L’effet Flygskam donne des ailes aux trains en Suède

Le Flygskam - la “honte de prendre l’avion” - prend de l’ampleur en Suède, entraînant une forte baisse du trafic aérien. Mais cette tendance a un effet positif sur le trafic ferroviaire dans le pays, la compagnie nationale SJ ayant vu son trafic progresser de 8% en 2018. Elle multiplie du coup les initiatives pour attirer plus de passagers sur ses trains, notamment les voyageurs d’affaires.

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Train à grande vitesse X2000 de la compagnie SJ quittant la gare de Stockholm. (c) Martyn Jandula / Shutterstock.com.

Le mouvement Flygskam – la “honte de prendre l’avion” face à l’urgence du réchauffement climatique – a été lancé l’an dernier en Suède et a pris, en à peine quelques mois, une ampleur insoupçonnée. Et qui pourrait avoir un effet boule de neige en France. Lors des débats sur la loi des mobilités, deux députés avaient annoncé vouloir faire interdire les vols intérieurs en France lorsque le train peut offrir un parcours en moins de cinq heures. Le gouvernement n’a pas retenu cette proposition, mais l’exemple suédois pourrait servir de référence à la fois pour les défenseurs et les détracteurs de cette mesure.

Le “flygskam” se traduit de fait par un effondrement du trafic aérien sur les lignes intérieures suédoises et également sur les liaisons aériennes de voisinage entre la Suède et la Norvège ou Copenhague. L’an dernier, l’autorité gestionnaire des aéroports de Suède, Swedavia, indiquait qu’avec 42 millions de passagers enregistrés, le trafic avait progressé de 0,2% seulement. Mais si le trafic international affichait une hausse de 2%, le nombre de passagers domestiques avait baissé de 3%. La tendance s’est accentuée depuis.

De janvier à mai, les aéroports suédois ont enregistré une nouvelle baisse de 5 % de leur trafic passagers, avec une chute de 8% sur les lignes domestiques. Sur le seul mois de mai, le trafic intérieur affiche un recul de 11 % en moyenne, mais qui s’élève à 16 % à Göteborg et à 12 % à Stockholm Arlanda, principale plate-forme du pays. La PDG de la compagnie SAS Scandinavian Airlines indiquait récemment être “convaincu” que le Flygskam était à l’origine de l’effondrement du trafic aérien suédois.

Ses craintes sont confirmées par une enquête du World Wildlife Fund, qui démontre que 23 % des Suédois se sont abstenus de prendre l’avion au cours de l’année écoulée afin de réduire leur empreinte sur le climat, soit six points de plus qu’un an auparavant. Environ 18 % ont choisi le train plutôt que l’avion en 2018. Une nouvelle enquête publiée en mai dernier montre que ce sont désormais 37 % des Suédois qui favoriseraient le train à la place de l’avion dans leur déplacement. Pour la première fois, l’impact climatique est la principale raison pour laquelle les voyageurs choisissent le train. “Les voyages en train sont en très nette expansion en raison des craintes concernant le climat”, déclarait à la presse suédoise Tobbe Lundell, porte-parole de l’opérateur ferroviaire national SJ.

Le réseau ferroviaire grandes lignes de la SJ a vu le nombre total de ses voyageurs croitre de 5 % l’an dernier, à 31,8 millions. Ce nombre a de nouveau bondi de 8 % au premier trimestre, augmentant même de 12% pour les voyages à motif professionnel. En conséquence, la SJ répond à la demande en augmentant ses capacités de transport, notamment sur les lignes à fort trafic reliant Stockholm aux deux autres principales métropoles du pays, Malmö et Göteborg. La compagnie ferroviaire relie désormais ces trois villes avec au moins une quarantaine de liaisons quotidiennes opérées avec son train à grande vitesse X2000.

Ces derniers, qui roulent à 200 km/h, sont en cours de modernisation tandis que de nouveaux trains à même d’atteindre une vitesse de 250 km/h devraient entrer en service en 2020. Au total, neuf milliards de couronnes suédoises – 850 millions d’euros – sont investis dans la modernisation du réseau SJ pour permettre d’accueillir à plus long terme des trains capables de rouler à 320 km/h. A une telle vitesse, le train attirerait, selon les estimations, trois millions de voyageurs qui actuellement prennent encore l’avion. Il permettrait par exemple de réduire à moins de deux heures le trajet Stockholm-Göteborg, contre trois heures aujourd’hui.

La compagnie souhaite d’ailleurs apporter davantage de services à ses clients, en particulier aux voyageurs d’affaires. SJ vient de lancer un billet flexibilité permettant aux passagers de modifier plus facilement leurs trajets, jusqu’à quelques minutes avant leur départ initial. Une application jouant sur la connectivité est désormais disponible afin de simplifier la coordination entre trains et transports en commun.

Faire face à la demande avec plus de trains se heurte cependant à un problème majeur. Le réseau ferroviaire est déjà fortement saturé, notamment autour des grandes métropoles du pays. La ponctualité s’est fortement dégradée sur les grandes lignes en 2018, tombant à 77 % – en baisse de cinq points par rapport à 2017 – contre un objectif initial de 90 %. SJ estime que l’arrivée de trains à très grande vitesse permettra de réduire la saturation du réseau en créant des créneaux supplémentaires de circulation. En attendant, la compagnie travaille à une meilleure coordination des trains, avec un objectif de ponctualité à 93 % cette année…