Les enjeux derrière l’avenir de Malaysia Airlines

L’annonce, puis le démenti formel de la part du groupe Air France-KLM d'une prise de 49% du capital de Malaysia Airlines remettent sous le feu des projecteurs le destin de la compagnie nationale malaisienne, l’une des plus importantes en Asie du Sud Est.

Malaysia Airlines
Le gouvernement malaisien souhaiterait finaliser le choix d’un investisseur pour Malaysia Airlines début 2020

L’actualité aérienne a été agitée récemment par une dépêche Reuters annonçant que le groupe Air France-KLM avait manifesté son intention de prendre 49% du capital de Malaysia Airlines tandis que la compagnie Japan Airlines allait devenir le second actionnaire étranger minoritaire en prenant 25% du capital de la compagnie, le reste des actions étant entre les mains d’investisseurs malaisiens dont Khazanah, un fond souverain appartenant à l’Etat.

Khazanah est actionnaire principal de la compagnie malaisienne depuis 2014, année d’une sévère restructuration de MAS après la disparition d’un de ses avions et perte d’un second appareil pris pour cible au-dessus du territoire de l’Ukraine.

L’information a été communiquée à l’agence Reuters par une source proche du dossier de vente de la compagnie. Voilà plus d’un an que le gouvernement malaisien essaie de vendre la compagnie nationale, qui continue à accumuler les dettes. Cinq groupes se sont mis sur les rangs pour un rachat, dont AirAsia – le plus important groupe de compagnies low cost en Asie –, ou Malindo Air, filiale malaisienne du groupe indonésien Lion Air. Les trois autres investisseurs étrangers n’étaient pas connus du public jusqu’à la révélation d’une offre potentielle d’Air France-KLM et Japan Airlines.

Air France-KLM a finalement déclaré qu’elle avait bien eu des discussions avec les propriétaires de Malaysia Airlines, mais qu’elle n’était pas actuellement impliquée dans le processus de reprise. « Air France-KLM avait déjà été en contact avec les actionnaires de Malaysia Airlines, mais à ce stade, Air France-KLM n’est pas partie prenante dans le processus de vente de Malaysia Airlines », a rapporté le groupe franco-néerlandais dans un communiqué.

Japan Airlines a également démenti, évoquant seulement un renforcement de ses liens commerciaux avec le transporteur de Malaisie.

Le fait qu’Air France-KLM ait été nommé par une source anonyme proche du dossier n’est pas un hasard. KLM est proche de Malaysia Airlines, la compagnie étant l’un des rares transporteurs européens à voler sur Kuala Lumpur, avec British Airways, Condor et Turkish Airlines. Le marché de la Malaisie est certes relativement petit mais Kuala Lumpur est un excellent hub pour rejoindre le reste de l’Asie ou le Pacifique. Malaysia Airlines dessert en effet 60 villes d’Asie et d’Océanie avec un puissant réseau sur la Malaisie (16 destinations), l’Indonésie (9 villes), la Chine (7 villes), l’Inde (6 villes) et l’Australie (5 villes).

Certes, au sein de l’alliance Skyteam, on trouve bien Garuda Indonesia avec un réseau assez similaire, mais les errements récents de la compagnie nationale indonésienne sur sa stratégie d’expansion en font un partenaire peu fiable.

Kuala Lumpur
Destinations régionales de Malaysia Airlines au départ de Kuala Lumpur (2020)

Selon certaines sources, Air France-KLM a proposé de créer une plate-forme pour les services de maintenance, de réparation et de révision en Malaisie, tandis que Japan Airlines souhaite faire de Kuala Lumpur sa plate-forme régionale, y compris pour des vols low-cost. JAL servirait aussi à mieux relier la Malaisie à l’Amérique du Nord, la compagnie couvrant plusieurs villes des Etats-Unis et du Canada.

Le gouvernement malaisien semble trouver les propositions des compagnies aériennes étrangères plus attrayantes que celles des transporteurs locaux, voulant en fait éviter une concentration de toute l’activité aérienne dans les mains d’un seul groupe. « Les offres des transporteurs étrangers sont plus complètes et plus stratégiques, car ils prévoient de tirer profit de l’emplacement stratégique de la Malaisie pour leurs opérations« , a déclaré la source en question à Reuters.

Selon des fuites, le fonds souverain Khazanah serait en revanche plus favorable à un accord avec AirAsia.

Aucun des noms qui circulent n’a démenti ou infirmé les informations sur un éventuel intérêt vis-à-vis de MAS, mais le fait que Khazanah ait décidé vendredi de porter plainte pour divulgation de documents sans autorisation, confirmerait qu’elle envisage de bien vendre MAS à AirAsia. Le fonds souverain fait pression sur le gouvernement pour cette solution, qui trouve un écho favorable dans l’opinion publique, très opposée à la vente du fleuron aérien de l’aviation malaisienne à des étrangers… Le gouvernement souhaiterait finaliser le choix d’un investisseur ce trimestre.