L’Alsace reprend en main sa destinée

Depuis le 1er janvier, les départements du Bas-Rhin et Haut-Rhin sont devenus la nouvelle Collectivité Européenne d'Alsace. Le regroupement permet de recréer une entité régionale Alsacienne au sein de la région Grand Est avec des compétences économiques, culturelles et touristiques élargies. 
Strasbourg, la capitale de la région Grand-Est est candidate à devenir aussi la capitale de la nouvelle Collectivité Européenne d'Alsace (Photo: LC)

La création de la région Grand Est sous la présidence de François Hollande en 2013 et ses débuts en 2016 ont dès l’origine créé une profonde frustration en Alsace. En effet celle-ci s’appuie, plus qu’ailleurs en Grand Est, sur une très forte identité culturelle, linguistique et sociétale.

Le malaise alsacien était ainsi perceptible depuis la création de la nouvelle région. Malaise de se trouver dissout dans un ensemble très hétéroclite entre la Champagne et les rives du Rhin.

Le problème semble avoir cependant trouvé une solution avec la mise en place de la Collectivité Européenne d’Alsace (CEA). Un statut étrange, entre la région tutelle Grand Est et les départements. De fait, la CEA s’appuie sur la fusion des conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Même si ces derniers perdurent toujours comme structure administrative. Des élections des Conseillers d’Alsace (80 au total) puis le vote sur le siège définitif de la Collectivité – entre Strasbourg et Colmar, rythmeront les premiers pas de la nouvelle entité.

La visibilité de l’Alsace est probablement l’élément le plus concret de ce changement. La marque « Alsace » se décline en effet déjà sur tous les bâtiments publics, les plaques d’immatriculation mais aussi sur les produits et services représentant le territoire. Le « made in Alsace » est ainsi une réalité.

Le caractère transfrontalier de l’Alsace fait loi

La CEA acquiert aussi des compétences supplémentaires dans les domaines économique, culturel, sur les transports et sur le tourisme. La nouvelle collectivité gère ainsi un budget annuel de 1,8 milliard d’euros, sur lequel elle compte consacrer 240 millions d’euros à l’investissement.

Le nouveau logo de la Collectivité Européenne d’Alsace sur le bâtiment de l’ancien conseil Départemental du Bas-Rhin à Strasbourg (Photo: LC)

Les leviers d’actions de la CEA sur les relations internationales, le bilinguisme et les mobilités vont jouer un rôle important pour attirer les investisseurs. Les deux premiers volets sont en fait intimement liés. L’Alsace est depuis toujours tournée vers l’extérieur et « tout naturellement vers nos deux plus proches voisins, Allemagne et Suisse avec lesquels les synergies culturelles existent, » souligne Marc Lévy, Directeur général Alsace Destination Tourisme, en charge de la promotion touristique.

La CEA reconnaît officiellement dans la loi son caractère transfrontalier. Ce qui constitue une première en France. Cette reconnaissance donne à la collectivité des compétences pour la coopération transfrontalière comprenant de nouveaux projets économiques et d’infrastructures. La CEA va par exemple travailler sur une densification des liaisons ferroviaires en vue d’améliorer la mobilité avec ses voisins allemands et suisses.

Une plus grande intégration économique est également prônée avec toute la région du Rhin supérieur (Bade-Wurtemberg et les cantons de Bâle-Ville et Bâle-Campagne). Intégration qui sera d’autant plus efficace qu’Allemands et Suisses font désormais face à un unique interlocuteur, la CEA.

Le tourisme avait déjà largement anticipé la création de cette collectivité européenne. En raison notamment de son poids économique. En 2019, avant la crise du covid-19, l’Alsace générait 12,4 millions de nuitées annuelles soit 48% de toutes les nuitées de la région Grand Est. La moitié de ses nuitées étaient le fait du marché domestique. le tourisme avait généré en 2019 un chiffre d’affaires de 2,5 milliards d’euros…

Se réapproprier la valorisation touristique de la région

« On avait devancé dès 2016 un retour de l’identité Alsace avec la fusion des agences départementales de tourisme. L’agence Alsace Destination Tourisme avait alors pris le relais. Avec une fonction de valorisation du territoire en coordination avec nos homologues de Grand Est, » indique son directeur Marc Lévy.

La marque Alsace va permettre de renforcer l’image et la visibilité du territoire à travers le monde. « Il y aura certainement une nouvelle stratégie marketing mais il est encore un peu tôt pour en parler. On aimerait bien retrouver la possibilité d’évaluer les projets hôteliers par exemple avec les partenaires privés et publics. C’est une prérogative qui a été perdue avec la création de Grand Est, » ajoute encore Marc Lévy.

Marc Lévy, directeur de Alsace Destination Tourisme, l’agence de développement touristique (Photo: ADT).

Dans l’événementiel, l’agence espère aussi travailler sur un repositionnement de la destination. Cette nécessité est apparue avec la crise du covid-19.

Selon le directeur général d’ADT, il faut ainsi repenser l’ère des grands congrès et manifestations. « On sait que les activités MICE vont revenir car il y a un besoin de se rencontrer chez l’humain. Mais on doit échafauder de nouveaux scénarios. Voir comment on peut intégrer le péri-urbain dans nos offres de séminaires et conférences. Je pense par exemple à la promotion des séminaires à Haguenau, Obernai ou Sélestat, des destinations à proximité de Strasbourg. On travaille aussi à des alternatives nature, à capitaliser sur une offre semi-rurale pour le MICE. »

En 2021, l’ADT concentrera ses efforts de marketing sur le marché domestique– en particulier l’île-de-France et Rhône-Alpes-Auvergne. Car selon Marc Lévy, « une reprise réelle des marchés long-courriers se fera entre 2022 et 2024 … »