L’aviation allemande cale sur la saison hiver 2026-2027

Malgré un gouvernement allemand plus favorable à l'aviation, le transport aérien du pays continue de reculer selon l'Association Allemande pour l'Aviation qui analyse l'offre de cet hiver.
Le Hall des départs sur l'aéroport de Stuttgart reflète bien la situation de l'aviation en Allemagne. La plateforme principale du Bade-Wurttemberg perd 7% de ses capacités cet hiver (Photo: Luc Citrinot)

L’arrivée au pouvoir du parti conservateur allemand du Chancelier Friedrich Merz en Allemagne avait suscité bien des espoirs dans les milieux de l’aviation. Le nouveau gouvernement avait promis en effet de redonner au transport aérien sa place naturelle dans l’écosystème allemand. Quelques mesures en demi-teinte ont certes été prises par le nouveau gouvernement tel que le gel des taxes sur l’aviation et l’annulation d’une nouvelle hausse de ces dernières prévues au printemps. Mais ces mesures se révèlent insuffisantes.

De fait, la croissance de la capacité aérienne allemande sera quasiment à l’arrêt cet hiver. Selon une nouvelle analyse de lAssociation Allemande pour l’Aviation (BDL), les compagnies aériennes proposeront environ 129 millions de sièges sur les liaisons au départ, à destination et à l’intérieur de l’Allemagne entre août 2026 et janvier 2027. Soit seulement 1% de plus qu’à la même période un an plus tôt et à peine 92% du niveau enregistré avant la pandémie, entre août 2019 et janvier 2020.

Le contraste avec le reste de l’Europe est marqué. À l’échelle européenne, l’offre devrait progresser de 5% sur un an et se situer 11% au dessus de son niveau de 2019. Les transporteurs low-cost sont de fait les moteurs de cette croissance. Elles affichent une croissance de 8% cette saison d’hiver et ont une part de marché de 41% de l’offre totale. Leur offre est de fait 33% supérieure à ce qu’elle était en 2019.

De fait, ce sont les compagnies traditionnelles -en fait celles qu’empruntent le plus les hommes d’affaires, qui affichent des performances anémiques. Leur offre sur l’Europe recule de 4% sur un an, constate le BDL. Leur offre est ainsi en baisse de 21% par rapport à 2019. Les compagnies non-européennes réduisent également leur offre de 2% cet hiver, tandis que les low-cost non-européens progressent de 5%.

Le BDL met en cause les coûts élevés du carburant et le poids des coûts imposés par les pouvoirs publics en Allemagne pour expliquer cette évolution. Selon l’organisation, cette situation pousse les compagnies traditionnelles à réduire leur présence dans le pays. Ou du moins à ne pas lancer de nouveaux vols. Preuve en est: American Airlines et United viennent d’annoncer l’ouverture d’une douzaine de nouvelles lignes en Europe au printemps prochain. Aucune ne concerne désormais l’Allemagne, malgré le potentiel économique évident du pays.

Deux secteurs géographiques font montre de résilience : le court et moyen-courrier européen ainsi que l’intercontinental. Le premier voit ses capacités en sièges progresser de 2% cet hiver et atteint 98% de l’offre de 2019. Le second, avec 20,8 millions de sièges, atteint 97% de l’offre de 2019.

Mais il faut là encore nuancer. L’Europe est portée par la progression des destinations du Sud (+16% par rapport à 2019) alors que l’offre sur l’Europe occidentale est en baisse de 22% par rapport à 2019. L’Autriche et la Suisse s’affichent même en recul de 28% par rapport à l’avant COVID. Quant au long-courrier, si l’Amérique du Nord et l’Asie sont en légère baisse (respectivement -4% et -3% par rapport à 2019), l’Amérique latine a perdu depuis la pandémie 17% de ses capacités. Seules l’Afrique du Nord et le Levant affichent une performance spectaculaire : +11% et 142% du niveau prépandémique.

Enfin, il faut noter que Francfort et Munich restent sous leurs niveaux pré-pandémiques, avec respectivement 89% et 86% de leur capacité de 2019. Avec une offre en sièges cet hiver en recul de 1% par rapport à l’an passé. Parmi les grands aéroports allemands de plus de 10 millions de passagers, seuls Cologne/Bonn et Düsseldorf enregistrent une augmentation significative de leur offre en sièges cet hiver, respectivement de +12% et +4%. En revanche, Stuttgart est le grand perdant, avec une baisse de 7% de son offre cet hiver. 

Capacité aérienne allemande par destination

Trafic depuis/versMillions de siègesPart du trafic totalCroissance vs période précédenteEvolution par rapport à la période août 2019-janvier 2020
Total129,01%92%
Domestique8,06%-7%47%
Domestique décentralisé1,01%1%20%
Liaisons domestiques via hubs7,05%-8%59%
Court/moyen-courrier100,278%2%98%
Europe du Nord5,74%1%84%
Afrique du Nord/Levant6,05%11%142%
Suisse/Autriche7,36%-2%72%
Europe de l’Est/du Sud-Est15,312%2%88%
Europe de l’Ouest16,313%-5%78%
Europe du Sud49,638%5%116%
Long-courrier20,816%0%97%
Amérique latine1,11%11%83%
Afrique1,41%12%106%
Moyen-Orient/Asie centrale4,53%-9%100%
Asie5,74%4%97%
Amérique du Nord8,16%0%96%

Comparaison de la capacité d’août 2026 à janvier 2027 avec celle de la période de référence d’août 2019 à janvier 2020.