Les alliances aériennes en ébullition

Départ quasi certain de Qatar Airways de l'alliance oneworld, sortie annoncée de China Southern de SkyTeam, en attendant d'autres possibles évolutions : c'est l'heure des grands bouleversements dans le monde des alliances aériennes.

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Les PDG des compagnies membres de oneworld, célébrant l'intégration de LATAM dans l'alliance, en 2013.

Le modèle des alliances aériennes globales serait-il écorné ? Au prochain départ de Qatar Airways de Oneworld – la date officielle n’est plus qu’une question de temps – s’ajoute l’annonce officielle de China Southern de quitter l’alliance Skyteam au cours de l’année 2019. La compagnie chinoise basée à Guangzhou (Canton) a indiqué il y a quelques semaines ne pas vouloir renouveler son adhésion à l’alliance d’Air France-KLM et Delta. S’ouvre de nouveau une période de changements dont risquent de pâtir les voyageurs d’affaires, habitués à une certaine stabilité des alliances, notamment à travers les synergies qu’elles offrent.

A priori, le départ de China Southern de SkyTeam ne devrait pas bouleverser en profondeur l’équilibre de cette alliance. SkyTeam continue d’avoir parmi ses membres la très puissante compagnie chinoise China Eastern, basée à Shanghai et qui vient d’étendre son partenariat de joint venture avec Air France-KLM à deux routes supplémentaires – Paris-Wuhan et Paris-Kunming –, le tout s’ajoutant aux partages de codes existants sur les lignes depuis Paris et Amsterdam vers Shanghai. Parmi ses membres, SkyTeam compte aussi Xiamen Airlines, une compagnie plus régionale qui, ironie du sort, est filiale de China Southern. Pour les cadres nomades, la couverture de la Chine par l’alliance reste donc globalement inchangée. Sauf que Skyteam ne bénéficiera plus d’une porte d’entrée depuis le sud de la Chine, les voyageurs habitués à utiliser Guangzhou comme un hub SkyTeam devront se trouver une alternative, par exemple Pékin, Shanghai ou Kunming.

Effet boule de neige, le départ de China Southern de SkyTeam pourrait ouvrir la porte à des bouleversements du côté de oneworld. Même si rien n’a pour l’instant été confirmé, la rumeur est persistante : China Southern pourrait se tourner vers l’alliance dominée par IAG et American Airlines, la compagnie américaine étant actionnaire de China Southern depuis mars 2017. Ce qui favoriserait ce rapprochement, d’autant plus intéressant pour Oneworld qu’elle est la seule alliance à ne pas avoir un plein accès à la Chine. Bien sûr, oneworld a toujours dit couvrir ses besoins sur ce marché à travers la présence de Cathay Pacific et Cathay Dragon. Sauf qu’avoir qu’un hub à Hong Kong n’est PAS un hub en Chine continentale. De ce fait, oneworld est actuellement dans l’impossibilité d’offrir des vols domestiques en Chine, sauf à faire transiter sa clientèle par Hong Kong avec Cathay. Une option pas vraiment attirante pour les passagers affaires travaillant sur le marché chinois.

L’arrivée très probable de China Southern pourrait pourtant devenir un facteur risque pour Cathay Pacific, la compagnie chinoise ayant pour hub principal Canton, à seulement 120 km de Hong Kong. Cela pourrait-il à terme affaiblir Hong Kong ? Le hub de Cathay est extrêmement attractif pour les passagers par la globalité du réseau offert, Cathay mettant en correspondance une dizaine de destinations en Europe vers le Japon, la Corée, l’Australie et les Etats-Unis. En revanche, le hub risque de perdre la majorité du trafic en transfert vers la Chine continentale et une partie du trafic sur l’Asie du Sud Est.

Dès lors, Cathay Pacific pourrait-elle donc à son tour claquer la porte de oneworld ? C’est là que pourrait intervenir Qatar Airways… La compagnie est en effet actionnaire de Cathay à hauteur de 10%. Son appartenance à oneworld lui a de faciliter également la prise de participation dans IAG (20%) et Latam (10%). Avec sa filiale Air Italy (ex Meridiana), Qatar Airways caresse désormais l’ambition d’avoir sa propre alliance, forgée avec ses liens capitalistiques. Une formule qui, si elle se concrétise, pourrait éventuellement attirer Cathay Pacific, la compagnie occupant alors une position de force –quasi monopolistique – sur tout le marché asiatique au sein d’un regroupement sous la houlette de Qatar Airways. 2019 devrait donc être une année cruciale pour les alliances. Et pour Oneworld plus que toute autre.