Airbus poursuit son chemin vers l’avion de demain

Collaboration avec Renault ou le groupe Ariane, développement d'un moteur à piles à combustible alimenté à l'hydrogène : Airbus multiplie les pistes pour aboutir à l'avion zéro émission de demain.
L'avion ZEROe d'Airbus pourrait entrer en phase de test au milieu de la décennie.
L'avion ZEROe d'Airbus pourrait entrer en phase de test au milieu de la décennie.

Modernisation de leurs flottes avec des avions moins gourmands en kérosène d’un côté, fourniture de SAF, c’est-à-dire de carburant d’aviation durable, de l’autre : les compagnies aériennes s’appuient actuellement sur ces deux piliers pour accélérer leur décarbonation Mais le secteur dispose d’un troisième levier dans le cadre de sa transition énergétique : l’avènement d’une nouvelle génération d’appareils, fonctionnant à l’hydrogène ou l’électricité. Un levier à horizon plus lointain – autour de 2035 – mais sur lequel travaille activement un acteur clé pour l’évolution durable du transport aérien : Airbus.

L’avionneur, lors de son sommet annuel organisé à la fin novembre, a dévoilé l’état de ses avancées touchant non seulement les compagnies, mais aussi les aéroports. Par exemple, à Toulouse-Blagnac, une station d’hydrogène bas carbone – l’une des premières au monde pour un aéroport – est entrée en phase de test. Sa mise en service est prévue l’an prochain et sa production proche des 400 kg par jour viendra alimenter une cinquantaine de véhicules de transport terrestre.

Station de ravitaillement en hydrogène à l’aéroport de Toulouse-Blagnac.

Cette initiative, en partenariat avec HyPort, une joint-venture entre ENGIE Solutions et l’Agence régionale pour l’énergie et le climat d’Occitanie, participe, outre le fait de verdir les opérations terrestres aéroportuaires, à la mise en place d’infrastructures nécessaires aux futurs avions. « L’utilisation de l’hydrogène pour décarboniser tous les transports terrestres associés aux aéroports à l’horizon 2020 à 2030 ouvrira la voie à la disponibilité de l’hydrogène pour les avions à émission zéro d’ici 2035« , a déclaré Karine Guenan, vice-présidente chez Airbus de l’écosystème ZEROe, nom de baptême de son projet d’avion à hydrogène.

Dans le cadre des futures infrastructures aéroportuaires, Airbus collabore aussi avec ArianeGroup, une coentreprise que l’avionneur détient à parts égales avec Safran, pour développer la première station de ravitaillement destiné aux essais au sol et en vol de l’avion ZEROe. Une station qui devrait être opérationnelle en 2025, toujours à l’aéroport de Toulouse, et qui profitera de l’expertise d’ArianeGroup en matière de stockage et de manipulation de l’hydrogène liquide développée de longue date pour la propulsion des fusées. « Préparer l’entrée en service d’un avion à zéro émission en 2035 signifie que nous devons faire mûrir toutes les technologies requises en parallèle, a expliqué Sabine Klauke, directrice technique du groupe Airbus. En nous associant à ArianeGroup, nous tirerons parti de l’expertise bien connue en matière d’hydrogène et d’autres technologies spatiales pertinentes dans la poursuite de cet objectif« .

Airbus joue sur l’expertise d’Ariane et de Renault

Car l’union fait la force dans la course accélérée à cette rupture technologique majeure que représente l’avion durable du futur. Parmi ses autres associations, Airbus a annoncé travailler avec le groupe Renault dans la recherche et le développement pour faire venir à maturité les technologies nécessaires aux batteries de nouvelle génération. C’est-à-dire des batteries ayant à la fois une densité énergétique doublée, une capacité de stockage de l’énergie accrue, une faible empreinte carbone côté production. Mais, surtout, qui offrent une longue autonomie d’utilisation. « Animées par la même ambition d’innover et de réduire l’empreinte carbone, nos équipes d’ingénieurs échangent avec celles d’Airbus pour faire converger des technologies transversales qui permettront à la fois d’exploiter des avions hybrides et de développer les véhicules de demain« , a déclaré Gilles Le Borgne, vice-président exécutif Engineering du Groupe Renault, le constructeur automobile apportant son expertise des véhicules électriques dans cette association.

Airbus et Renault, partenaires pour des batteries de nouvelle génération.

Pour continuer ces exemples d’associations explorant les pistes nécessaires à l’avènement des technologies embarquées dans les avions de demain, Airbus a annoncé fin novembre le lancement du programme de turboréacteur hybride SWITCH. Soutenu par l’Union Européenne et Clean Aviation et conduit en partenariat avec MTU Aero Engines, Pratt & Whitney, Collins Aerospace et GKN. ce programme échafaude le plan d’un moteur hybride au rendement énergétique accru et durable, notamment grâce à la récupération de la vapeur d’eau en sortie de turboréacteur et à sa réinjection dans la chambre de combustion d’eau.

En parallèle, Airbus travaille aussi de son côté à la propulsion de nouvelle génération. L’avionneur a ainsi dévoilé lors de son sommet annuel l’ébauche de son propre moteur alimenté à l’hydrogène. Alors que les différentes technologies envisagées ne devraient être dans un premier temps destinées qu’aux appareils court et moyen-courriers, Airbus mise sur un moteur à pile à combustible qui pourrait alimenter un avion de cent passagers avec un rayon d’action d’environ 1 000 miles nautiques.

« Les piles à combustible sont une solution potentielle pour nous aider à réaliser notre ambition zéro émission et nous nous concentrons sur le développement et les tests de cette technologie pour comprendre si elle est réalisable et viable« , a déclaré Glenn Llewellyn, directeur Avions zéro émissions chez Airbus. Les premiers essais en vol et au sol de l’avion démonstrateur A380 MSN1, attendus au milieu de la décennie, permettront à Airbus de nourrir ses réflexions sur l’architecture de son futur avion ZEROe dont le développement pourrait être lancé « à l’horizon 2027-2028« . Au regard des enjeux pour le secteur comme pour les voyageurs, le temps presse.