Zelensky menace les compagnies qui survolent la Russie

Les menaces de drones par le président ukrainien Zelinsky vont affecter les trajectoires de certaines compagnies aériennes, notamment chinoises, vers l’Europe.
La menace de drones sur la Russie devra être prise en compte par les compagnies aériennes, notamment chinoises (Photo: trajet d'Etihad entre Abu Dhabi et Paris, sans survol de la Russie-L.Citrinot)

Un pas de plus dans l’inconnu pour le transport aérien. Face aux attaques continues de la Russie sur l’Ukraine, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a lancé un avertissement direct aux compagnies aériennes. L’intensification d’attaques de drones sur la Russie par son pays devient un véritable danger pour ces dernières car « l’espace aérien deviendra « de facto fermé » face à l’intensification des attaques », a-t-il déclaré dans une allocution vidéo mardi soir.

Le président ukrainien a donc appelé les compagnies aériennes, les assureurs et les opérateurs qui continuent d’utiliser les principaux aéroports russes à prendre en compte le nouveau niveau de risque.

« L’espace aérien russe devient extrêmement dangereux. La guerre commencée par la Russie lui ferme son propre ciel », a-t-il déclaré. Il a notamment cité les vols à destination de Moscou, Saint-Pétersbourg et d’autres grandes villes russes. L’espace aérien ukrainien est maintenant fermé depuis l’invasion du pays par son voisin russe en 2022.

Le président ukrainien a toutefois insisté sur le fait que Kiev ne cherchait pas à cibler l’aviation civile. « L’Ukraine ne menace pas l’aviation civile en tant que telle », a encore affirmé Volodymyr Zelensky. Mais il a prévenu que le nombre de drones présents dans le ciel russe allait atteindre une échelle qui ne pourrait plus être ignorée.

Quelles compagnies utilisent encore le ciel russe ?

La grande majorité des compagnies aériennes européennes ont cessé de survoler la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. L’EASA recommande toujours aux opérateurs européens d’éviter l’espace aérien russe à l’ouest du 60e méridien Est, à tous les niveaux de vol. Cette recommandation concerne également certains transporteurs de pays tiers autorisés à opérer vers l’Union européenne.

Selon les données actuellement disponibles des autorités aériennes ainsi que de Flightradar24, les principales compagnies continuant à exploiter des liaisons utilisant l’espace aérien russe sont :

Pour les liaisons Europe–Asie, les compagnies suivantes constituent le groupe le plus important :

CompagniePaysPrincipales liaisons concernéesUtilisation Russie
Air ChinaChineBeijing–Londres, Paris, Francfort, Madrid, Milan, Rome, Bruxelles, Vienne, etc.Oui
China EasternChineShanghai–Paris, Londres, Francfort, Amsterdam, Madrid, Milan, Rome, Vienne; Xi’an–VienneOui
China SouthernChineGuangzhou/Beijing–Europe, notamment Amsterdam, Londres, Paris et FrancfortOui
Hainan AirlinesChineBeijing–Bruxelles, Manchester, Berlin, etc.Oui
XiamenAirChineXiamen/Fuzhou–Europe, notamment AmsterdamOui
Beijing Capital AirlinesChineBeijing/Chengdu–EuropeOui
EmiratesÉmirats arabes unisDubai– Europe du NordOui, selon les trajets
Etihad AirwaysÉmirats arabes unisAbu Dhabi–Europe du NordOui, selon les trajets
Qatar AirwaysQatarDoha–Europe du NordOui, selon les trajets
Turkish AirlinesTurquieIstanbul–Asie et certaines liaisons RussieOui
Air SerbiaSerbieBelgrade–Shanghai et RussieOui
Vietnam AirlinesVietnamHanoi–Moscou; certaines routes Asie–EuropeAccès russe, mais pas toutes les routes Europe
Air IndiaIndeCertaines liaisons Inde–Europe/Amérique du NordAccès possible, utilisation variable
Uzbekistan AirwaysOuzbékistanAsie centrale–Europe/RussieOui
FlydubaiEAUDubai–Russie/EuropeOui sur certaines lignes
SriLankan AirlinesSri LankaColombo–EuropeUtilisation possible selon trajet.

Toutefois, ces itinéraires peuvent rapidement être modifiés. Et ils vont certainement l’être, aucune compagnie aérienne ne voulant prendre de risque. Mais cela va se répercuter sur les tarifs, car le contournement de l’espace aérien russe va rallonger les temps de trajet… et faire grimper la facture kérosène.

Les compagnies chinoises particulièrement visées

En 2026, les compagnies chinoises profitent toujours d’un avantage considérable sur les transporteurs européens : elles peuvent emprunter les routes sibériennes offrant des trajets plus courts entre Europe et Asie. Ce dont elles ne se cachent pas, profitant de cet avantage pour démultiplier les vols. Ainsi, China Eastern, qui a récemment lancé un Vienne-Pékin, attribue très ouvertement ce lancement à la possibilité de survoler l’espace aérien russe.
Dans les chiffres, cela se traduit par une forte augmentation des capacités aériennes des transporteurs chinois vers l’Europe. Selon les données OAG rapportées en mars avant l’entrée des programmes d’été, les compagnies chinoises ont ajouté 2 891 vols Chine–Europe par rapport à 2025.

La seule Air China fait état d’une hausse de près de 23% de ses capacités pour la saison été, soit quelques 4,5 millions de sièges Chine–Europe. Le nouveau paradigme des drones ukrainiens va au moins faire des heureux : les compagnies européennes, qui se plaignent de l’avantage financier qu’avaient jusqu’à présent leurs homologues chinois. Et qui devrait donc disparaître…

Moscou dénonce une « déclaration de terrorisme d’État »

Le Kremlin a vivement réagi aux propos de Zelensky. Le président russe Vladimir Poutine a qualifié les déclarations ukrainiennes de « déclaration de terrorisme d’État », tout en affirmant que la Russie poursuivrait ses propres attaques contre l’Ukraine.

Le risque aérien est devenu particulièrement sensible depuis plusieurs incidents liés à la guerre. L’EASA souligne que la présence de systèmes de défense antiaérienne, de missiles et de drones dans une zone de conflit crée un risque supplémentaire pour l’aviation civile.

Volodymyr Zelensky l’affirme : « Les jours où le ciel russe était sûr sont désormais terminés ».