subir de plein fouet un éventuel choc sur la demande.

S’exprimant sur France Info, Thomas Juin indiquait : « On observe déjà une contraction du trafic et de l’offre, notamment sur les liaisons vers le Moyen-Orient et l’Asie. Les compagnies du Golfe ont réduit fortement leurs capacités, et cette baisse n’est pas compensée ailleurs. Mais surtout, avec un prix du kérosène qui a doublé et qui actuellement représente environ 25 % des coûts d’exploitation, certaines lignes, notamment domestiques ou régionales, pourraient ne plus être rentables. Et disparaître ».

Et de préciser que certaines compagnies pourraient aussi renoncer à ouvrir ou augmenter des lignes prévues. Cela pourrait représenter plusieurs centaines de milliers de sièges en moins. Côté évolution du trafic, Thomas Juin constate un attentisme sur le long-courrier avec des reports sur des destinations plus proches. Mais, qui, devraient pousser à la hausse les tarifs sur les lignes court et moyen-courrier, car la demande ne s’accompagnerait pas d’une hausse de l’offre.