Air France va compenser 100% des émissions de CO2 de ses vols intérieurs

Alors que le mouvement “flygskam” prend de l'ampleur, Air France a annoncé qu'elle allait compenser 100% des émissions de CO2 de ses vols intérieurs, tout en mettant en place le tri sélectif des déchets et la suppression des plastiques à usage unique.

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Air France s'engage à compenser les émissions carbone de ses vols intérieurs.

Conscientes de l’impact potentiel sur le transport aérien du mouvement “flygskam” – terme suédois désignant la “honte de prendre l’avion”, aussi connu sous le nom de “flight shaming” – , les compagnies s’engagent à réduire leur empreinte carbone. Dans une interview accordée au Parisien, Anne Rigail, directrice générale d’Air France, a annoncé que le transporteur allait compenser 100 % des émissions de CO2 de ses 450 vols intérieurs quotidiens à partir du 1er janvier 2020. Cette compensation se fera à travers le financement de différents “projets de plantation d’arbres, de protection de forêts ou de sauvegarde de la biodiversité”.

En outre, la compagnie annonce que les clients Entreprises pourront aussi compenser volontairement jusqu’à 100 % de leurs vols non seulement court, mais aussi moyen et long-courriers grâce à une offre dédiée. Air France prend également d’autres initiatives durables comme le tri sélectif et le recyclage des déchets dès le 1er octobre. La compagnie a également décidé de supprimer dès fin 2019 l’utilisation des plastiques à usage unique à bord de ses appareils (gobelets, couverts, agitateurs), soit une diminution de 1 300 tonnes de plastique par an.

En outre, Air France s’est fixé un nouvel objectif à l’horizon 2030 : réduire de 50 % ses émissions de CO2 au passager/km par rapport à 2005, soit une consommation de carburant par passager aux 100km inférieure à 3 litres. Le renouvellement de 50 % de la flotte par des avions de nouvelle génération qui consomment 20 % à 25 % de fuel en moins, participera à limiter l’impact des vols sur l’environnement. Concernant l’écotaxe que le gouvernement mettra en place l’an prochain sur les vols au départ de France, et qui représentera 60 millions d’euros pour Air France, Anne Rigail estime dans son interview au Parisien qu’elle est “un non-sens”. “Nous ne sommes pas contre l’écotaxe, mais contre son utilisation. Elle serait vertueuse si elle permettait de financer la recherche ou de créer une filière sur les biocarburants”, a-t-elle déclaré, tout en précisant que l’a compagnie ne la répercuterait pas sur ses clients. “Ils ne l’accepteraient pas, souligne-t-elle. Sur un Paris-Nice à 93 euros, vous avez déjà 53 % de taxes.

Le mouvement “flygskam”, lancé l’an dernier en Suède, a pris en quelques mois une ampleur insoupçonnée, se traduisant par un effondrement du trafic aérien sur les lignes intérieures suédoises et régionales, depuis la Suède vers la Norvège ou le Danemark. L’autorité gestionnaire des aéroports suédois Swedavia a constaté sur les six premiers mois de 2019 une chute du trafic passagers de 4,4 %, dont 8 % sur le domestique. Le trafic à Stockholm-Arlanda, le plus grand aéroport du pays, affiche un recul de 5 %, tandis que la ligne Stockholm-Copenhague est en baisse de 8,6% depuis le début de l’année. Une situation alarmante pour le PDG de SAS Scandinavian Airlines, qui enjoint les compagnies aériennes à redoubler d’efforts dans la lutte contre la pollution avant que les gouvernements ne prennent des mesures encore plus coercitives.

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Car le mouvement s’est étendu ailleurs qu’en Suède. Il a aussi gagné les Pays-Bas où l’on constate une forte augmentation du nombre de voyageurs sur les lignes ferroviaires depuis le début de l’année. Dans ce cadre, KLM a récemment annoncé la suppression à partir de mars prochain d’une rotation quotidienne entre les aéroports de Bruxelles Zaventem et d’Amsterdam Schiphol, remplacée par 25 600 places à bord des TGV Thalys, avant la limitation progressive de la desserte entre les deux villes. Une initiative également motivée par une motion déposée en mars au Parlement néerlandais concernant la suppression de ces vols. En Allemagne, les députés verts veulent éliminer totalement les vols domestiques à l’horizon 2035 s’il existe une offre ferroviaire adéquate. En Autriche, le PDG d’Austrian Airlines, déclarait début août songer très sérieusement à stopper la desserte des lignes intérieures.

En France aussi, le sujet a été mis sur le devant de la scène lors des débats sur la loi des mobilités, le gouvernement rejetant une proposition de certains députés visant à interdire les vols intérieurs quand le train peut offrir une alternative. Si la dirigeante générale d’Air France précise que la compagnie n’a pas assez de recul pour quantifier l’effet du mouvement “flygskam” sur le trafic de la compagnie, elle évoque, à travers son cas personnel, la sensibilisation croissante de l’opinion à ce sujet. “J’ai deux ados à la maison et je peux vous dire que les discussions sont assez musclées sur les engagements que notre génération doit prendre pour assurer que nos enfants et petits-enfants pourront continuer à voyager en profitant d’un transport aérien durable à terme”, dit-elle dans son interview au Parisien.